‹ La jeunesse de Madame de La FayetteChapitre 4 sur 24 · SON DEVANTEAU DESSUS SA TÈTE · texte numérisé non relu

SON DEVANTEAU DESSUS SA TÈTE

 Pontoise, M. de La Vergae dépensa beaucoup de talent. C*était un homme qui ne se ménageait pas. M. Le Pailieur en éprouvait un amical ennui ; et, dans une invocation qu'il adresse à la grande reine Oisiveté, il s'écrie : « Fais que La Vergue se repose... — qu'une prompte paix le ramène — vers son jardin et sa fontaine, — son cabinet et son billard ; •^ fais que je le trouve gaillard, — sans trouble et sans inquiétude; — ôte-lui le soin de l'étude — et lui donne la volonté — d'aimer sans lin ta déité l :» Il ajoute, et c'est hors du vers, et c'est hors du rythme : Amen ; et met une sollicitude amicale dans le sincère badinage de sa prière. M. de La Yergne usait sa vie, par trop d'assiduité ; il négligeait le repos, comme souvent ont fait ceux qui meurent jeunes et qui paraissent ensuite s'être dépêchés de vivre en peu de temps autant que d'autres à loisir.

Son jardin, sa fontaine, son cabinet et son billard, c'était à Paris ou, pour mieux dire, à Saint>6ermaindes-Prés, au coin des rues Pérou et de Vaugirard, le coin de droite, si l'on vient de Saint-Suipice et Ton va au Luxembourg. Ce quartier, ce faubourg de Paris, fait quasiment village : il est un bailliage soumis à la juridiction de l'abbé de Saint-Germaindes-Prés. M. de La Vergue possédait là une belle maison : celle qu'habitera M"'* de La Fayette ; et M°*® de Sévigrré en célébrera le jardin, la fontaine. L'année même que naquit Marie-Madeleine, M. de La Vergne acheta le terrain d'en face, à l'autre coin des rues Férou et de Vaugirard ; il y construisit une autre maison, qui ne resta point dans la famille. Et, cinq ans plus tard, il établit une communication très jolie entre ses deux maisons, par-dessus la rue

20 LA JfiCnfBifSB DE llcA£)A»B Wl Lk FAYETTE

Fërouy une* scHPte de eevloîr en falr, nm pont des S(H^>irfr. AI. de L»: Vergue^ aumtt le ^^61 d» Kan^clntee* tore. TiaU^rasali des RéBttic acc»rde qt!* « il 7 enten^ dak uDf p6» K Oh jiaai?T le roi, élciut fdiifi gai qie? de eoulmne, se* drvertissscit avee M. de Bassorapierne^ SuFviQt le itls é» Sétastieni Zamietv avcompagiré de M. de La \^ergB«v Or^ce Zamet, ua.honiiae graTiQr>el céréixK>nteiix^ faisait des réfv^ences compassésB : « le Roi disait quil lui semblait, quand Zàmelfakail de& vérénenees, qise La Vergne èttaût derrière pour te mesaver avec sa taise. y> La Yergne aîmact rasroikvteo* tare et^ gënéraleiiKeaiilr, tes beaux-arks^^ Il était rm hexïfoe d'étude^;: non» ht teBooe de M«. Le PaBleus. U a^ali' uat (^ ea^biaet », eitanab^e cnili il réneis^it dàveoMai eurifysiiltés et objfets d'art» Il avait ene birbixotliè^qtte a^s«2 ifiaportante pour qu'elle ait compté danstsit suce^&ioii. ri aurait de lai fùrtuaie et sanraii parer sov eotislence,

^ei^mvive côdërda la rae éa Yaiu^ard, se^tt oruTaiit le eounrent des Bénédictrues du Calfairs, avec wn» cla«>pelle» ait dbc&er j^aiQto.. El, auprès de ce eouveot^. ii j a^^l lie* Petit Liirxeiisb«»urg; palids aoTnpttieuâc et càapmaqat, où s^'élablit M?»» d'Aiguilian. Le mém^gt de* La Ver gn0 était voisin de sa. psratnctriee et voisda êm service à (vi reudre. M"** da La Vergae étamt quasi^iame^ d'IuonneaT de la aHoehefise ou damet d& sa suiieet M- de La Vergue ^ant devenu son mteodafBUfi, a«a moins soir hooMOie dje conAaskce* il Vauxomçagmii danS' ses cképlacemeivls»

Une fois^ — et il semble apmiOd fut à: ra>utonne dt rairaée iô'St% — elkise leadit ài Bddieiiea^ hoa Loia die Loudun, petit» ville en^jOBe tout agitére par ks scait^ ^ai99 de l^affaica Urbain Graoïdier. Trois aasi ptus

« sa» DsmsrcEiîir ssasus bm tAtb^ i- 21

tèt,. cm biglait Grandi»'^ caré de Sttint-Piidrrft «te Lo«ciun,vbea«B gacçoit (pu,, recherchant tes fommes^ agaçait auissi' les reUgieusesL 0» raceusait d'a^rah' en&90eeié Tes. Ursulinea. kjprès aasiaoBt sisr 1& bûcher^ ees Mkfs filles eoabîn aèrent dese ctocre aux- priscis a^ec le» dénuona opu'il leur «Tsâi.ificevpQTéni*. 1^ toute la. proviiicd el d'arlleurs^ on les veataiit rme : ea n'éfesabt pas pour ie» edAtBatl Wbcs avaient leora crises iee plu». reoM^uables à Focscasion des aompagDries les phur iliaetres : et, si la: compagine' ]»ani|aait, par jiral«^ance^ eîleft dememraîest penauxies. Étaat à RiobelieiEy M^^ d'Ai^mlbm Toaiiit^ dte aussi^ voir lies posBâiMes. Elle eravoya pr^mièreœjeDt un jeime prêÉre, aniXviins d^esqaisBer une enquête'^ L'aibbé n'est pa^- de ccwL à qai Fon es eiiHite. il a. du sceptieienie ^ etiLa mèaoe de la suétbode : iléeafftelr'escpHcatian mysti^e as&ez rndemeal: dès qu'il troRzve l'expUcatioa vurir ^acire suffisante» il fit piusîeura séjours à Londu», seul d'atbeffd,. eoisaîte avec M^^ de Rambouillet, — Julie et; qui' sexa M°^** de MeatausieGr ; ~* puis vinrent M"^ d'AiguidioB, le marquis de Brézé, Voiture, et M)., de La Vergue. M. de Lairbardemoiii, tevrtbLe orgatnàs^Dtexir du procès de Grandier^les accompagnaii,. U y «vaôtde la f^tie, à Lo«idun« Antoor cbes p06â4dëe&, hsas^ exorcistes ne sont pas sauts malle aaaiogie avec des' eatrepressueurs de spectacles* Des cris, des hurlements^ des riiffes phiS: affr&ax que des sanglots, des contorsions doaâ 1il poussière,, des grimaces^ des ûgnoo&iBiieS). Uae foute radlleuse on délinanter allant, vcanant, courant iVnm diable à un autre, deBéhémoth - qui. habite; la supérieure desUrsuiénes à Léviathan et Lorou qui habitent ensjBfmblo une veuve.. Cette foula ré^BMïé une odisar d!aiL fil Fos Interroge les pcmsé-

â2 LA JEUNESSE DE MADAME DE LA FAYETTE

dées, OU de leurs démons. Les incrédules tâchent de les dérouter, en leur parlant latin, que les démons ne doivent pas ignorer, mais que les possédées ignorent : si les possédées répondent juste, c'est que les démons s'expriment par leur bouche. On leur tend des panneaux, où elles tombent, mais d'où Fes tirent tant bien que mal leur rouerie et la subtilité des exorcistes. On feint de leur parler grec : et c'est de l'anglais ; mais en définitive, si les possédées ne savent pas le grec, les démons ne sont pas forcés de savoir l'anglais, de -sorte que le traquenard est esquivé. Les possédées produisent de grands effets d'étonnement par la rigidité qu'elles donn/^ntà leur corps. Le jeune prêtre n'est pas dupe et trouve le moyen de leur faire plier le col en leur prenant la tête sous les oreilles ou en leur levant une jambe lorsqu'un ami s'occupe de leur tète. Les exorcistes se fâchent : il y a querelle entre l'un d'eux et l'abbé. M"*® d'Aiguillon finit par éconduire les imposteurs ; « Nô nous faites plus passer cela pour possessiop ! :» dit-elle. M"" de Rambouillet, que le jeune prêtre avait avertie, manœuvrait gaiement têtes et jambes de possédées. Voiture, au parloir des Ursulines, recevait une iille absurde et maligne, qui l'effraya par son élan. M. de La Vergue suit cette compagnie un peu amusée, un peu effarée, un peu dégoûtée. Il est doux et discret, ne parle guère. Le jeune prêtre, moins réservé, le prend à témoin de ses trouvailles et l'appelle « un gentilhomme dont la foi ne sera suspecte à quiconque le connaîtra ». Il est de ceux qui se révèlent à leur silence et à leur tranquillité réfléchie, comme d'autres à leurs gestes et à leurs discours.

Plus tard, M. de la Vergue eut le titre de lieutenant

v^Sv-

« SON DElTAHlSaV BBafiO» SA TÊTE... )»' 2S

aa gtsNifenieiiieiit dufiiiinra. Bicbrelien avait dmoé ce

gR^aTernement èi soat nevea 1« duc de Richelieu^ sons \gL\utekk^d&}if^â*Ai§\xiJâimiisxki qœh^tkac de> Riche' Uea serait mittetti;. Àprè&la oKortde Richetiea, Màz»rinât détirEer à hi doelies^e d'Aâguilclan brevet du VQMi q[ai hii oetroyait le fj^ourerneiBiefil du Mavre au nomidie' son itetea : et: &esA sdor s qu'eila en contla la lûmiefiaMcerà M. de La. YeffgBja^ leqt»l obtînt égale* fioieni le^ gjraidft de Bffaréefaal des cami»^ et armées de SaiM^jeeté.

Mais il BtoQnut bieDft]5t;et.£ut in&fumd le âO déoeminre i64ds< Marie-Madeteiae ava»i (piioze aans- et demi; Mâ^lgré te sein qa'il iaui amnr de n» pas ÎATeniler ce qu'ew i^oirer^ — cm bien toot ie eharaie d'une ïns^ teirei vraie eet perdu; — cependant il esl difâeite dé ne pidâk «Bftagiiuer entre Isa pekite: fille et sau. père, la mèire^ élantd'une tofvti anflre aature^ acre ententes pewlbètre à peine avouée, maisr iatkme., Oft afuecçeit des analogies de lui à elle. Il aimait les livres, l't tude et ne redoutait pas l'activité. 11 avait, dans le caractère et dans l'esprit, quelque chose de retiré, de secret; et il réunissait au goût d'une certaine solitude, mais ornée, une adresse à vivre et qu'elle eut pareillement.

D'ailleurs, c'est tout ce que j'ai recueilli sur l'enfance de Marie-Madeleine de La Vergue. On voit assez bien son milieu. C'est aux abords de la cour, dans la plus haute société : pour ainsi parler, dans une de ces petites cours où l'ancienne féodalité garde quelques-uns de ses privilèges sous l'autorité de la monarchie. Celle où grandit Marie-Madeleine de La Vergue eut de l'hésitation par moments, lorsque l'ennemi de la féodalité, Richelieu, fut en difiicultés avec la

monarchie. Mais enfin, Richelieu et la monarchie s'étant identifiés, la société de M"* d'Aiguillon, Richelieu mort, est loyaliste à Mazarin. Ces gens sont au service du Roi. Et le service du Roi leur laisse du loisir. Ils mènent une vie élégante, mêlée de guerre et de plaisirs. Ils accueillent les beaux esprits, tiennent en honneur les poètes : Corneille a dédié le Cid à M°** de Combalet. Et nous avons aperçu M"' de Rambouillet, Voiture, sans compter M. Le Pailleur. Il y a de la littérature autour de Marie- Madeleine de La Vergue. Elle, malheureusement, nous Tapercevons à peine. Ce n'est qu'une petite enfant. Elle a son devanteau dessus sa tète. Elle écarte le devanteau et voit de-ci de-là ce qui éveille sa curiosité non loin d'elle; et elle, comme toute autre petit enfant, on ne la voit guère. Elle est cachée sous le devanteau; elle est dégaisée, un peu farouche et mystérieuse avec ingénuité.

M. de La Vergne fut mis en terre le 20 décembre

1649. Un an'jour pour jour après cela, le 20 décembre

1650, M°^* de la Vergne signait le contrat de son nouveau mariage avec le chevalier de Sévigné. Cette coïncidence de l'anniversaire et de Ja consolation franche, elle ne Ta ni recherchée ni évitée. C'est une étourdie : elle a distraitement célébré ce bout de l'an, voilà tout. Elle a une vive allure, allègrement désempètrée» Un beau contrat de mariage ! Elle, la fiancée, amène à la signature vingt-cinq témoins : son frère, le seigneur de Saint-Pons; un oncle, Lazare Pena^ seigneur de Moutiers; et divers parents. Puis M°*' d'Aiguillon, la maréchale de Guébriant, le marquis de Richelieu ; dame Catherine d'Angennes, gouverneur de Mgr le duc de Valois ; et n'oublions pas messire Jacques Le Pailleur. Parmi les témoins du fiancé, l'un pique l'attention : illustrissime et révéréndissime seigneur messire Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de l'archevêché de Paris. Et, le

fiancé, l'acte le désigne ainsi : messire Renault- René de Sévigné, chevalier, seigneur et baron do Champiré, conseiller du roi en ses conseils et maréchal de camp es armées de Sa Majesté, demeurant à Paris, cloître Notre-Dame, paroisse Saint-Jean-le Rond, fils de défunts haut et puissant seigneur Joachim de Sévigné, vivant aussi chevalier, seigneur d'Olives et autres places, et de dame Marie de Sévigné.

Ce mariage fit assez de bruit pour émouvoir ISiMuse historique, malicieuse et un peu sotte deLoret, lequel raconte que Sévigné, renonçant au voyage de Malte^ — et à ses vœux de chevalier de Malte, — a fait halte, et c*est la rime, auprès d'une veuve, « cette affaÔTie lui sesaiblaint ibetnne ». Il ajotite : « Mais nette cJaLarmA&te mignoanie, ^ «Qu'^eile a de son premier épouix, — em tômoi^e ¥Ln peu <i£ie<yurfûiix, — ayant joru, poiu* èlce fort i>û!le, — que lu fête serait pour olle », «te. Là-deesus, (m a pesé la questioa ée &t\iQir si M*^ de La V«rgne ^n 'avait pas été «a peu éinrise 'du chesvalier, iorsiq^ie sa mère s'apprêtait à l'épouBor. Subt^k aveuture du cœur et i'esMiJiissB d*Bn rowa^o qui ipeut agnieber rimagination, mais hyipolbèse >que irien n'auiockB. D'aiU®nr&^ le iutîLe iLoret ne d^t ^po^ ce qu^on lui hàsi éàre. Lfi aentilment qu'il prête à ttf^* de La VcsTgoe eet plutôt le dépii^d'iuiejeuae aile, et inès jeaoe, — elle na'a ipas :«eiaae ans., — iq» e'atteadait qu'un mariage^ dans sa iamille, fàt ile sien.^ MqIs »1 De {faut pas s&e âer a;vec mintatie^à ce gazeldcr^ ^pi b9jcvarée, et en «vers ddot îl n'est f>as le m^toe «ou^raio. Pui%^ iioret, les simria/^ee ^^ont l'un die» sujets priiicvpa;ox de sesoboHmiques. 'C^est «« iheoMne 4qui« besoin de nzsurîages pour mander. SMln^ena

pas de tout faits, il enYabrique. Au mois de juillet 1651, c'est une demi-année après le mariage de la mère, et non de la fille, il annonce que M*"* de l'Hôpital vient de mourir; et il assure que déjà € plusieurs belles > accepteraient la main du maréchal € et le trouveroient encor bon, — bien qu'il soit tout à fait barbon. > Qui, ces belles? Il en cite, au courant de la plume, au gré de la rime, deux douzaines, et puis trente : « Et La Yergne mord à la grappe, — quand on lui donne pour mari — ce maréchal au poil fleuri. » La Yergne, assez probablement, ne s'en doutait pas. Des bavardages de Loret, ce qui reste, c'est qu'on parlait de M"® de La Vergne, et qu'elle était « fort beUe >, car il le dit.

Elle était devenue, depuis la mort de son père, fille d'honneur de la Reine. Au plumitif de la Chambre des Comptes pour le premier semestre de l'année 1661, elle figure comme bénéficiaire de douze cents livres sous la mention c cy-devant l'une des filles d'honneur de la Reine, mère de Sa Majesté ». Il est probable qu'elle dut son entrée à la cour au zèle obligeant de M*"" d'Aiguillon. Mais on a beau chercher, on n'apprend véritablement rien de sa vie à la cour en qualité de fille d'honneur. Un peu plus tard, le charmant troupeau de ces jeunes beautés qui, auprès de la Reine, sont auprès du Roi, aura de folâtres attraits. Le Roi les trouvera gentilles et, à leur égard, il n'aura pas du tout la pudibonderie du Roi son père, si chaste et perpétuellement amoureux, si chaste qu'un jour sa blonde bien-aimée Hautefort lui sut rendre intangible un billet qu'il la pressait de lui montrer : elle mit ce billet dans l'abri de son corsage ouvert; où Louis XIV l'aurait pris, comme eût fait

26 LA xamasm be hibaiu: de xa fayctte

aussi son «leiil Henri IV. La jeune Lonis MV, onie Terra très oucieux des liHes de la Reine.

Hais, à r^pofue où M*^' de Ira Yergnoe fait «oa entrée à la cour, il n'est :pdîdt à est âge des adoieseentes pourmrites.fi a donze^ans. Btli^* de La Yei^fte demeura probablement fille d'honnear jiUBqu% son mariage : ei alars le Eoi Yeoait à dixtsept ans.iBim moins, elle parait a¥OÎr garde sooi titre de cour j.iflBqu'à fton mariage; mais, dans les dernières années, elle n'est plus ^ni à ia cour ni à tParis. 2^u temps éè son serrice, la ceur était nn e&cti^it séW^pe. Afise d'Autriche, quoi qu'il en fàt de ses amitiés a^ec liararin, montrait de l'aaisténté. Je ne crois ipas que M"* de La Vergne l'aimât beavooup. Elle a tracé de sa maîtresse d'autrefois, dans VHtstotre de Hnadame Henriette^ Je portrait d'une assez bonne femme, ua peu .€^itée oo, mettons, inquiète du vs^^ant de sqbêl mari, idésormais calme jusqu'à la nonchalance. On l'avait eonnuB « portée aux affaires »; pniîs^ régente, les affaires l'ennuient. Son ambition, naguière inopportune, tombe dès le moment que l'aetrrité sernit son devoir. £Uo ne son^e qu'à ^ mener une m douce » ; et elle s'enfonce dans la dévdtion. ^ile a de bo&nes intentions et, manque d'esprit, commet panrfois des fautes x qui ne se peuvent pardonner à une pfôrsoane de sa Tertu et de sa bonté -a. Ce n^est pas 4 dire que M"* de La Vergne eût de l'antipathie pour laBeine; mais, toute sa vie, et oa^me à Tàge où 1!oa a de i'indulgenee, et sans doute à l'Âge où l'en a de l'ignorance, elle gardait, dans l'amitié la plus dévouée, un clair discernement : elle n-eiil jamaÎB le di>n de prèlier à son oœuar. .

Le cheralier de Sévîgné, son bean-jlère, est un

X[lfÀB£TrE £T LE PAX6 J>E BfiAjQUSRIB âd

ainguliâr personnage et qui alla Jugqu^à la saûiteté par des chemins fortuits. Hâtait né en i607, au chèiôau des RâclieFs : il a donc quarante-^trois ans lors de fiun mariage. 11 ap$)arteaait 11 UBfi Êimille d'ani^taas ligueurs. C'était un oadet dîe Bretagne. Son frère aioé, Charles de Sévigné, baron d'Oiivet, et qui avait épousé ia ûlle d'une Gondi, fut le beau-père de M'"® de Sévigné répistohère. RenaiiU de Sévigné, tôt XH'phelin, n'eut q^i'un tiera ée la fcyrtune paternelle : âon frère lui donna en sus la seigneurie et la terre de Gfaanapiré dans Ja province d'Anjou. £n 1630^11 est capitaine au régioi^nt de Normandie. En d642, iaaréchal de bataille Âraroiée d'Italie: il se distingua au -siège de Tortone. Marécheil de camp l'année i€4[6, il est à Piombino; l'année suivante^ à Grémene. Ga fut la Qn de son service régulier ; puis commence l'époque de ses vivacités. Henri de Campion, qui l'a OOïUVi ik la campagne de Franche-Comté, parle de luleomane d'un garçon qui avait de la lecture et de Ja pémsée. Voici un petit groupe d'ofOciers du roi, digne d^estime et de quelque étonnement cliarmé : A Après avoir raisonné ensemble sor les sujets qui se préeentaient, sans disp^ite ni envie de paraître aux dépens des autres, l'un d& nous lisait haut (luelque bon \iivre dront Jious examinions les plue beanx passages pour apprendre à bien vivre et à bien laoiirir, s^lon ki morale, qui était notre prioieipale ëtiide. » Ce petit groupe d'of fiejers moraliâtes^ il j aurait plaisir à lui en cempaper d'autres qui sontt bien d'une autre âonte et, par exemple, celui avec lequel Euesy foiit la campagne de Catalogne ; l'on y aime -aussi ia lecture, mais plus gailkarde; etl'ciH y « raisonne ji, mais d'autres sujets, sur les intriçiies

de l'amour et de la politique ; et Ton y dessine, avec un vif entrain de libertinage, la carte du pays de Braquerie... Le chevalier de Sévigné, très jeune, au temps de ses batailles, eut des velléités édifiantes. On rapporte qu'à la prise et au sac d'une ville, ayant trouvé une fillette sans parents et toute dépourvue, il s'arrêta, l'enveloppa dans son manteau, la confia aux soins d'un monastère, où il paya sa pension et où plus tard elle fît ses veux. Il y avait du saint Vincent de Paul en ce militaire. Mais il manquait de naïveté, comme en ont besoin les hommes d'action; et il avait une autre naïveté, celle qui est dangereuse aux théoriciens. De ses méditations, résultera de la chimère. Il ne sera ni tout à fait simple, ni tout à fait avisé. Il sera d'une espèce de gens d'armes qui ne profitent excellemment ni à eux-mêmes ni à leur cause.

Pendant les derniers mois de son séjour militaire en Italie, il fut accueilli à la cour de Turin, où il gagna la confiance de la duchesse régente de Savoie, Christine de France, sœur de Louis XIII. De retour à Paris, il continuera d'être avec elle en relations, sera son correspondant et, en quelque sorte, son informateur parisien. Il rentre à Paris vers la fin de l'année 1648. Alors, il s'approche de Retz. Deux hommes qui ne se ressemblent pas, ceux-là : l'un qui est en perpétuel dialogue avec sa conscience, l'autre qui ne consulte sa conscience jamais; et l'un qui n'a pas beaucoup d'esprit, l'autre qui est tout esprit. Ce qui les réunit, c'est leurs chimères : l'un qui a toutes les chimères de la conscience, et l'autre toutes les chimères de l'esprit. Ces deux hommes, très inégaux, sont également déraisonnables. Sévigné sera le subordonné de

Retz. Et comment n'eût-il pas trouvé quelque chose, en Retz, qui dût le séduire, quand il y avait de tout en Retz, une extraordinaire diversité d'attraits? E^ comment Retz n'eût-il pas empaumé ce garçon' peu défendu, quand il empaumait les plus malins? Bref, Sévigné se vit confier le régiment de Gorinthe, lequel éprouva, au pont d'Antony, sur la route de Paris à Longjumeau, vers la fin de janvier 1649, cette défaite ridicule et qui fut appelée « la première aux Gorin-thiens. > Il y eut des chansons, d'où résulte un Sévigné dérisoire. Et^ comme il y a beaucoup de chan^ sons dans la Fronde, on a coutume de traiter gaiement cette aventure où faillit succomber la monarchie. Ce fut, en réalité, une horrible histoire, avec du sang, des dévastations, tous les commencements de l'anarchie, ses conséquences immédiates de misère, de famine et de calamité universelle. Saint Vincent de Paul y eut l'occasion de ses charités ; et, par le remède qu'il apporta, l'on juge aussi du fléau. Quant à la gravité de cette crise, elle est contemporaine de la révolution d'Angleterre : il n'y a que l'espace de quelques jours entre la première aux Gorinthiens chez nous et, à Whitehall, l'exécution de Gharles !*'• Gependant, voici le scrupuleux Sévigné dans cette affaire. Tel était le trouble des opinions* Parmi les frondeurs, il y a des gens de toute sorte, une majorité d'ambitieux et, dans le nombre, des coquins ; il y a d'honnêtes hommes et qui, de bonne foi, songent à leur pays et même à leur roi. Les révolutions sont des époques où le mal est déguisé de tant de manières honorables ou attrayantes que de bonnes Âmes s'y trompent. La Fronde est une révolution.

Les secondes noces de M°*® de La Yergne ont déso-

33 LA JEUKG9ftH DB M-ABAUE DE LA FAYBTXB

ri/snié ce4ie familte, ^ai était si près du: pouvoir et qin souflainemeni a pour chQÎ un frondeur. Cep«n> dMit, M'^ do La Vergive ne cessée pas d'être (iUe d'hoii!neyr »iiprè» de la ^oa^rerakid qui^ dans ta. nuit des Rois 1649, était partie de Paris en fugitivev enieYant. ses deux fils et cherchanti as abri eaktoaiteax anc&Àtean de Sa^nt-G^rmain,^ parce que les frondeurs- et le chevalier die Sévégné lui rendaient ia situation redeoBbtaM^.

Le' ménage Sévignë paraît wvmT^ en son débuts mené tin joli train d'exi&tence. Là cbevaiier, à^.qui la, sei^eurie de €hampivé ratait le titre de baron^ préféra s'afypeler marq-aîs; i c'était sans donle atin que M"* de Sévigné fût marqui&a Elle le fut^ et sans; chicane. On disait, po«r ku désigner, c W^ àB Sévigné la marquise »; et Tautre^ qui eut so8 mari tué en duel>, et qui étai>t la vraie marquise^ « M"^ de Sévigoé la veuve ».

Le ménage reçoit», comme en témoigne une lettre de Scarron à M^ de Sévigné la marquise. 11 se fait d^ns la maison^ de la me de Vajigirard, de « grosses assemblées > de « beaux esprits » et de « beaux hommes >. Ces beaux^ hommes, qu'est-ce que c'est?^ De la part du cuWe-jatte, ce sont des hommes twivt entiers, qui tiennent sur leurs jambes, qm ont Tusago^ de leurs bras et qui font de larges saluts : il les admire avec un ciiagrin gouailleur.^ Il est eélèbse^ routeur du Tjfpkon, le maître- du genre h«B]rlesq:a« : 01, à cette époque, Boil^a^ n'a pas eneore fixé lar hiérarchie des genres littéraires^ de sorte qu'an miiieu> d'un certain désordre qui a dos iaconvénients (si Ton n'y voit pas en plein la juste suprématie d^s vérilabies grands poètes) et qui a des avaistages (si

TIKARETTB ET LE PAY9 DE BRikOOIRIE 33

de ebairmant» poètes n'y sont pas aDéaniis) il esl un personnage. Il a de la simplicité. Souvent, ii en s^ trop : le badînage qu'il fttit sur la disgrAee de sa tournure eet pénible. Mai&ille relève auem de fierté : alors, il a de la gentillesse. Ce qu'on «Âme le niavx en lui, c'est le i^èle avec leqtiel il réagit contre li. Witératnre frelatée, la préciosité, l'hypocrisie dm cœiir et de Tesprit. Ees « pous^eurs de beaux sentiment > l'exaspèrent. C'est à eauee^ d-eux que, Ters le* temps* où nous le rencontrent, il a formé le plus extrai^i^argant projet qui put venir à un tel iivflrmi^. Il s'est miis pour mille écus^ dan&la nouvelle compagnie des^ Indes, qui va fonder une eoloine en Aaiérique suc les bords d& rOrillane et de l'Oi^Doque. Il & résolu d^ partir avee les colons et d'être un eolîon. Là^bns, ït croit qu'ii' va. trouver un Eldorado, où i4 ne redoutera ni « fsrax- béats- », ni i^ Qlous de dévotion it>,^m l'hiver qui Fassassine et c la guerru qui 1er fait moiurîr de faim* », là guerre civile, la Fronde. Une partira pas. Sans doute s'est-il aper^ de son imprudenoc. Ptds, H a senti que la tranquillité revenait dans^le^ royaume. Enfin, ce qui le retient, c'est l'amour : im amour hî^anre, absurde, où il y a du libertinage et de IJBL bonté. li-épousera dansquelques mois, lui quadragénairft et deux années en plus, impotent, presque monstrueux, une fille de seiise ans, belle comme le jour au matin, malbeureuse dès sa naissance et qui Tagrée au titre d'ane eoismutatlon de peine, FrancînB: d'^ubigné... (1 s'adresse à U™^ de SévîgDé, afin qu'ellei luf vaille lia faveur de sa « graade duefaesse i M^-cTAiguillon. IDt il baise humblement les mains è M®" de La Vergne, « toute lumineuse, toute précieuse, toute (dit-tl), etc. » Plus tard, après la mort

de ce pauvre garçon, M""* de La Fayette remerciera Ménage de lui envoyer les Dernières Œuvres du € petit Scarron >. Voilà tout. Et Ta-t-elle apprécié? Du moins, elle n'a guère aimé M'^^ Scarron, pas du tout M"' de Maintenon.

Les beaux esprits et les beaux hommes qui fré> quentaient rue de Vaugirard, nous ne les connaissons pas tous. Mais voici deux personnes avec qui M"® de La Vergue se lie intimement. M"*® de Sévigné la veuve et M. Tabbé Gilles Ménage.

M"^** de Sévigné a huit ans de plus qu'elle et a vingt-cinq ans au mois de février 1651 lorsque son ihari est tué. Son mari, c'était un débauché, qui ne tâchait point de réparer ses fautes par de gracieux procédés. Elle n'avait pas avec lui ces revenants-bons d'une épreuve où Ton a payé d'exacte patience ; ni la douceur des pardons joliment demandés et obtenus; ni les promesses qui donnent peu d'espoir, mais qui tournent' en mélancolie le chagrin, la rancune en complaisance et les larmes en sourire. Il était grossier, brutal et, hors de chez lui, charmant. Il « aimait partout » : c'est que partout on l'aimait. Et ce fut Ninon, jeune déjà ; puis cette « belle Lolo », M°»« de Gondran ; puis les mille et trois d'un coureur. Il n'aima, dit Bussy, c jamais rien de si aimable que sa femme :» ; et Tallemant : « Pour moi, j'aurais mieux aimé sa femme ». Il l'aurait mieux aimée, lui pareillement, si elle n'eût pas été sa femme; et, un peu de temps, il la préféra : mais il préférait aussi les autres... Il est tué. Elle en a la plus vive douleur. Elle mène un grand deuil, et sincère. Elle pleure, elle gémit. Et Bussy s'en étonne : un si détestable mari! Bussy, comme d'autres amis des femmes, ne

-connaét pas lk& femmes. Désolée^ ette (pûMe Pairta, «e FetÛBi eai Bvttagse : o» bjq Isu fecra phie jamais ; <»lle esli JnneaiiaDhkble. ËUea été inc<»a9olabtoitoiiiâ la lin de Fhîver, tout le ^psÏBtomgpBy lléiây Ib déiNit éè^ l'antomne et, peiuiaiit ces^ banga flïoi% deux aaùi«ns et quelques »maifi«9 des deaix autoea^oOitte Ta. pas re^net è Paaris^ fiHla y roTinii ài la mraxymfiibre et vêtue ^naoTQy. dit Leret, de, somfwes atours^ mais conaoLéfl. fit^ o^osioléc^ ce n'est rien r ce i^'^si que l'^effet du temps. Le^ temps cièatx^se le& ]ii«asurea, tant bien (pue mal,, et aûdKTeal; maL On ner £»it ri<^ axDB l«î ; mais ii^ ne fout paa se fier k hai' seul. MP" da Sévignè a laiseé le tcnrpa ht eûnaedec : en* onAre, elLe a-veiàlé à^ i'osurvre; du. temps et Ta dipigée. Dans La lovair de la^ campag&e, elle a pria ses néaehitiona, certes au garé de sa. nal^ure:^ qui est deuee, ûnvole et psnidente, au gné aussi de la aa^esse; et du devoir*. EUie'a wnotète bden faite, où les Udes se rangent à merT^îHe, où les iéées du pladaîr et de la vieirtu) se réuatesent ^olontiecs;. Elite ae préten^d: pas éluder tous les haearda; du mûias,. eUe sauna tenit lies hasards dams ks limites oit les peuvent garcler qu«rl^ea volonté». Ses volontés sont daires ; on lies numërotidraèt : elle ne- se^ mamra pas de mufveaay eUe^ »'a^ura; pokit d'a;ventur«a galantes^ elle n» sera nt atiatève ni Teùfognétty elle aimeEa aes^ enfant» et I» monde et les aigrémeats d'icir*baia. EHe ne renonce point à se divertir; elle ne renonce pas: àb plaire, fille est jolie, blamche et rose^ Elle sera désinée: elle veut l'être. Elle se r^jBsera, maia au» la rudesse qiui ensuit® écarte les bommages^, Ella aéra une très- beai^ nète fegonme^ éimt les aulnes envieraient ta destinée amusante; BBe ae doute- pas du* péril de ceii aircang^

ment. Elle se confie à ses goûts de netteté. Elle est un peu une chatte blanche. Elle se confie, pour un surplus de précaution maligne, à ce bon abbé de Coulanges : une chatte blanche, sous la tutelle du Bien-bon,

D'ailleurs, elle n'a point encore tout son génie. Son génie, ce fut bientôt l'épanouissement d'une âme gaie, tendre, curieuse, et d'une intelligence qui compose l'univers autour d'elle ; ce fut la spontanéité la plus heureuse, avec le don miraculeux d'avoir toujours sa plus parfaite expression dès le sentiment et puis dans les mots. Il lui manque, à la date où nous sommes, l'occasion de fleurir. L'occasion pouvait être un amour et sera l'amour maternel. Mais il faut que sa fille grandisse, se marie, aille au loin. Présentement, M™* de Sévigné la veuve est une petite veuve très entourée, très demandée, qui ne craint pas de vivre un peu dangereusement, qui surmonte tous les dangers : Bussy l'amuse, l'agace et ne la trouble pas» Le comte^du Lude pense, un jour, l'avoir alarmée : ce n'est rien ; ce n'est que ce qu'elle a permis. L'abbé Arnauld l'a vue, peu d'années plus tard et quand elle a pris à peine un peu plus de placidité; l'abbé Arnauld l'a vue, qui arrivait, dans son carrosse ouvert, entre M. son fils et M"® sa fille, deux enfants : et (L tous les trois tels que les poètes représentent Latone au milieu du jeune Apollon et de la petite Diane, tant il éclatait d'agrément et de beauté dans la mèce et dans les enfants... :»

En ce temps-là, M. Ménage, étant né en 1613,. n'avait pas quarante ans. Il n'était pas célèbre; il commençait d'être connu. En 1649, Gui Patin, qui l'a rencontré dans la rue, l'appelle « un bénéficier angevin^ homme de savoir et d'esprit ». M. Ménage lui a

donné des nouvelles de M. Heinsius le fils, fameux philologue de Holl^ttide, ssn ami. M. Ménage est luimême un philologue. Il imprime ses Origines de la langue française^ ou dictionnaire étymologique, de notre langue, trésor un peu mêlé, beau livre cependant. Il est facile d'y relever des bévues. Mais enfin, M. Ménage a inventé, ou formulé de très bonne heure, maintes lois de phonétique, dont quelques* unes ont assez bien Tair de suffire à Texplication de plusieurs phénomènes. Il a tenu compte des influences populaires. Il a connu, avec plus de justesse que ses contemporains, les écrivains et le vocabulaire du moyen âge et de la Renaissance. Il a fait preuve d*une intelligence limpide, souvent trop ingénieuse, et d'une érudition surprenante. Les Origines de la langue française lui mériteraient aujourd'hui encore une large renommée, si les Français n'avaient accoutumé de mépriser les débuts français de l'érudition. Il est vrai aussi que M. Ménage a des torts. Il aimait l'érudition, mais il la trompait. Il avait la manie d'être poète. Il hésita sans cesse entre les deux futilités, la sérieuse et la plaisante. Deux ans après avoir donné les Origines, il prélude à ses fantaisies par le recueil des Miscellanea : une églogue où il est Ménalque, une € Rechute amoureuse » où il tente d'être élégiaque, une farce relative à un pédant ridicule, et des galanteries pour les dames. Cependant, il est ahbé.

Il ne l'est pas énormément. Fils de M. Guillaume Ménage, écuyer, sieur de la Monnerie, avocat du roi au siège présidial d'Angers et, dit le fils pieux, l'oracle non seulement de sa province, mais des provinces voisines, il a débuté comme avocat lui-même,

38 LA IBITHHSSfi IK BiUAME DE Li, FAYETTE

à dx»-iMuF ans. Aimcmé â Paris par H. Loyauté, ani de nos pèFc et a:va<ab au Partement, il eut. psuir nMilre <1« «ir«)t H. S«Dgelière^ leçuei, Toulaat répotdier une hifiilÈle, lui mafia sa juste' cause. 6iU«B dunnanb tlara des espérances, M-. Ménage le- père se démit ea. aa ëg»twk de la charge qu'iJi avait d'avoc&l éa rxïii. Mais Gilles ïefoaa de retournBr à Ab^cbs el^ plutôt que de quitter Pairis, se br&ullla. net airec son père^ Il fat conséquemraent privé de ressources et xievint ahbé em ^ne d'obteni'r été bénéQces : H oMiist ie dioy«Tiaié dft Saint^Pierre d'A«gera at ne quitta point Puris. S», vocation reltgieuae est un établisseniant..rotitnli»& M. Ménage sut ce qu'il devait ji sou étil et^ pEn* mu scrupule honnête, il porta, sduliane : mus «e fut tout te qu'il: accorda aux régies et coulames e Oïl es i astiques. Il était « beau gaeçan >,,diA 'EaiJcmxnt, q»j oe- le dirait paa, si la irrité se l'j obligeait : beau garçon, de petite santé, namteiut ai gcavé son portrait : un long viea^ maigre^ une petite moustacbo noôre, Les cheveux un peu lon^ et bien arrangés, les- yeux très vifs, très ea dtMaws, use pitysienomie attentive, graciease, narquoise et iDcoli^ue;et k. clarté de' l'intetligeDice répandue lent sur ce viâoge. Tatleniaint, qui> doit «ocseotir le trouver pas l*itj, se rattrape d'ajillenrs. Il l.'à tans l'ak^va de M"* de Rambouillet, e se BettoyieF lents, par le dedamss a-vec iib. nouehoir fort sale^ la durant toute une visite i. Une aatre fois, < il rogné les ongles devant des gens avec lesquels 'filait pas familier >. Petitea erreurs, et très Mises,. mais eniin qui n'empêchaient pas le» meilts compagnie» et les plus dlâlicatea de l'accueUlèr îeiis du.' DMade.

Il vieillit assez tôt. Quand il eut quarante ans, il était un peu cassé. Il se plaignait d'avoir mal aux jambes. Une dame lui répondit : c On ne peut pas être et avoir été. > Une autre dame, à la même doléance, répondit de même. Il rentra chez lui et surprit son petit laquais en train d'écrire : < On m'a placé chez ui[i vieux garçon... y> Bref, conclut-il avec un triste sourire, « quoique je n'aie que quarante ans, il faut que je sois vienne, puisque tout le monde le veut ». Pourtant, il n'y a pas si longtemps qu'il était ^jeune et, avec son bon ami M. Thévenot, dansait au chant des vers d'Anacréon dans le jardin royal des Plantes. « C'est en ce temps-là qu'il fallait me voir! > réplique-t-ilàqui le complimente de garder sa gaieté parmi ses maux.

Tel que le voilà, il fait bonne figure. Il a perdu son père en 1648 et reçu en héritage une terre qu'il a vendue à M. Servien soixante mille livres, pour quoi M. Servien lui sert trois mille francs de rentes. Divers bénéfices, qui sont venus s'ajouter à son doyenné, lui assurent le jour et le lendemain. Il demeure au cloître Notre-Dame, de compte à demi avec M. Parfait, chanoine de l'église de Paris. Sans grosses dépenses, il vit bien : il a son carrosse, il a ses gens ; il a pour domestique M. Jean Girault, maître es arts en l'Université d'Angers, et^ui fera une carrière dans l'Église. Il n'est pas opulent, mais libéral. Il appartient à la maison du coadjuteur. Il ne s'y plait pas : il y fréquente peu. MaiS|,à Tépoque où le coadjuteup était bien en cour, la complaisance du coadjuteur a valu à M. l'abbé Ménage le titre de conseiller du Roi et son aumônier, qualités vaines et honorables.

W LA JVfmmSE' I>E ïfAEWWtfB DE LA FATfiTTE

M. Ménager était grand anri de M*" d^ Sévîgné, jusqneAk efw'il devint amoareux d'elle ;^ el' elle ae deviw* pas amonrease de lui : lïtars elle eut peur lui beawiw CGup* d'awiitié. Il avarif Famitîé orageuse*; il était jaloux : iP ne tolérait pdt9 que W^^ èe Sévigaé fil de noureaiix amis. EFPe en fafsaît trè^vot^ntiOT», aja»t au cœur cette exu-bérance qu'on remarque dans? m,' façon d*écrireu î! était alors Boudeur eu quereHewr : et, boudeur, elle attendait qu'yî eût fini ; qiferellewr, elle te rabrouait. Il ne lui eachafl pas son amour. Effe ne l'engageait pas à se taire; elle ne se fâchait pas' : elle* riait, dont ii enrageait. Un jour, if apri«TO C&ezf elle dans Fe mement qu'elle sortait pour une emplette. Elle Temmène- : il s^mble^ gêné. Blte le presse de monter en carrosse ; comme il montre à» l'embarras^, elle voit ce qu'il a et, gaiement brave, assure q»*el{e ne eraint pas^ d'être €ompi?oniise. M e»t fort dépitéi Elle te bo«BCtrfe : « Mettez -vous, lui ditelle, meltez«-vou3 dans^ mon carrosse; si vous met féfchez, je vous irai voir clie« vous!... » Cette aneo^ dote, c*e&t' Bussy qui la raconte darns s«n Sinteire amoureuse dès Gaules, Quand parât VHiêimif^^ M. Ménage entra dwas^une^ de ces ee-lère» q»î, parfois, ne ri<n&pir^ent pa»m«il et qu'il traduisait en latin r sans t'arder, il composa ce- poènïe vengour : In Bu9sium Rabnlinum^ hominum quot suntj quoi fuertmi, quoi futwvsttnt^ mahdieeniissimnm. Gefea suffisait à s» rancune; et plus tawrd' il tint ce propos, qu^i^H a recueiltt dan» les Menngiana : « C'est un bel et bon esprit que^ M^ de Bussy Rabut-in. Je ne puis m'em^ pêclier de lui rendre cette justice, quoiqu'il ait tàchd de fim donner uo vilain ti>ur dans^ son Histoire iw Gaules, On ne peut écrire avec plus de feu qu'il a fîrit

miARBTTH KT LV PIWSS M IBAOCERIE, 4i

<Ibii0- cetl» histoire.*, » M* Miiaaffr «'eal Y^nçé; M. Ménage a^ pardoné. L'anecdote eB^ TPaie.

M. Ména^ y parais na powTBnHem ; il nladmet pas qa'uai Inttré parfait na tire' paial à oottsé^enee. M**^ de Sénî^aé ami su le disesser à ses dkdpliaaâ f et il oe s'obstinaîl pas à re£iimr fiènemeat son plai^ fier. Ub se voyaient beauoirap^ sortaîeat «nsemisle. M. Ménage menait M*^ ëo Sëvigné ao semon. Si elle amait à soiiicitev podiu m procès, il ht Bw^nak chez le ma^strat. Et il était un pea pédant; die n'en était pafs efabarrsssée. ËUb lui damMadaîA 9*ii aNaît bien:; maÎB^iiétaH eashumé^c Je la aoia pareillement... n Bt teâ) : cSc'Loa les cègles de aotrd langne,. Li faudrait dire : Xe le suis* — Vous dire^ comme il Teus plaica; raarSy peux; mai, jesie dibrat paa antir^^m'mt, q«e jfe a'aie de la barbe Ix Le 19- août iG&àj eUe lui éerit : « J^aii: tiovjours cewliiuié à v^ns aimer, quoi que Yoush en. ayf^ VioifkL dire; et vous ne me fkites cettft quepette'^AUeman«l qvepoar vaas donner tou^ entier à M^^ da La Yergoe. Mais eaQo, quoiqu'elle soit nûllei Sms pfos ainsabie que- moi, votre eonscience vou» a donné' dia si grands remords que vous avez été eat^ tpaÎDit de ^€M» partager piufi également que voua n'aviez fait d'abord. Je loue Dieu de ce bo^n sentime&t et vous promets de m'accorder si bien avec cette aimable rivale que vou$ n'entendres auoanc plainte ni d'elle ni de moi... 9

C'est ici que Ménage entre dans la vie de M*^*' de La Yergne. Et ces quelques ligaes montrent à merveille les trois personnes qu'elles cemcernent, l'état de ces trois amitiés. De M'"' de Sévigné à Ménage, une amitié,, ehes etie moins ardente et qui,, à pelit feu, otmyera plus loogtlemps ; d'elle à M"* de La Vergne,

de gracieuses relations, de la sympathie, et la distance qui sépare une femme de vingt-ëix ans d'une fille de dix-huit ans, si la dernière n'a pas eu envers la première un élan de câline tendresse ; et M"* de La Vergue n'est pas une petite folle de douceur et d'enthousiasme ; entre Ménage et W^^ de La Vergue, il y a la flamme de l'un, toute neuve, et la patience amusée, flattée même, de l'autre. M. Ménage s'est épris de M"® de La Vergue : il n'a pas éconduit M™' de Sévigné. Les deux rivales ne se haïront point : il faut que M. Ménage prenne son parti de ne pas les troubler si fort. Néanmoins, il y eut quelque émulation, — ce n'est pas de la jalousie, — entre elles. Et Talle» mant a beau dire qu'elles le trouvent importun, il ajoute : « Mais la vanité fait qu'elles lui font caresse. > Dix ans plus tard, M. Ménage imprimait chez les Elzévir d'Amsterdam une jolie édition de ses poésies : le désir lui vint d'y consacrer le souvenir de son double amour. Il écrivit à son ami, M. Pierre-Daniel Huet : « Je pense que vous m'avez ouï dire autrefois que j'avais aimé M™® de La Fayette en vers et M°*' de Sévigné en prose. M"*' de La Fayette m'a obligé de mettre cette pensée en vers, quoiqu'elle ne soit pas à son avantage :

De Parménis, de Timarette, ^ A qui j'ai dit mainte fleurette, On fait cent jugements divers.

Pour moi, je n'en dis qu'une chose :

J'adorai Timarette en vers Et j'aimai Parménis en prose.

Vous me direz, s'il vous plaît, à votre loisir, si ce sixain peut faire le voyage de Hollande. > M. Huet

accorda son imprimatur. Il suggérait un petit changement pour le dernier vers : < La clausule de l'épigramme sera plus belle de moitié, si vous mettez : Maiif aimai Parmënis en prose. Cela fait une opposition bien significative... > Ménage se rendit au conseil de son ami ; et Tépigramme tourna ainsi plus nettement à l'avantage de M*"* de Sévigné, si Ton est tenté de comprendre que Tamour de Ménage pour Timarette n'était qu'une poétique rêverie ; pour Parménis, une réalité. Cependant, M. Huet ne trouve pas que le sixain soit au désavantage de M"** de La Fayette : 4L Vous donnez à entendre que vous avez davantage aimé Parménis, quoique vous jugeassiez l'autre plus digne d'être aimée, c'est-à-dire que vous aimiez l'une 6t que vous estimiez davantage l'autre... » Ou, si Ton veut, l'autre lui plaisait davantage, mais, avec l'autre, il avait, en quelque sorte, une tendre habitude. M*"^ de Sévigné se prêtait plus obligeamment à la passion de M. Ménage. On épiioguerait longtemps làdessus et l'on y perdrait son temps, M. Ménage n'ayant peut-être pas été lui-même tout à fait sûr de son intention. L'épigramme pouvait, sans offenser personne, être publiée : « outre qu'on ne sait, -^ ajoutait assez drôlement M. Huet — qui est Timarette ni qui est Parménis. » Il y a cela encore !

Les envieux se moquaient de M. Ménage, lui con** eeillaient de laisser là comtesse et marquise : il y perdrait son latin! Mais lui ne cédait pas aux nar* quoises remontrances. Il ne perdait pas son latin ; même il ne perdait pas la tête et se félicitait d'orner sa vie morne d'érudit par la société fréquente, égayante, un peu alarmante et pudiquement voluptueuse de Timarette et Parménis, femmes qui l'en-

44 LA JEt£N£âSE DE «ADi^fiB fiE ^Lk J^AYETTE

ohnniùeui et entame Idfiqueiles ri Jd'eàt pas eu la mariadres&e de cboiBir. C'était, M. Tabbé GiHes Ménage, un ihammô qui a^ait aoin de &es j#<urnéôfi et de kiHr di¥ertisâe]Beat.

PoHr M^^ d^ La Veiîgne, raiiu)ur île JM. Méûage est de tout pepos. Mais il a dos rivaux, ^ quelqu«s-«uii£ tKès danigereux, des gaillards qui ne passent point 'en poésie leors yeliéîtés etatr<eprenai>tes <et que la candeur des jeuûtes filles aguiebô au lieu die les e&r- FOttoher. M^'^ de La Yer^Hie vit daas un monde <»ù il y a deia vivacité. Ce n'est pas sa faute, si elle se tr(i>uvâ. mêlée à des intrigues ; et c'est assurément son mérite, ai elle en tira bien sa reBomjnée : touteCû^is, elle^ut à rem tiarer.

Quel âge avait-elle? en tout c&s^ elle était fort Jeune... Henri de Sévigaé mourut, le 4 février 165dL L'aiventure que voici se rapporte aux fêtes du carna*val, et eelles-oifiammençaàeiUàl'Ëpipbanie. Mettooi» qxiQ nette aventui?e soit du mois de janvier i4â51 : W^ de La Verga^ a seize ans et demL Sévigné aloi» était Tamant de M"^ deGondran. Cette belle eut envie d'éoUpser, dans \m bal, les rivales de sa beauté. S&â amaat dut lui procurer des peadanâs d'oreilles : et^ coosETOije il était prodigue, on lui pardonnait d& manquer d'argent. Se vigaé, q/ui «n'était pas bonnet» homme ]», emprunta les pendants d'oreilles de M'^" de Chevreoise et dit que c'était pour M^^ de La V^rgne: il l>réservait ainsi la réputation de M"° d^'.^ondraa^ non eelle de M'^* de La Vergne. Et, deux jours aprè^^ les malins deonandaient à M^^ de La Vergne d'où venaii q^i^elio eût prêté des bijoux à la belle Lolo.il fallut que M^*^ de La Vergne allât Temercier M"® de ChevrBase.EllfiJe fit certatnesnienta^ec autant d'eâpnit

HMAftETTE ETT LB PAYS DE BRAQUKBIB 45

qu6 de €dii|f4aiâanoe. !feis la voilà tôt informée de f^alanteriefi un peu andaeieufies : elle a £r61é^ iim^ cemoiefiiy eette beèème du plaisir ; et elle est avertie de benoe heure.

£lk a pour amie une Jeune ûlleplusarertie encore, V^* de Ia Loupe, Calhorioe-'Heisrieftte dllDgennes, qui devint M"*" d'ôloQne et Tune des plus Mies 4poufiee qui, seus le règne de Louis le Grand, bfilièr^nt dans la chronique dulibertina^. Bnssy la met au preml^ chapitre de son Histoire anumreme f&k cempagnie de 11°"* de Châtilion, quand il se fait riiîsiosieji dee pflus jolis scandales de son temps. M'^ de La Loupe valait déjà M"^ d'Olonne, s'il est vrai qnl ison mariage t ses charmes avaient iait, deox ans durant, tous les souhaits de la cour ». M*^ de La Loupe était voisine de M^^*de La Vergnc, rue de Vaugirard. Reèz dit qu' < elles avaient même percé une porte par laquelle elles -se voyaient sans sortir du logis y> ; et Ouy Joly, qu' « il y avait une porto de communication d'une n^ison à l'autre ». Cependant, Ifi maison de La Vergne n'était pas appuyée sur une autre. Je suppeee que M. de La Ver^e avait loué ou vefidu aux LaLoupe d'Angennes sa maison de l'autre dMé de la rue Férou, laquelle était reliée à celle qu'il habitait, et que sa veuve continua d'habiter, jmr ce pouit couvert, hAti en 4641, avec la permission de l!abbé de Saint-Germain-des-Prés. Les deux jeuaes ûlles prodtaient du passage ^, seloa Guy ioly, « M''* de La Loupe était à tous moments chez M^** de La Vergne ». Évidemment, ia future M"^' d'Oloo&e, d^ cette petite de La Loupe, n'est pas l'amie fa. mieux trouvée pour M"^ de La Vergne : et l'on peut ici remarquer la légèreté de sa.benne mère.

Or, au mois de mars 1652, Rotz, nommé cardinal, mais n'ayant pas encore reçu le chapeau, était un jour à Luxembourg, — c'est le palais du Luxembourg, ~ auprès de Monsieur. S'il faut l'en croire, les serviteurs de M. le Prince entretenaient contre lui des criailleurs à gages cpii, ce jour-là, au nombre de deux ou trois cents, font du tapage devant le palais et crient que Retz trahit monsieur et va le tuer. C'est ce qu'on vient lui annoncer, et à Monsieur, qui ne paraît pas tranquille. Avec MM. de Château-Regnaut et d'Hacqueville, Retz quitte le palais, s'adresse aux manifestants, demande le chef. Un gueux se présente, qui a une plume jaune à son chapeau. Retz parle à ce drôle et sait lui parler. Il a de l'entrain populaire, de la bravoure, de l'insolence et de la cordialité. La bande qui s'égosillait contre lui n'aime plus que lui et propose de l'accompagner. Il n'a pas besoin d'une escorte. Il n'a même plus besoin de ses deux amis et, tout seul, s'en va, mais à deux pas de là, chez son parent le chevalier de Sévigné. C'est qu'il a son idée : une idée galante. Ou peut-être l'idée galante lui vintelle une fois qu'il eut trouvé son refuge dans la maison de Sévigné. Toujours est-il qu'ayant l'esprit sans cesse occupé de projets de toute sorte il mit à profit le délai qu'il fallait aux manifestants pour vider la rue et les alentours. M"*® de Sévigné le reçut fort bien. Elle était, dit-il, € honnête femme dans le fond, mais intéressée au dernier point et plus susceptible de vanité, pour toute sorte d'intrigue, sans exception, que femme que j'aie jamais connue ». L'intrigue pour laquelle il réclamait ses bons offices était, il l'avoue, € d'une nature à effaroucher d'abord une prude » : M"' de Sévigné n'avait pas cet inconvénient de pru-

TIMAHETTE IT CE 7ÀTS DE BBAdCKERIE 4T

derie. dudqnes jours aapararaiit, il %v&it renconlré, dans le cabraet 46 Maûameo em petste Doapi^me, M^^* >ét La Leuf)e. 'M ravaiit iFOuvéo gentHle : « lefte étail précieuse par i»on air et par «a modestie. » la imoîtestie faisant Ie€ dehors d'ane effronterie principale, c'est ua attrait. Le cardinal protesta de «es bonnee inlexitions, si pures : le oommerce où il suppliait qu'on le. eervU; ne •devait être € que tout spiritual et angélique ». M<*^ ée Sévigoé lit un idostant ia TâHDhérie : du moias, le cardinal s'engageait-il à ne jamais préteoidre au delà des offices « qi>e f on peut rendre en conscieiiEoe pour procurer u»e bonne, ohasie^ .pxirey rimple et sainte amitié »? Tout ce que voulut !!«*• de Siévigné, le cardinal le promit. M"* de Sévigné 'Consentit à favoriser de si nobles sentiments. CPest un étrange métier qu'elle fait là : elle connaît ie cardinal! et cette ^petite de Là Loupe^ c'est ramôe de sa filie:! et sa ;&lie sera de la^confidence ! NVl-elle anovn scrupak? Si elle en a, la p&litifue lui fournira cet alibi qi'ie cherche «et tr0iuve une conscience im^éisieuse. Le cardinal savait, av^c M?^ de Pommereux, une liaisdMa que ses jpaoltisans n'approuvaîent pas : la sainte anaitié'deM^^*de La Loupe J'en détonrnterait! Maisifl fadiait «ne tnai'vetë que n'aivait pas M"' lie Sévigné, pour atteiBKjère du cardinal et de M'^^ de La Loupe ce ^emre d'amilié; le cardinal «'en égayait sans rire et ékéjÀ :se félicitaiL^. Mais il avoue qu'il ne fut pas beureuLX. La belle ne lui aorracha (point les yeux ; même, il s'aperçut que « l'on n'rétaiit pas fâchée die voir Ja pourpre soumise, toute anrmée et toute écJla-* tante (qu'edie était »: néanmoins, il trouva de la sévérité, une sévériJké ^uî lui « lia la siangna, bien qu'il VbM assez JÂbortine ». U aj^outCique Bonrâsiscoèë doit

surprendre < ceux qui n'ont point connu M"« de La Loupe et qui n'ont ouï parler que de M"® d'Olonne ». Son aveu surprend surtout ceux qui savent comme il avait de la fatuité. Mais cette difiérence si honorable qu'il fait de M»« de La Loupe à M°»* d'Olonne ? Il est possible qu'il ait gentiment réservé sa courtoisie à M^^* de La Loupe, ayant eu affaire à elle, tandis qu'il n'eut point affaire à M*"® d'Olonne : et celle-ci, d'ailleurs, on ne peut rien pour la sauver de son aimable déshonneur. Le mieux est de songer que M"' de La Loupe a épousé le comte d'Olonne en cette année 165:2 et qu'elle ménageait ses fiançailles.

L'historiette, dans le récit du cardinal, reste là. Guy Joly la mène plus loin. Guy Joly nous présente, en 1652, un cardinal de Retz qui baguenaude avec son cousin le duc de Brissac, Louis de Gossé, lequel avait épousé M"* de Scepeaux, Marguerite de Gondi, cousine du coadjuteur. M. île Brissac s'était insinué dans les bonnes grâces de Retz par « les voies les plus agréables », en lui organisant ses parties de plaisir, ses promenades, ses chasses, ses folâtreries. Et il avait alors un commerce de galanterie avec M"* de La Vergne : et, quand le cardinal se fut épris de MU« de La Loupe, ce cardinal et ce duc « allaient souvent, de nuit, entretenir ces deux demoiselles ». Pour ces visites nocturnes, le cardinal s'était fait faire « des habits fort riches et fort galants, suivant son humeur vaine qui le portait à se tenir ordinairement, le jour aussi bien que la nuit, paré d*habits extraordinairement magnifiques, dont on se moquait dans le monde ». Quelle aventure ! Et comment ces rendez-vous nocturnes étaient possibles dans la maison de l'honnête Sévigné, c'est ce qui étonne. On peut

TIMARBTTE ET LE PATS DE BRAQUERIB 49

traiter Gay Joly de calomniateur, à tout hasard. L'ennui serait de retrouver ailleurs le duc de Brissac auprès de M"* de La Vergue. C'est dans le Payé de Braquerie ; et, dit Bussy, < par le mot de Braquerie, le prince (de Conti) entendait parler des dames qui étaient galantes ». On lit dans le Pays de Braquerie : t Olonne. C'est un chemin fort passant. On y donne ie couvert à tous ceux qui le demandent... » Et La Vergue? « La Vergne est une grande ville fort jolie et si dévote que l'archevêque y a demeuré avec le duc de Brissac, qui en est demeuré principal gouverneur, le prélat ayant quitté... » Guy Joly et Bussy ne sont pas des camarades : et il ne faut pas dire que les deux témoignages se réduisent à un seul. Évidemment, il a couru des bruits fâcheux, et des calomnies, touchant M''* de La Vergne et le duc de Brissac. Une petite de La Vergne, honnête fille, mais sans pruderie, et tout à fait déniaisée, assez imprudente : je n'en sais rien; je le croirais.

IW^

« BEAUCOUP n'AUt D£L MÂDAliE DE. LESDiaaiÈB£S..^)ir

he' chevalier de Sévigwé se» lie- d» plus en pïti»^ étroitemf*nt au cardinal do Keit. Il croit en- loret^sB^ prë])are d^ cruelles déception». Il a.déjà des crai«t)9&^. mais avec beanicoup d'esp^oir. Jamais* la situation n'9 été plus confuse : et ce n'est pas^ pour dépteire an cardinal, qui s'amuse dans ce brouillamini. Que faitil, en effet? Il s'amuse. On a beau chercher son idée, on ne la trouve pas. Que le bien public ne le touche guère, ce n'est que trop certain. Mais que veut-il? C'est l'ambition qui le mène. Et quelle est du moins son ambition? Voilà ce qu'on ne saurait dire. La Rochefoucauld l'a bien vu : c II paraît ambitieux, sans l'être... Il a suscité les plus grands désordres de l'État, sans avoir un dessein formé de s'en prévaloir... » La Rochefoucauld lui refuse l'ambition, mais lui décerne- la vanité. Ce mot de vanité sert à deux fins : il désigne la qualité de l'homme vaniteux et la qualité de la chose vaine ou inutile. Si l'on regarde Retz dans le tracas de son existence, il est

f BEAUCOUP d'air DE MADAME DE LE8D1GUIÈRE8... » 51

surtout l'émule de Mazarin ; d'ailleurs, cette émulatiou ne va pas tout de go à l'hostilité déclarée : elle emploie les petits moyens et les stratagèmes de la bonne intelligence. Mais enûn, Retz a-t-il le projet de supplanter Mazarin? Non, répond La Rochefoucauld; < il n'a pensé qu'à lui paraître redoutable et à se flatter de la fausse vanité de lui être opposé ». Il est un homme de désordre et qui fait du désordre autour de lui, comme il n'a que du désordre en lui-même : il donne ce qu'il a. Mais comment impose-t-il à tant de gens? 11 y a, parmi ses partisans nombreux, des hommes de désordre, et qui ont en lui leur chef; il y a des malins qui profitent de sa fortune ; il y a les dupes : le chevalier de Sévigné est l'une d'elles. La Rochefoucauld dit que Retz était « faux dans la plupart de ses qualités » : c'est qu'il avait l'apparence de ces qualités ; et il savait < donner un beau jour à ses défauts ». Sévigné n'a pas résisté aux séduisants défauts et aux trompeuses qualités de ce très grand homme de rien. La France était bouleversée par les coquins, en l'absence d'un maître. A de telles époques, les lins ne se voient pas : les causes mènent tout. Les causes se réunissaient en une, et qui était le mécontentement. Le mécontentement n'est pas un programme : le mécontentement faisait tout.

Le coadjuteur fut nommé cardinal le 19 février 1652 ; il en reçut la nouvelle le dernier jour du mois. Sévigné, le lendemain, écrit à la duchesse de Savoie : « J'en ai une joie très grande, sachant que cela l'attachera davantage dans le service du roi... » Sévigné, lui, tout frondeur qu'il est, ne badine pas avec le service du roi : sa fronde même, il la croit et la veut royaliste ;

msissil n'af pas>manqué de sfapefoeV'Oir qjii&.RetiL était» moinBt fef me à.CBt égacd. et auhLssait reatrainement; des fa«Éions. IL ejsijuisae le projet d'une poliUquô; :. cacdinalvKetz n'a.', plus besoia de- Mazarii).; de sort€t? qu8)S^eiiiieiiiifi>ne raeci]fSeronitrplu£ de raazarmî&ma.: 4C II. n'en esl.pasenlatehé.. Au QOBlmiretj, il servirai M^msifsur da^ns-Le dèâfteiii)de<îhaa8eff' letdit.eacdinaLMaiar' rîn; mais ii serv^ra^la oour. ti?èa pui&saauneni auntce^^ nmnâleur Ler prince!^...)» RetZi senvirailacouc : il la ser,- YÛrai contce elle*-mèf&er et,, malgfsâ elle, contre toute. fèlÎB^Le !2dl'août,.Sévigné mande à-laiduch^ae dft Sa-» \om :. « Les princes; sont tout à» fait. résolus- de défi^QSâit les- armes et; d»* consentir à laipaÎK.; nous vefr.on&^âi. I» cour agira oonune ii faut : ee n'est pa& sans sujpti qsoer j'appréhende aar.mauyaise GO^nduile^. )) Ml^^de. La; yergne;e(Sak iiiie d'honneur de la- reine;, le Ghevaliejr die Sévigîïé, son; beaurpèrej. attribue à la r^eine tout la malheur du. royaume. Il la: soupçonne d'entretenir ea. sous'-inainde désordre, aiin de rappeler Mazaria. C'est, Maaarin, qu'on l'aime oi» non, qui- r^nft«'*ttjra. l'ordre danale royaumei.Ii suffit de te constater paur voiiî Sévigné &ur 1» mauvais chemin : il souhaite l'ordre dansifo royaiams'; et ill l'attend du eanlinai. do Retz. Avec de ss étraugesâUusions^ où va ce bonhommô2,.. Il est maiheureui&, et. comme- un patriote» II. écrit,, le 8 novembre : « La perte de Casai,, celle de*^ BarCvôlone; et celle de Perpigaan fofiït.pJettrertous.lôsboiifr Fra«i^ çaiau* Tant qjie Maaarin sora. en Fmace,. nous ft'y4 aiBrons>quo maih^isrs.*. »

SiK semaiaes plus tardvlec 19 djôïîombrB, le cardinal de' Retz, au momônt: qu/il; sentait dui Louvre,^ est. arrêté,, conduit èfeVineennos^ Sévigaé. frémit do doubleur.. RMiiariràté: : paorquoi ?: la.j^^uâio: d« Btazarin.:.

« BEÀ^Côef^ Er*ÀiR DE MAO^tfB DE LESDiaClèBES... > 5&'

«s,G'e6tilà tout soDf cnaLe^ei je puis jure? av^c ¥éivLli qp!il B^.se mèkûiipkrésôfit^meRl.d'auettQi) iDlrigue. >» Sitvîgïiéfne^setai pas4-iBftpffadea<;e et l6 paradoxe naïf» d'imagixied^ untenif»: oàiRate a'iiàii4gtterptas. Sa lettoe àt lai duahefSSB de Suvote ne' montre que saiOalèra.. Kais^iiaedeltre dU;bar»ii(de Gize dd'Grëây,.sei^iaica da^Kasnhassada de' Sa(70Îev révèle uD.Sévigaé qui nes'eaf ileAt pa» là.. Four oavdi; ijt skoi^ ami< les- postes der Vincennes, il a conçu le dessein le plus hasardeux. ; la Oûor de Savoie suscilïeFait rinierveniioa- de 1 Espagne cotalre la. Fraooer U est. ptd^riûte ;,mais<ii Tesi daBB- le désoi:.dâre de llépoqikeu

Six jours aqpifèâ' l'arreelatiott du.Cardinal, le^ cJlàe:vair' lier, reçut de laiooup L-ondte de: quitter Paris daœ le& vingt-quatre heures et de se retirer- chea luii à lar caffîfiagne. Le nrème jo«i^> 1«' reine £atsait dire à Mf^ der Sévi^^aé que l'ordre du roi nféba>ii ni pour ella^ ni {)0ur sa fHle eb qu'eties pouvaie&t Tune eb FaulredeDiieurer ai Paris., ûésorfiaaiâ^ Sévigné daiera seslettresc «i de ma solitude lï ou bien. « de- mon désert ». Se solitude ûiï son. désert, c'est, dans la.ppo^ vioce d'Anjou^ la tferre de Champiré^ lieu- trij^rte,. aâmndeaoé,. un vieus ché4eaui qa 'il a.lai^sé se délar* breir;: mî-ehàteau ei mi-fortfisesâe:^ avec desî tou^^ reiles^.desï' douces,, des pionfes-levis : ni la forteressen'est u«e sauvegarde^ ai le château a est uue résirdenoe. Il y ai de lai tristesse à demeurer dans Cies rei^nes! féodauis, si dérisoires et. ta«tsuiranDéisqiuie: le roi. VQI1& y, met en pémtenQe.

Mî**«' de Sévigné' et M^*^ de. La. Vergne restèrent à-. Parîsi Le bacon: de Gr^âij: allait leur rendre viaiie. Il tcôuvait'.M?*® deîSévignér« f^>r.t belletïr ; et-malheucrurs8EgmeHil,ii:iïe)parlerpaï de M"'' deLa Verglaé». Si lA^ de

Sévigné ne partit pas avec le chevalier, ce fut sans doute aQn de veiller aux intérêts de l'exilé ; mais elle annonçait le projet de le rejoindre vers le printemps, lorsqu»^ la campagne serait moins alTreuse et que rinfortuné châtelain de Champiré aurait mis en état d'habitation sa prison soudaine. Elle continuait de recevoir beaucoup de monde; et le baron de Grésy note qu'on rencontrart chez elle plusieurs mazarinistes avérés.

A Champiré, le chevalier de Sévigné s'ennuya trop pour être seul jusqu'au printemps. Puis il était f un peu malade )». Dès le mois de janvier 1653, il appelait sa femme. Le 30 janvier, M"* de Sévigné comptait partir dans les quatre ou cinq jours : huit jours après, elle était partie.

Voilà, et pour de longs mois, M"' de La Vergne loin de Paris et de la cour, en Anjou, dans la compagnie habituelle de sa mère, qui est une femme agitée, et de son beau-père, un bonhomme assez chagrin. Celui-ci, ce qu'il endure, c'est le tourment des conspirateurs désœuvrés ; c'est aussi l'ennui d'être sans nouvelles et de croire, tantôt qu'il ne se passe rien, tantôt qu'il ne se passe rien de bon. La pensée du cardinal le harcèle. Par moments, il court de mauvais bruits : « Le dernier que l'on nous a écrit de mon ami, —3 août 1653, — c'est qu'il écoute des propositions qu'on lui fait, qui seraient tout à fait honteuses s'il les acceptait. Pour moi, je crois qu'il périra, plutôt que de rien faire d'indigne tle sa réputation. » Savoir! Et s'il transigeait, tant il a l'esprit mobile? Sévigné languit, dans la détresse d'un partisan qui ne sait pas si son chef est sur le point de périr ou de se déshonorer. Mais il a, pour se consoler, sa

€ BEAUCOUP d'àTR DE MADAME DE LESDIGUIÂRES... > 55

fierté, sa fidélité souffrante : l'orgueil, même endolori, TOUS requinque. Ne plaignons pas Sévigné outre mesure; ne plaignons pas les révolutionnaires au martyre : ils croient qu'ils ont raison. Mais réservons notre sympathie apitoyée pour M"» de La Vergne. Ce ne sont pas ses idées ni ses passions politiques qui Font menée à la retraite angevine. Elle était de famille docile, attachée à la cour. Elle avait, dans les environs de la cour, les appuis de sa jeune destinée et de son espérance. Elle paye assez cher rhonneur d'avoir un beau-père fameux dans Toppo* sition. Gomment subit-elle cette avanie du hasard et quelle est son humeur?

Excellente! L'abbé Arnauld la vit alors. 11 avait trente-sept ans et, voyageant, trouva la société très agréable dans la province d'Anjou. La marquise de la Porte, une Brissac, était la personne la plus considérable par la qualité; d'autres dames n'avaient pas moins de mérite : < On n'aura pas de peine à me croire, quand je compterai de ce nombre M"** de La Fayette, qui, n'étant encore que M"* de La Vergne, avait déjà tous ces talents acquis et naturels qui la distinguent si bien aujourd'hui parmi toutes les personnes de son sexe... » M"* de la Vergne trouva, dans l'exil angevin, l'occasion d'être charmante. Nous le savons par un bonhomme assez ridicule, assez dr6le si l'on n'en prend qu'un peu, M. Costar.

M. Costar était Parisien, de petite origine et fils d'un chapelier, pour quoi il observait d'habitude une cérémonie déférante, une humble politesse ; et Dalibrai disait qu'il avait toujours le chapeau à la main, tenant cela de son père. Il s'appelait en vérité Costaud; mais ce nom ne lui allait pas; il le modifia. Pour sortir de

"56 LA TOOTWSaE DE MARDAVE DE LA FAYETTE

la ehapellerô^palerBéfèe, il^otTêoours'à'rÉglfse."*!! fat fl^bbé. D'aincHrs, 11 était :p©a:réglé dans Bts 'mœurs, 'mais tort ëtutHé cNins son^ajustemeot : on riait de sa ^propreté o^j^ui se Tempèchait pas desentiria bwitic^ire.

Claude ée Hueil, éVèqne de ^Bayonne ét^puis d*Aiîgers, l'avais pris triiez lui «en rjualité d'^ourme de lettres. A l^a mort de ce prélat, en 4049, M. Goâ*ar*e«t Tin autre protecteur, ÎMvêqne eu 'Mans, 'M. de Itiermr-din. Et il ^tait archidiacre du lAans, à l'époque dB «es reflaiionsa^ec M^**de La Vergue, f lavait ci nquan^e^MW ^ét vivait bi«n, soignant sa goutte, 9e faisant lire les auteurs et donnant de beaux repas. Il venait deprtbJlier «on premier ouvrage, iBL^Défense tfesi mcvrages xieTlf. Voitare, dédiée à M. de ^Bâlsjac.Tl défendait la mémoire •et les écrits de '«en 'ami 11. Voiture c^'utre Paul Thomas, sieur de Girac, un provincial, 'un h^nnaniiste Tural,a?HQi de Balzac et un peu «on voisin. Pour avoir féi'é reçu Jadis àiriiôtél d« Rairibouillet, pour y wvmr ?iië 'connaissance -avec Voiture, M. Costar avait 'con- «Gi<enoe d'être nquf^lqu^un. Maison ne >le savait pas. Sa 'renooimée dormait cachée dansflîéVêcîhé du'Mans. 'Or, M avait de ramrhjtion ; 'et il arait ime ambition-provi»- 'Ciale, qui adu loisir et n'a point de diverti&smnenl, •qm «ouffre etquî enrage d'elle-tnéTn^. Voici l'affarwe VoituT-, A lui tendue comme une perdhe.'ll la saisit. Il ne la lâchera plus. IW. de Girac recevra des feori^ns'; et M. de Sal^zac, les contre-co^ups. Désormais, M. de HBostair 'n'e^t pl»s Tjue -le défenseur (de Voitwre. ^H *a •publié en i6^ la jfl^/enwc.^*annéo suivante, il#em<&e 4©B iEniPéUens nie M. Voiture éi de M. Co^lar. L'«»Bëe «oivarite, il ^knine la Sttiie de lu défende ^ém *9wypn 4le il, ^Koiliff e.'Bt, l'année survaait«, powr coarwiner

« BEÂneOUP'B'AIR DE MABAKE DE iLB9DianiiR1iS... » ffï

l'édifice de ws ^rois losies ^qui font 116, plus ë6I, 'ploB 4^'pog'«B de'tette'loiirtl, parAÎssetft inséfO pages ée VApohgie de M. Ccwtor, par'M. Gofitar. Entre-iemps, M. de Oirac av«it'tancé««i réplique, oùâl proavait que son impprtinftnt contradicteur n'avait pasfoTt»lu les anciens p€>ètes, disait à la légère qa« Ja Lun« n^avait «pKs «« d amant, ignopvk que l'étoile «luiroatin fût la «même qoe celle de VénuSj'enttn ne savorit ri4»n de:ripn. <2o!^tar Ini jeta les Entreiiem et V Apologie. Mais, Tedoutant nfie 'seconde pépliqiie,^! «ut soin de la f^ire ^nter^irre et «saieirpar l<e lieutenant civil, au monorit qu'dlle^ait à^Fimpression . Voilà le bontio^n i»e Ci>star. ^li Ti-ÉMstpaB délicieux'. Et n\ l'est encore mi^ins si l'on •Fwaayque en im une douWe nature : autant il fait, 4fawîs ^«s lettres et dëmarcties mondaines, le bénin, ^e ^timide «t 4e cérémonieux, «.utsnt ce patelin se ^é^veile, dans la qoerette, violent, injorif^ux, trutal; ♦et «ai?i« esprit : *on le savait; sang manières : il le iwc^hait.

^ëi ''étant M.Go^tafT, M^'de'La Vergue « Feoherohé >sa'eDmmi8sancft.ll'y'avait,'Bntreette etlui, M. Ménage, 'h'qm sortt dédiées l'Mpflffo^wet la 'Sniie 4e la défense. •roie^cril % M.'Go^tar : c'est el1« 'qui ^attaque. iBlle lui déclare -feeut^nët qa'elle saH'biun qu'il 'Oât incompa- Table. ^^ssitdt, il est coiffus. incomparable? c'est "VOUS, maâ«moi«el)e ! Et, dans une noteiqu'il joint -è -«a^ëttre'publiée, iliae^ure que, ÎH*^' de 4a Vergne, 4C on la nommait ordinairement l'Incomparable •. 'J« ^n© sais pas s'il f in vente, et je^^i^pasitro^uvé ailleurs «la HH^nliofi d^^un sobriquet «i ûdtteur. Wai6il«yîtio©t : X ^J=eT^.çéis devotPB t^mittoisie ^une qualité *qui vous ^fqmrti€Fttt, que4es ju^tes^diëtribut^ufs de ia répata- *fF<Mi^ ael^e«rtii»e«vouB ont affectée <et< qui ^ne ^vous^est

pas moins propre, à cette heure, que votre nom... > Et il s'étend là-dessus, avec une terrible longueur. Il n'a pas le ba<iin2^ge de Voiture, et il n'a pas l'éloquence de Balzac; mais, recherchant Tune et l'autre, il est rhétoriqueur et futile.

M"® de La Vergue pouvait en rester là. Elle ne connaissait point M. Gostar que sur les propos de Ménage et sur cette lettre ennuyeuse. Mais elle continue! Elle écrit à M. Gostar, et sans doute n'ayant rien à lui dire, car il n'a rien à lui répondre. La lettre de M"' de La Vergue est perdue. Gelle de M. Gostar, M. Gostar Ta imprimée. EU" ressemble à la précédente et ressemble à tout ce qui est sorti de la plume de M. Gostar, quand il n'injurie pas M. de Girac. G'est une lourde fadaise. II compte M"" de la Vergue parmi « les personnes extraordinaires qui ont l'approbation de la cour et de ce que nous appelons le beau monde ». Elle lui a dit qu'elle était bonne; elle lui a demandé son amitié*. • Gertes, il la donne, et de grand cœur, flatté, reconnaissant, joyeux. « Votre beauté... votre vertu... votre esprit »... ces mots, il les balbutierait avec émoi, s'il n'écrivait à loisir et s'il n'avait accoutummé d'emmitoufler sa pensée sous des phrases en périodes. Et il se plaint : c Nous autres provinciaux... » Fuis : « Étant réduit à passer ma vie à quatre journées de votre charmante personne... » Il compte loin du Maine à l'Anjou : c'est qu'il est goutteux, douillet et casanier.

Au printemps de l'année 1653, il risqua le voyage d'Anjou et vit M"*" de La Vergne. 11 en fut charmé : « si belle, si spirituelle, si raisonnable... » Si raisonnable, c'est-à-dire qu'elle prenait sagement son parti d'être exilée loin de la cour et du beau monde. Geci

< BEAUCOUP ^'aIR ^E %ADA%IE q>E LBS9l0DliRBSk.. » 419

iDésnm4mi€ le toarmetile ^ oomnient •sJawomtiiocJte-'t- ^ie^ëes^ lïciHIes » ^e'son voisinage? I^e'la tronveai- 4te'pas trop aimabie potir ne*)a poinft importufier 'de tetirs visite^?-A4-^te inventé le moyen de t-sanver «t -méUre à^eenvert de leurs pei^séocftioiks 'i (e^enrps de ^'tire '4es beliee oboses » ?^Précifafénïent, »il ve»alt de -placier 5aJft?/fen«e; eUe ee«iprft : «lie lut la ^Défense. 'Bfte '^Hc^'M. Go^ar,-'et BUT le 4;on d'ui^enthousia^œe 4ël'q«Hl*s« tnëûa. < IJ'^i -bien de la joie que f»4»n Ime ^90sait plu », dit-il. Et, jusqu'à ce point d^atysenti- '^nent, il est *crëddie. Mais elle a paflé de ses « raTÎs- H9ef&f*nts ^ : aivant de ^se moirter la tète, il attend « un «second ordre et\in ^commandement pilus e'xprès ». *£ln mérité, €^©5t ^trop : car il s^en aperçoit lui-même. Il ««gage *M"* de ^La "Vergne à 'dissimuler «on délire : 4K î^utrement, mademoiselle, j'appHéhendprais que t;euK qui ne trouvent rien à^dire en'vous, «inon que *v(ras ■«▼&! 'la bouciie trop 'petite et que Vous écrvve^ aux %eaux esprits, 'ri^yremarquenrt; des défauts bien ^l^ifs 'ïmportafBts. 'Et, ocrtes, îl serait f(^H étrange qu'une p^rsonno que Ton appelle Incoraparrabie, q»i, jdans rla 'prem^rèwe fleur «d^une e«oellon1ie be«iulé, se rpaisse si aisément de -Paris «et «n'est •poini'encbaatftéede ffe MErtmr, ^M •déeou'irert Oans m^on petit oiam^ge ^qwfJquecbose 'Capable de^la surprendre..,. » La4ettTe ^iM.<lostw*est assez jolie.

<lesU«4tres'deïM.*Gostor «o»t préoleases >pour ii^us œ^ntrer "M**" *êe Ira -Vergne % i d rx-Tfieu f «ws , « i prompte à 4-eiitepam, si anfinî<ée tle jeimesse ;b(H!FPe«fse que î?^B«iinie l'aittri^te pas.^tteu-quitté^aris^t -la cour avec feeiWé : dite porke ^vec elle *Ba gaieté, «s€m H^kÔBir. Ck>ni»me on 4a 'confiait 'philèt à 'Vàige &e *9es «iékii€oli<es ^t #e «a méditsktixm retirée, Ton «ime va

la trouver ici très jeune fille, avec une gracieuse allégresse et tant de zèle à vivre. Elle sera plus mondaine : elle aura un plus grand besoin de la diversion que procure la frivolité apparente, lorsqu'elle sera triste» Elle est gaie et, pour ainsi parler, n'a besoin de personne. D'ailleurs, sa retraite de Champiré n'est pa& le « désert » où Alceste aurait voulu emmener Célimène : et Célimène l'eût appelée un « désert » cependant, Célimène qui n'a aucune compagnie d'elle-même» M"* de La Vergue, en dépit de quelque entourage parisien, c'est pourtant une demi-solitude qu'elle accepte : et Gostar loue à bon droit cette jt^une raison que la cour n'a point enchantée. Un trait de son caractère aussi est sa curiosité de la littérature. Ë11& écrit aux beaux esprits : témoin Gostar. Elle leur écrit même un peu étourdiment et avec une vivacité qui cessera d'être sa manière : elle, si réservée, prudente et plus attentive que soudaine. L'appelait-on l'Incomparable? Je n'en sais rien. Mais il semble qu'elle eut, dès l'adolescence, une certaine renommée de fille savante.

Son bel esprit de prédilection, le plus fidèle, — et qui lui en amenait d'autres, — ce fut Ménage. Or,. Ménage a du loisir. Il a quitté le service du cardinal de Retz et, notons-le, plus de deux mois avant Tarrestation du cardinal; on ne saurait l'accuser d'avoir abandonné la disgrâce et le malheur : il n'est point vil. Mais il était orgueilleux, il était susceptible. La situation qu'il avait chez le cardinal ne lui donnait pas toute satisfaction d'amour-propre. Il voulait sa liberté, ne fût-ce que pour travailler à sa guise : il s'en alla, quand il le put. Et il ne devint pas un ennemi ou seulement un adversaire du cardinal. Bref, il

€ BEAUCOUP d'air DE MADAME DE LESDIGUIÈRES... » 61

n'est point un politique ou, à tout le moins, comme d'autres, un homme de parti.

En 1653, M. Ménage est tout consacré au service de M"* de La Vergue, épris d'elle, on n'en peut douter, d'une manière un peu ridicule, si Ton veut, mais gentille, et qui n'importunait pas M"* de La Vergne. Il lui dédia sos commentaires italiens de VAminte, qui parurent deux ans plus tard, en un beau livre, cbez Augustin Courbé. Le livre est précédé d*une longUH lettre en italien, 17 janvier 165 i : A l'illuêtrisêima signora Maria de La Vergna, mia Signora e Padrona colendissima. Et il énumère corn plaisamment ses qualités : < beauté, charme, gentillesse, bonté, Tertu, bienséance, plaisantes manières, douceur habituelle, vivacité de l'esprit, un génie perspicace, un jugement très pur en toutes choses et, à un àg(^ si tendre, un savuir très varié, merveilleux ». Depuis longtemps, il souhaite de faire paraître au monde la dévotion, l'admiration qu'il a pour ejle, en lui dédiant une de ses œuvres : voici ses notes sur l'Aminf^. Aussi bien M"' de La Vergne a-t-elle un goût particulier pour la langue italienne ; et, parmi les poètes italiens^ pour le Tasse ; et, parmi les œuwes du Tasse, pour VAmii^u^ Il \a sait : elle le lui a dit; et il l'a éprouvé lui-même, le dernier printemps, lorsqu'il était auprès d'elle, àChampiré. Car ilafaitun séjour au château de l'exilée. Je crois même qu'il avait accompagné M*'« de La Vergne et sa mère, quand elles quittaient Paris pour aller rejoindre à Champiré leur beau-père et leur époux. Il ne parle pas seulement d'un séjour, mais d'un voyage ; et, dans une lettre, plus tard^ M™® de La Fayette lui rappelle ce voyage et note, sur le chemin, Trappe et Montfort : c'est le commence-

*«6â laL iffîiimiEssE :de .m;ajdàM£ im :la ^âi^wz

mtOTit du ipamoMes.iQuel feUae ^vmggiOiqml dâlee tempo ogni di infinité volte con âwfinUo ipiacer misivappre- $enitm 7ïeir.ammo« 'Il se ^oovientde ce doifx t<s<&ps /qpu lil a passé woltor xtelicimissinva viila di CiampirèMl .ne s'est peint aperçu qoe ile chAt^au 'fût iï«e«vê(die Sb .miti^et caduc. 11 m'a^poinl souffert de inhutnf^urjclïa- ^grine €ù élaitile»dlieJV'aHer deSévi^é. Les ippintoamps de^rAnJou «ont Tavissa rais, M^^ de -La ^engne • élaàt ohamianie. *£! ils «e proineaaleirt ?dans la tsampsgne, .«wi^Mi^d de larkière, \im.iii\V A^mmte o« laPru^tor^Yio^ ou teltes œuvres 'bucoliques, sî ^ome a ciitadini ^i \hmehi cemsem^a, »Kt loHe lui di«ait de joHes-choBes, touchant leur 'lecture et ie paysage pareils, de jclin&s cluhSQS, laéme svmpleltes et -^«xqu^lles il ^s^ ialsalt un plaisir d'attribuer trop d'importanoe : L'amitiië ifinement .émae ftravaille {a<insi >à orner les iaspeolis <l'uite âme(e|ui.aTrn^aaieu?x i^iiffage.

L<^s p^èl^s iballieiss étaient à -la mod^ ; et la Ixiï^tie ritalienn^. aussi :^l«s îjeuBes iemmes Bt les jeunns iîties ira^pprenaimU. Ménage, dit-ioa, TaTait «ensf^rgnée Jà M"*'de.Sévigfté laiveoive.JL'?e»sBi^im-t-Til à M"" deiia ^6rgne?<U'n!peu, Basas doate ;'màis,aîiim qTa'à'M"*''de Sévigné,.iin peu.;L^n(a général ementprésentéMénage •^t^Hiine teiprofesseur deil-uneetule l'atitrGJM.iMàiMB^ ^^B-étaît.pas'ua ^dm^giEe. U nlaipaîs^été le prafesseunde -Mlle de La Yer^ne. >(] m ^éfté il-Jun ^d;es iyeauK ^eeprits tquts t*ece'vattiia^jQûèit6Kd£i(»tte^J0]ine ilMe^ <Bt il ^^ait Ivàme !-éFudite f6t égalante. M^^° (de :La Vergnelaiphitpar siMi n?iisfage*«t'€ian iaèelliiganiae.lOe iut, dans l'exil <a8g0¥ya, ,8Cin aflQcisemeaKt de ixce avec &iievï:Aminte &i le ^Pa^fkn* fida, de d'évâirlte à (oette ipoé^n» et, /commB M :«éfe«it tnaoareax d'dbQ, mais ^ea (lettré >se&«îble, ^t mm pa6 en iébeirtm, de i^^mouvcir 'à ^es^goûts iittér^îms, de

^ BEAUCOUP d'air DE MADAME DE LESDIGUIÈRES... > 63

croire qu'elle lui révélait maintes beautés fraîches parmi les vieux livres, de lui attribuer ses décou* vertes, ses conjectures de philologue. M^** de La Vergue se prêtait volontiers, et avec la double satisfaction d'une attrayante lecture et de quelque vanité flattée, à ce manège subtil et innocent.

L'année suivante, Ménage est en querelle av^ Chapelain sur l'interprétation d'un vers de Pétrarque, le troisième vers du premier tercet du sonnet Rapido fiume. Pétrarque descend le Rhône vers Avignon et prie le fleuve, plus rapide, de saluer sa Dame dès avant lui...

Forie (o ehe spero) U mio tardar la doU.

€ Peut-être, et je l'espère, mon retard la chagrine. > che spero : € ce que j'espère, » ou bien « oh ! que je l'espère ! » Ménage entend une exclamation, que Chapelain n'entend pas. Ménage s'avisa de soumettre la bisbille au jugement de M"* de La Vergue : hélas I elle lui donna tort. Il ne se tint par pour battu. II avait de l'entêtement; il continuait les polémiques et les moindres disiMfssîons avec une admirable persévérance. C'était!^ usage, en ce temps où l'on avait plus de loisir, et peut-être aussi plus de zèle pour la littérature. Condamné en première instance, il en appelle. Or, il est membre de l'Académie de la Crusca : il porte à cette Académie son difTérend. Les académiciens demandèrent un délai.

Ce n'est pas encore un succès. Pourtant Ménage triomphe. Il écrit à M"* de La Vergue : Quindi pud conoscer F. S. illustrissima ch*elle ebbe torto a pronunziar co$i presto contro di me in favore del signor

64 XA JE01W59SE -DE UKfyimE DE ^A PATFTTE

Vnpellano. ta très ilhislre seigneurie etti tort ûe se pranoTicer coirtre^rK, sans do irke ; étoile eut tortue se prononcer «vec tant de hâte, car aÀi^^ï 4e jea fiTrît trop vUeJLf»s atîadémiciens de1aCrast»8urent'imeux prolonger le lilaisir. En outre, H s ne désiraient 'pes offenser Tune des «parties 'plaidantes. Ils aurarient voiilu çonteriter ces deux personnes ^considérables, B. Ménage et M. Chapetahi. Après avoir 'pris 'le temps 3e réfléchir, ils les invitèfreiit*à«e consi<lérer coinnae Tainqiiears Tan etTaatre : les deux ii.terpré talions ^taiertt^honnes. Mais ni Ménage ni Chapelain ne coiisentireiit à cette paix honorable. Ils rédigèrent (h nouveaux mémoires. Au bout de quelques mois, les académiciens de 'M Chrusca glissèrent, parmi des compliments décernés à Chapelain, le gain de cause Bccordé à 'Ménage, qui du reste continua de se (^a- Tnailler avec Chapelain. M^** <1« La VergnCj'Mënage ne 'lui «nveutpasl 11 lui pardonne, e^tt^uHremeiït.*!! «e ©atte d'aller bientôt la 'revoir ■àChampiTé, « 'femee [o *ck€ spero!)dl mioiardar In rfofe...'Elte Lui'a-écTitpou'r Ty enrgager; telle lui •a-^écrit, badinartt sur eeqri^l •a:^^rt fhabîtnde agitée, que sans doute il 'f»i«att Ithaque jour mille et mille voyages sansquHterPnris': Tnais^ooi ! c'est vrai, chaque jour 11 s*êN»adè ^t, ^ti imaigiuaÉion, Yè^e milie et mille fois à hi délicieuse •hospitalité -angevroe. ^En terminailt, ^il ^onne ëes ^etrvdles de laville.îH™* de*Sévigné,1a'venve,sepoi*te % ïnervéHleet i>a4seaïïecftueu9eraeHt *es mains de se© amie. Pour lui, somme toute, H va mieux : ï 'pni^mta ^'febre; mahèttaviamvrestann'po* di calare,

îje îeu'de'laîfîèvre^et la ferveur- d'amour *forit une pfoétique aualogie tjue ^Pétrarq^ue a maintes ïoîs 'tfélWrrée. !ftén«ge îa laisse deviner. <Et on le rcSit

€ BEAUCOUP d'air IXE MMHMkIfE DE US^HCUIÉRES... » !65

"qui, peu ''à peu, ^mène M^ de «La Vsrgne à lui étare ^aHFe, afin q^îH ^soift Pétrarque.

'JGepeniiant, eile re^le geqafciment giniple, dans ses ^lettres, et n'^y a jfe^nii 'les «ttitiKles larranfiié^s d'une 'Hni6«. Bile ^crit à Ménage très BOuWQt. etavec plus "de spm^mté'ii^ que d'a/ppHcation, < MaiiDôre>et'M.ide Sévigffé nie -forit milte réprimandas ée ce que je aQffttfque à vcHiB faii>e 'leurs oompliments. SILu moine, Mfuaad^e l'o'K^Mierai, »ne laissez pas de croire qu'ils vous «ea ont ^ait, car ge^vous uéponds qu'ils aae le disent très Bouv'ent. ;le nevous en dirai pas davantage pour aujottrd%ai, car voilà M, de Laiulemcuit, que je veux alifT entretenir. 'Adieu, notre ja««i; je smis la .j^lus huïBible xles vôtres. » Elle -a «i peu-^le prétention ^Itérwlre qu'elle T«eoai te wesez ^iementde repraobe ^[pje «on ^beau-jpèfe tm ^drease, d'o«Wi«r à parlor fnafïça'is. Ménage est-^il de leet^^.vi6^•«« Mandez-moi si je fais bien des fautes da«s mes lettres, aûn que j'y ^eniw igapd«. *» %lénage4ui igapaotit qœ aes «lettres .=jWHït 'parfaites. Et elle :*« île suis toieo aise que vvoiib ^a»Tiez ^m«s letlnres àvotre ^é ; 'voîus n'y 'en trouvez ^s si souvent!» 'Et, puisqu'il secontente siibien t)t assuve même que ses lettres le osonsolent de son ^aJbsence, -it oir ctufck :« Vous inîaMea iqulàipirtler'.îr,. ^'OttS'^n'en 'dhèmerez non ^os que die r»au iJ^eila Civière... «» Elle -«(joute, sans façons ^: « pDincrpaie- «meitt à «elte%6ure... » »et > c'est l'automoia.». « â (eelte ^eureqnae le vilain 'temps m'itéra j1« plaisir (lie lia 'promenade. . . -» Mt\e '^ofî vatt, «auB pnesque y ^soo'gHr, ^e*^i lui ^f naît à l^esprit. On jour^fM. Ménage a fait ^mfefélve : ^le% grande. -M^ Ménaiigein^a pasrbalanaé •^'pf<^t€fr'qu«i.tpe'cents pt^tcles, «Ri&saiiiini^,<et àiqai, «en i)ieu? — % un -Suédois : « 31 m^y la qwe tmms au

monde qui alliez chercher des gens du Nord, pour leur prêter votre argent. Vous savez que c'est tout ce qu'on peut faire, que de faire payer des gens qui sont à sa porte : vous jugez donc comme l'on vient à bout de ceux qui sont delà les mers et s'il y a un sergent qui veuille aller donner un exploit à Stockholm... » Cette petite a le sens des réalités. Elle se fâche : c Je vous dis qu'il n'y a rien d'égal à ce que vous faites et qu'en bonne justice il vous faudrait mettre en tutelle. Mais est-ce que vous ne comprenez point ce que c'est que quatre cents pisloles, pour les jeter comme cela à la tète d'un Ostrogoth que vous ne revivrez jamais ? Si M. le cardinal de Richelieu eût fait une chose de cette force, on le lui eût pardonné; mais, pour vous qui n'avez point de richesse que celle des beaux esprits, on ne peut pas vous en faire assez de réprimande. Je me sens si forte sur ce chapitre-là que, si je me croyais, je n'en unirais point» M"*' de Sévîgné doit avoir bien de la honte que vous ayez fait cette sottise en sa présence : Chariot et vous faites mille belles affaires! » Chariot, c'est Charles de Sévigné ; il a cinq ans : M. Ménage n'est pas plus raisonnable que ce gamin !...M"* de La Vergne raconte à M. Ménage les incidents menus dô «a vio « Ostherine, sa femme de chambre, qui a la fièvre double quarte, et c j'en suis bien fâchée pour l'amour d'elle et pour Tamour de moi-même ». Elle s'adresse à M. Ménage pour avoir des livres, des romans, le dernier tome du Cyrus. Et M. Ménage tarde à le lui envoyer; c'est mal : « c'est voler sur l'autel, que de retarder un plaisir à une pauvre paysanne comme moi ! » Pourquoi cettenégligence?Le bruit courtque M. Ménage est sur le point d'aller en Suède, — à la

€ BEAOGOUP d'air DE MADAME DE LESDIGUIÈRES... » 67

poursuite de sou Ostrogoth?— non pas : mais appelé par la reine Christine, si curieuse de réunir autour d'elle une cour des plus beaux esprits de l'Europe. On le dit; M^^' de La Vergne ne le croit pas : < Je ne crois pas que cela soit yéritable, puisque tous ne me l'avez pas mandé. » Il lui disait tout; il la consultait. Après le dernier Cyrus et avant la première Cléliey que lire? Est-ce que W^ de Scudéry ne fait rien? < Pour moi, je perdrai tout à fait, si elle cesse de travailler. » Voici Clélie enfin : M"® de La Vergne en lit le premier tome c avec tout le plaisir imaginable » ; et nous avons peine à imaginer ce plaisir.

Cette M"® de La Vergne est différente de celle qu'on a généralement peinte et que M. Costar nous aurait peut-être fait redouter. Elle n'est pas du tout « incomparable » et elle n'est pas du tout précieuse. Il faut en être satisfait. Car on a tout dit sur les mérites des précieuses, sur le service qu'elles ont rendu à la langue et à la conversation françaises : en dépit de tout, elles sont insupportables. Et Ton a tout dit sur les gràc^^s de l'hêtel de Rambouillet : cependant, rfa6tel est insupportable, avec sa guirlande de Julie, avec son nainite Julie, avec ses bons mots de M°*" GornU6t,-Brrcc-«ee-pMits ver* des grands poètes, avec ses plaisanteries et farces de Voiture. Ce n'est pas un joli endroit do sentiment ni de pensée. La liberté même y a quelque chose de guindé. L'art en est petit, petiot, prétentieux. Il n'y a ni verdeur, ni gaieté, ni bonhomie. M"* de La Vergne a été dispensée, préservée de l'hôtel de Rambouillet, par son âge. Elle a connu M"* de Rambouillet, M"** de Montausier, M'^* de Rambouillet qui devint la première M"*' de Grignan. Mais Julie, la merveilleuse et l'intolérable

6S« LA. imjmSVEf DE lilAlUdlE DE LA FAYETTE,

JoIiB^. épiojiisa Mv de Montausier La i& juillet: 164j^r;^ troid ssTimmes sp^rès^. Pm&nv 1^ ii^- vmi^uei de la^ matrquiâev était: tué à la. bataille da Noi^dUn^^n.. GâSf denx( éTénameiitav Tun qpL attristait la maarqui&e^ Taiitre quiJiiFÔtaîtrIe p^incipa^ attxait de son Ulustre/ salon^. marqneitt^ pour l'hôtel de^ Rambôuiileiy ]0 commeoeeiHieai' de- lat fm. Or, sa 1645^. M^^^ de. Ldj Vèrgire a onae ans». Voit une mo^urat ea^ iûAB ; el Ifhô^ tel dfô RamrbofuiUet.sans Moiture, ce n'est plus view: JP^'d» Laj Vorgne a» çuatopxe aas. Vint la Froad^ .vet la^ société parisienne fut divisée^, fui di^prerséB. La. 26 féTrier i^iiSi^.lo^nsârquiâ de Ramboiûllet trépasse/;, et il n'était pas Le personnage important da la nudson; mais enfui son trépas achôve la vie. n^oadaÎAe. de sa femm^.

Ml^^ de La Vergne n!est pas une précieuse, dansses^ lettresr à Ménagse,. si naturelles^ si n^gligées^ si aimables de naturel et de négligence. Une fois q^e M. Ménage loi. arnioneer le projet de remonter sur le Plarnasse^ voici comme elle répoièd an pu)ètei : m Je sui» bioBaise qsue voos remioatiez s^ur.Le Parnasâe>«.>.Ëllar ne lui faiit pasr itn compliment tnès<iBifiiiique :. « 11 ]^ » si peu dje presse^ et les muses oni.si pe» de geofrà qaii. donner leurs; grâces qne je crai» (pi'eUf^ oiujpanûntdrront celles^ qu'elles onti accoutun^é de^ vousr fairew.» >^ Et; si la phrase: est'Ufî: peu plus soigiiée,. uapeu pluK enjolivée que d'hahituile,. elle s'en amuse-la premièfA.: « Voilà; de' si grands mots^ au. coimneneemeat. de ïba lettre, que j'ai encne de ne* la pias- faire p^Lusli)n^ue(;v car; quand oaa parlé des muses- et du Parnasse^ I'ûB:. ne peut pa» se rabaisser à. pacte? d'autre- chosie.. JlO' m'en Ttais pourtant tomt^er de bien haut. en. vousr disant... % M elle passe à. une baliivesne..

« fiEAUCO¥P I^'aIR. DR. MADAME DEL LBSDIGOl&RBS**. » 69

Mv, MénAge estem effet monlii sur le Pacnafiga..!! cômgosâ de& élégies^ des. égi9giie&, de& épigraminea et' de» madrigaux^ ea. français,, en. Ualieiiv en. latin :. pifoebaioement, il s'ëiablica poète grec* E»aacoup dû s»&.poèiike»i»fr<ançais.SrOai dédié&A.W^^ de La. Ver^^; YieAiWQwp do se& poèniea Uaiiesift,. Per MadamigelLcL daUtt Veifg,€UL] heaueoAig de seA pioèmfis^ latin^^ Ad Mariamjycugf(iulenamLai)ermam» Un.jouf jBÏL&Ib remfir.ciâd/uQ0.éLégie,. dontelLa e&t charmée, ai q,u'eli£ a,£ait Ure c h> tcMis aeiu^ qui sont yeaus céans )i..Il La lu» a»ait (tonnée ;, blefitôt^illaiLui réclama, ayant perdivi lâr hffOuirtlon :. raaifr ne rart-allie> paj5> perdne.?. Non. i « Je ne perds pas^ ainsi ce qua ¥au& faites à ma. louange! y II y.. a deux élégies da Ménage à M."° de La Vergne. L'une, en latin.; c'est, après avoir quitté. CJiampiré : Quotmala sum,pas&u8\, paUquam tua limina liquùl EL il se iiepent, comme d'un» crime^ de s'être: éJKiigpé. 11 app^ila M"' de LaVergne Domina^ pulcra Lotveimay dodcu puella, maa lux] il la. compare àuLaure de Pétcarqjue. Mais ce n'est pas> une élégia latine q.ue M^^ die. Lsb Verras a do&née à. lire c. à touâ cenx: qui &ont; venu» céaos kIL y a une élégie fraaçaisiî Sur. La fià'&ee éa Phyiis^- M"* de^ La. Vergue- est Phylis ;. et M^Ménage^eeriâÉv-aaadre,. çui.ïe plaint et s'écrie ;

L'orgueilleuse Phylîs Brâfe enfin à son tour; Elle brûlis', il est vrai, mais* de^ n'fest pas d'fetmeur.

Non^ a'esetiLsbOÀvre; Ëtle triste. Ëy;andre divertit sa. dauLean à; oâtes Lon^ement liefr contrafites. d'un, tel fWi(»t.deB!froidau£s*d'e Phylis. Jle^ ccoiC' quie. ce poème date? der la iur de l'annéei 1654, où-MJ'" de. La Vergue fiUitràs malade. Le.^.ne.vem}bre, elle est quitte, de la. fièvre tierce, mais craint d» tomber dans la. fiè;rr.e

quarte; elle écrit à Ménage : c Si j'étais assez malheureuse pour avoir un mal aussi fâcheux et aussi long que cette maladie-là, je crois en vérité que je n'y résisterais pas, tant je suis accablée de mon mal de côté. Il ne me quitte plus et, si vous m'aimiez autant que vous m'avez aimée, vous auriez sujet de craindre de me perdre bientôt... > L'aime-t-il moins? Mais non; seulement, ils ont dès cette époque ces querelles amicales qui ensuite les occuperont sans cesse. M. Ménage eut grand chagrin de la maladie de H"' de La Vergne : et, s'il a fait de sa douleur un poème assez fade, c'est qu'il n'était pas un assez grand poète pour être un poète ingénu.

A Champiré, les exilés subissaient, et parfois grièvement, les tribulations du parti. Sévi^né n'était pas gai tous les jours. Les nouvelles qu'il recevait de Paris n'étaient pas pour adoucir ses alarmes. Retz toujours en prison : l'on ne savait ni quand il aurait sa liberté, ni ce qu'il en ferait. Ce fut au point que son fidèle arrivait à n'être pas sûr de souhaiter qu'il fût libre. Des bruits couraient : on prétendait que la prison devenait si fastidieuse au cardinal-coadjuteur qu'il songeait à se démettre de sa coadjutorerie, pour sortir de prison. Le 21 février 165i..S âvi€r*^ mande à Madame Royale ce bruit qui 1' c afflige très fort » et qu'il n'a pas l'entrain de démentir : « Autrefois, j'eusse juré qu'il n'eût pas été capable de le faire. Mais, comme les grands seigneurs ne se piquent pas de la probité ni de la générosité dont les simples gentilshommes font profession, j'ai grand' peur qu'il ne préfère sa liberté à son honneur. » Gela lui coûte à dire; il le dit pourtant : c'est le chagrin qui lui arrache ses illusions.

« BEAUCOOir d'air oe: uàdiole. he: CESominiaE&.. » lis

Ibô 2i mars^. rajccheYèque.dfi! Paris, mouffui. Uénasg9 eniay«pUtïM!^°'de^LaiVergaevqoi- répond»: « J'ai bienenme dJ» voir qadi affefci pjrtMliûra [cetta» mortj danç la»! afiEàtûeft de M. le eardlnal de Elot^u. »'Db faikdb* ce&tet mort,, le- ooadixitâfuir devesMÂt; arclievèque. MàU il. est en prteoiiR oomnoue. personoage dangereuse : sî^ CdftdJ!Li£eur^. ili paraissait dangeretix^. arafaevèqxie, i^ Teati plus encorei Que faiit-ii espécer?* Le* châtier der Sévigné enduiKn, dansi le doute^ une* ctnielie' attgoisae;. M i\ aiieint< à une véritabie grandeur de* SQufiraunûe^ lonsque ses^appnéhen^âons^de' partisan se^ dégagent! desr ciroanfitËiBcest msaquinea et vont bieaaitdâlà;.cein:)@slr.pius>pi&iir' la. foctnise du^cardinal et pour la dienne^^ qujii ftémît: som patriotisme saign6i> ILéorit^.ajvBe: une farouche né^oUe df orgueil blessé u «( Lorsque j& aiiii& venu au mi»adj9,. Kon appelait- mai paérie firaneâ:; maintenant, elle a. si bien changé qiv'eile'rfest ploâ^reeannadssable...^)» Et quelle-amer* tame^ dans ce& mots : « La France qui n'est plus»«. La-Sioile qui règnef à. sat plaoe !.»« >: La; passions politique- Kentraioie: :. il mi^cûBnait «j le Maaaria y^ ne dewQje pas<q?ue le- salait viendca de ce* côté;. Son» erreur a^pousrtant.un aoble'caraeti^e',.ot pathétique.

Lic. tiQttv ^ atfoli o p ô qn o^dje Paris songss' à soi. Il S6seat habile -efefcirti.lb ne aaitt pas ce- qu.'il fera^; maisil» ai conacieiMiej d'ôtne fertile eo ressources : à vrai dîrer^ o'esi. tonte Ta conscience qu'il ai. Peu lui importls: d'être ouj dé n'être pihs arch«vèque : if compte: seur aoL Mais il( lui* faut la libne disposition defesoL :;lfi;tQut uîesii que de sortir^ de- prison. D^ailleurs, il s-ennuie^eiltre quatre murs-; son activité s'y ennuie, et aaïasd sa frivolité. Il donne sa dém^issloa d'àrxrbdvèqtiev moyennant sa^ li^ertsé. La co^Hraooep-

terait sa démission ; mais sous prétexte que Rome ne Ta point encore acceptée, la cour le garde et lui concède seulement une prison moins resserrée, non plus à Paris, à Nantes. Bref, il a cédé aux conditions de la cour ; et Ton note son apparente abnégation, qui n*est pas fîère. Le 6 avril, le chevalier de Sévigné mande à Madame Royale : c Votre Altesse Royale me pardonnera bien si je ne lui dis pas mes sentiments sur l'action qu'a faite lé cardinal. 11 est trop mon ami pour le blâmer, et je suis trop sincère pour le louer... )> Le chevalier n'attend rien de bon. Mais il se réserve : on doit amener à Nantes le prisonnier; d^Champiré à Nantes, la distance n'est que de treize lieues... « J'aurai la liberté do le voir et, par conséquent, je saurai ses raisons... » Une quinzaine de jours plus tard, Sévigné vit le cardinal. Et, quand on voyait le cardinal, on était perdu; il vous avait bientôt persuadé : € Il m'a dit ses raisons, que je trouve capables de justilier l'action qu'il a faite. > Sévigné ne rapporte pas à Madame Royale ces raisons, qui ont suffi à le convaincre et pourtant ne l'empêchent pas de mettre dans ces mots « l'action qu'il a faite » un reste de colère. Quant aux projets <lu cardinal, dès qu'il sera en pleine liberté» il «^ hA^tôPA à^ fairosou équipage et de partir pour Rome; à quelles lins? Sévigné, sMl le sait, ne le dit pas. Mais il annonce que le cardinal passera par les États de Son Altesse Royale de Savoie. Or, la Savoie était en difQcultés avec la cour de France : et, partout où il y avait des difticultés, Retz trouvait son proQt. Sévigné, dès lors, prépare la bonne volonté de la Savoie à l'endroit du cardinal : c S'il était en la place de l'Éminentissime... » c'est Mazarin... clés États de S. A.R.

« BÏIAUCOUP d'air de MADAME DE LESDI60IÊRES... 1 73

Monsieur votre QIs n'auraient pas été outragés comme ils l'ont été... » Avis à la cour de Savoie, qui doit connaître ses amis. Et, patriote, Sévigné recourt à l'étranger : c'est le malheur des temps, c'est une folie ancienne.

M^^* de la Vergue, au milieu de ces péripéties, que devient-elle? Sans doute reçoit-elle le contre-coup des événements. La voici, par les soins ou par Timprudence de sa mère, mêlée à l'aventure. Au château de Nantes, sous la garde du maréchal de La Meilleraye, le cardinal de Retz avait la vie très agréable; il recevait maintes visites, car tout le monde s'empressait à le voir et il aimait à être vu. Le maréchal lui procurait c tous les divertissements possibles i et, presque chaque soir, lui offrait la comédie : c toutes les dames de la ville s'y trouva||»at et elles y soupaient souvent 9. M*"^ de Sévigné ne manqua point à ce rendez-vous si attrayant, c Elle me vint voir et amena M'^* de. la Vergne, sa fllle. M"' de la Vergne était fort jolie et fort aimable et elle avait, de plus, beaucoup d'air de M*^' de Lesdiguières. Elle me plut beaucoup. La vérité est que je ne lui plus guère, soit qu'elle n'eût pas d'inclination pour moi, soit que la défiance que sa mère et son beau-père lui avaient donnée dès Paris, même avec application, de mes inconstances et de mes différentes amours la missent en garde contre moi. Je me consolai de sa cruauté avec la facilité qui m'était assez naturelle; et la liberté que M. le maréchal de La Meilleraye me laissait avec les dames de la ville, qui était à la vérité très entière, m'était d'un fort grand soulagement. ^ Il a bien l'air d'avoir mené gaillardement son entreprise. Les (C cruautés "» qu'il a subies sont l'aveu, et qui ne lui

eoàte guère, de ses prétentions déclarées ; la consolation que lui offrent tant d'obligeantes dames est encore le signe de ce qu'il réclamait : et Ton devine, |e croîs, oi^ scène de galanterie poussée arec mutant d'ardeur que de grâce. Sa légèreté est remarquable, dans le moment que sont en cause tant de grands intérêts, de par lui. Sa £atuité est singulière, qui loi £3Ût chercher maintes explications, touchant une jeune AUe un peu malaisée à séduire. Il admet cependant qu'il ait pu ne plaire pas beaucoup. Mais il est un philosophe cynique; et il sait que, d'habitude, la question de plaire ou non n'est pas le principal* Il a compté sur des attraits qui ne tiennent point à sa personne, il n'était pas beau. Tallemant l'a^tpelle c un petit homme noir qui ne voit que de fort iH*èB, mai fait, laid et maladroit de ses mains à toutes choses ». Si maladroit qu'il en était malpropre, et surtout à manger. Tourné comme il l'était, la soutane lui allait mieux que Tépée, allait mieux non pointa son humeur, encline à l'amour et aux amours tapagemes, mais allait mieux à son corps grêle» Avec tout cela, si Ton en croit Taliemant, « il n'avait pourtant pas la mine d'un niais » ; et « il 7 avait quelque chose de iler dans son visage ». Que sa hû* deur fût rehaussée de génie, on s'en doute ; mais son génie étiait de malice. Il avait le charme d'un homme qui. a tout vu et tout compris, tout méprisé finatement. C'est un charme qui impose, en fait de femmes,, à des «ottes, car il en a raison très vite, ou à dm rouées^ car elles en apprécient la subite perfection. M^ de La Vergue n'est ni sotte ni rouée : sans niaisecie, eâle est jeune allé et crédule à des idées, ou fût-ce à des illusions, que le sourire de Reta^ lui dénigre. Et

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puis, elle est honnête, toat simplement : c'est ce qu'il a oublié de se dire.

Il n'oublie pas de dire qu'elle était « fort jolie ». Et c'est bien heureux, parce qu'on a dit le contraire : mais un pareil témoignage emporte la question. Ses portraits, une douzaine de pauvres images au Cabinet des Estampes, ne donnent aucune idée de quelque attrait qu'on lui voulût attribuer. On l'y cherche vainement. Ces images n'ont pas de ressemblance entre elles : et à laquelle ressemblait-elle un peu?... Mais elle était c fort jolie » : Retz a l'autorité d'un connaisseur. 11 ajoute € fort aimable » : et il entend qu'elle valait bien d'être aimée ; l'on sait ce qu'il entend par là. Guy Joly déclare qu'elle était c fort bien faite i. Mais, Guy Joly, ce n'est rien. Je m'en rapporte beaucoup mieux à tel ami des femmes, et qui les a insultées autant qu'il était curieux d'elles, Bussy. On lit dans le Pays de Braquerie : « La Vergue est une grande ville fort jolie... » Les louanges de Bussy, prenons-les pour justes : c'est à décrier qu'il perd la mesure. Et il n'eut aucune amitié pour M"' de La Vergue ni pour M*"* de La Fayette, qui d'ailleurs ne l'estimait pas. Sur la beauté de W^* de La Vergue, nous avons un autre témoignage : le sien. Le 6 novembre 4656, après vingt mois de mariage et quand elle a vingt-deux ans, si Ménage est négligent à lui écrire, elle feint qu'il se détache d'elle et le réprimande : € Vous ne m'aimez plus comme vous avez fait. Vous n'avez point de bonne raison à en dire : je ne suis ni plus laide ni plus sotte que j'étais il y a deux ans. Je suis un peu plus vieille, il est vrai ; mais je suis encore si riche de jeunesse que ces deux années-là ne m'appauvrissent guère... » Une femme

76 LA WmBSm DE MAfitÀXE DE LA FAYETTE

qui a^oue qu'elle ne se croit pas laide est sûre de sa beauté, sûre aussi du renom de sa beauté. L'année suivante, M*^" de La Fayette a été malade et assez dureme&t éprouvée par une grossesse. Ménage redevient exact à lui écrire : « Me v<^là. donc ajsâurée, diàelle, que je ne perdrai point votre amitié pour avoir perdu le peu de beauté que j'avais. ^ Le peu die beauté, c'est miodestîe. EUe dit, une ligne après : « ma beauté >. Sa beauté de l'année dernière ; ee n'est pas vieux : « J'étais assez lolîe, en ce temps là.«. :i> ËUe l'est encore, ou ne l'est un peu moins qne i'eapate^de la convalescence.

Gommait f airelle jolie? L'ennni est que Retz, qui la trouvait à son goût, ne dise («as ce qui Tagiûcbait en elle. Ou bien, il le dit, d'une manière qui le to«cbaH et qui ne nous est pas sensible, fille avait, dit-il, « beaucoup d'air de M'*' de Lesdiguières ». il suMraît que nous connussions l'air de M°^' de Lesdiguières : nous aurions, par l'analogie, l'air que nous cherchons, l'air de M^« de La Vergne.

Anne de La Mag-delaine de Ragny, duchesse de Lesdiguières et, par sa mère Hippoljrte de Gondi, consine germaine du eardinal, est, non loin de La Yergne, sur la Carie de Braquerie : « Lesdiguières est une ville assez forte, quoicpie commandée par une éminenee... > Cette éminen-ce : le cardinal... c Elle est hors d'insulte ^t on ne saurait la prendre que par les formes. Mais elle a pourtant été prise et minée, comme tout le monde le sait, ainsi que la i»anière dont elle fut traitée, par un homme à gui elle s'était rendue sous dos conditions avantageuses ; et, voyant qu'il n'y avait pas de foi parmi les gens d'épée, elle se jeta entre les bras de l'Ég'Hse et a pris son évèque

€ BEAUœUP d'air DE HADAVE DE LBSBfGXJlÈRES^.. » 77

povtr goovernefttr. > L^homioe d*épée, c'est GMtoiiy marquis de Roquelaure, maître de la garde-robe, duc à brevet : un insoleiit, un ferrailleur, qui n'avait à se vanter q\te d'une b4effsare, mais qui s'était procuré € UD certain empire snr les gens de sa volée », dît TftUemant. Retz avait été amoureux et, dit-on, Famant de M»* de Lesdiguières, en sa jeunesse. Octtnd il trouve à son goût cette petite de La Vergue, en 4654, ce qui l'amuse, te touche et Tanîme, c'est d'apereeroir sur un visage de vingt ans Fair qui autrefois lui rendait agréaWe un autre visage. Seulement, ni Bussy ni Tallemant plus que Retz n'ont peint ou même esquissé Tair de M"* de Lesdiguières. Tallemant dit qu'elle était « bien faite > et c ne manquait pas d'esprit n. Ce n'est rien dire. Et l'air de M^« de Lesdiguières edt perdu.

M"" de La Fayette, quand la malacHe l'a toute émacîée, rappelle à Ménage qu'elle avait, à Tépoqoe où Ménage l'ainrait le plus, lors du séjour à Chainpiré, lors de l'étape vers Montfort, presque un peu trop d'embonpoint. Je me la figure une jeune fllle assez tôt formée de corps ainsi que d'^intelligenee et d'esprit mondain. Grande, à ce qu'il paraît, puisqu'au Pays de Braderie elle est une c grande ville ». Et faut-il tenir compte du galant badinage de Costar, qui prétend qu'on reproche à M"« de La Vergne sa bouche trop petite ? C'est un compliment déguisé : probablement av«ît-elle la bouche petite. Ses portraits, qui ne valent rien, s'accordent pourtant à lui dessiner le nez de quelque longueur. Et, puisqu'elle était si jolie, elle n'avait pas le nez trop long-, mais elle n'avait pas un minois : j'entrevois un visage aux traits espacés, réguliers, beaux, sans. Tune de ces

singularités que notent les caricatures et les madrigaux.

On ose à peine utiliser les éloges que Ménage lui adresse en vers latins, français et italiens. Il y a là de la galanterie. Cependant, la galanterie, même emphatique, ne dit pas le contraire de la vérité ; elle ne commet pas Timpertinence de Tantiphrase. Je crois que M"« de La Vergne avait de beaux yeux, puisque Ménage vante « ses beaux yeux plus brillants que le jour >, se déclare si content « de Téclat immortel de ses divins regards t> et assure que « les moindres traits qui partent de ses yeux » peuvent c assujettir le plus puissant des dieux ». Elle avait les yeux beaux et brillants ; mais de quelle couleur? Ménage ne Ta pas dit. Et ses cheveux ? Ménage, une fois qu'il imagine en latin la mort et les funérailles de Ménage, se souvient de Properce qui appelle Cynthie à suivre sa dépouille ; il convoque les femmes qu'il a aimées, et M"»* de La Fayette : Flebit et effmis nostra Lavema comis. Elle aura les cheveux épars, en signe de deuil. Voilà tout ce qu'il dit de ses cheveux et ne dit pas s'ils étaient bruns ou blonds. Et il vante ses belles mains, habiles à toucher le luth et l'angélique. Il vante « de son beau teint la fraîcheur immortelle, de son beau sein la blancheur éternelle »... Blonde peutêtre ?... Il parle, — et peut-être ceci est-il à noter plus attentivenâent, — de son € port hautain » qui « n'est pas d'une mortelle ». Et il l'a vue « pompeuse au milieu de la danse », parmi les autres jeunes filles, pareille à Diane invitant les nymphes à danser. Elle était sans doute assez grande et avait une allure de gracieuse noblesse. Grande, belle, un peu souveraine... C'est probablement cela que Retz entend par

€ BEAUCOUP d'air DE MADAME DE LEftDIGUIJiRES... 3 79

€ beaucoup d'aîr de M"* de Lesdiguières ». Ceci encore : elle plait aux hommes, ainsi que Ménage le dit presque un peu vivement : Tu cunctis sensus gurripis ima viris,..

Un jour, dit Tallemant, cette c petite de La Vergue, » au bal ou dans quelque assemblée, vit Roquelaure s'approcher et se mettre à côté d'elle. Et elle savait comme pas une les histoires de Roque* laure ; elle savait aussi qu'on lui trouvait beaucoup d'air de M*"* de Lesdiguières : le cardinal ne le lui avait pas caché. Elle n'était point timide. Elle dit à Roquelaure : c Monsieur, prenez garde à la ressemblance. » Et lui : € Mademoiselle, prenez-y garde vous même. » Comment elle reçut Timpertinence, on le devine, à la manière dont elle l'avait provoquée... Lorsque mourut M™* de Lesdiguières, on parla de M"* de Launay Gravé pour lui succéder dans sa charge de cour ; et H"*^ de La Fayette écrivait alors à Ménage : « J'estime infiniment M°^* de Launay Gravé, quoique je ne la connaisse point ; mais j'aurais peine à consentir de lui voir remplir la place de M°** de Lesdiguières : il me semble qu'il n'y a personne en France qui le puisse faire. » Ces lignes sont charmantes, si l'on y voit, de la part de M*"' de La Fayette, avec tant d'amitié pour le souvenir de M°^* de Lesdiguières, un peu d'amitié pour une image d'elle-même. C'est l'année qu'elle a cru que sa beauté avait disparu pour jamais ; et elle ensevelit M""' de Lesdiguières, avec coquetterie et mélancolie, comme elle eût brisé son miroir.

Pour assez agréable que fût*à Nantes la prison du Cardinal, c'était encore la prison. Le Cardinal s'y plut quelque temps, puis rêva de s'en évader. Une nouvelle aussi le décidait à l'impatience : le Pape refu-

sait la déioîfisîaa de Tarchevéque de Paria. Quant à Sëvignë, dans celle affaire, il Bouffre. Il a yisiblemeut perdu sa foi politique. Vers la fia du printemps, il demande la permission de retourner à Paris ; M*"" D'Aiguillon s'est chargée de sa prière : on ne veut pas de lui daoB Paris. Il restera donc à Ghampire ; quelques voyages à Angers ou à Nantes sont toutâondivertiBsement ; et les voyages à Nantes, son tourment. Le 8 août, le Cardinal s'est évadé. U a pour compagnons, ou complices, les ducs de Retz et de Brissac et le chevalier de Sévigné. Mais, Sévigné, qu'il est à plaindre ! Il n'a, dans cette aventure, ni Tamusement, qui est le tout de Retz, ni l'espèce de gloire que donne la réussite : il a le risque, et voilà tout. Le 2èle du partisan n'est plus ce qui l'excite : ce qui le lance, ou peu s'en faut, à la rébellion, c'est l'honneur. Sa lente déception Ta privé de son enthou* siasme, non de sa fidélité.

Pourtant, son rôle n'est pas l'obéiâsance passive : il s'est montré ce qu'il était. Nous le saurons par une lettre de sa belle-fille à Ménage. Elle écrit à Ménage deux mois plus tard, et quand les choses ont pris un tour inattendu; mais, dans cette lettre du i^' octobre, elle note les événements du mois d'août : c Ce serait, dit-elle, avec une grande injustice que M. de Brissac et M. de Sévigné pâtiraient des cabales du cardinal de Retz, s'il en faisait présentement; car, lorsque ce cardinal leur proposa de l'assister dans sa sortie, ils lui promirent, mais à condition qu'il ne ferait plus rien contre le service du Roi et que, s'il le faisait, ils Tabandonneraient entièrement et ne seraient jamais dans ses intérêts lorsqu'ils seraient contraires à ceux de l'État. » Elle insiste : c Ce que je vous dis là est

€ BEAUOOTTP b'âIII DE IfASAIIE BB LBSiHGiniBEf... > 81

la véiilé même. » Quant à Sévignë^ ce n'est pas douteux. Depuis que Retz a dboBnë sa démiâfiion d'areiievèque, Sévîgnë ne Tadmire pim et n'attend plus qu'il sauve le royaume. Dans les causeries de sa captivité, au château de Nantes, Retz a fofonii ses excases : mai» un chef qui en est à s'excuser n'est plus on chef. Et) dans c^ mêmes causeries du château de Nantes, Retz né s'est-il pas révélé pour ce qu'il est réellement, avec ses velléités, ses incertitudes^ ses folies ? Son ami désenchanté, l'ami de ce turbolent qu'il avait pris pour un sage, ne Fabandonnera pa»; il le sauvera. Mais il pose ses conditions : en le sauvant, il enteikd ne point aventurer l'État. Retz a promis de ne rien faire contre le service du Roi. Retz, à tout hasard, promet toujours. S'il oublie sa promesse, du moins Sévigné marque-t-il les bornes de son dévoTiement. M*** de La Vergue est contente de le dire. Elle n'a jamais été frondeuse. Elle a suivi, sans crainte et sans arrière-pensée, sa i&ère et son beaupère dans la retraite où les reléguait la politique imprudente de Sévigné. Mats, si la destinée la fait pètir avec les imprudents^ elle a gardé l'usage de considérer le service du Roi comme la règle du devoir.

Les promesses que Sévigné avait obtenues de Reiz, tout cela s'évanouit. Cependant, M*"- de Sévigné, dans une lettre du 26 août, dit à Madame Royale : < Le Gar^ dinal a mandé à quelqu'un de s^ amis de parler au Premier président afin qu'il assurât Leurs Majestés qu'il était prêt d^aller où il leur plairait ordonner, pourvu qu'elles agréassent qrfii conservât son archevêché, et qu'il ne fwait jamais rien contre leur service... Tt On reconnaît ici la pensée et les mots de M^^ de La Vergue. L'offre que l'évadé soumet à Leurs

Majestés contient les termes de la promesse que Sévigné avait obtenue du prisonnier.

Retz était arrivé à Belie-Isle le 16 août : le 2â septembre, il part, en tapinois ; et l'on sait la suite de son histoire. Sévigné demeure à Belle-Isle, dans la situation la plus fâcheuse. Entre temps, M*^" de La Vergne a fait un séjour à Brissac, auprès de la duchesse de Brissac, non loin d'Angers, pendant que le duc était à Belle-Isle et tandis que M"'* de Sévigné se remuait fort, tâchant d'arranger les affaires de son mari. Le 1®' octobre, la mère et la fille sont à Angers, où M"*® de Sévigné est venue quérir sa fille, et où son inquiétude est grande. Voici ce que nous apprenons par la lettre de M"® de La Vergne à Ménage. Une déclaration de la cour oblige a tous les gentilshommes qui ont assisté à la sortie du cardinal de Retz », —^ et, pour Sévigné, ce n'est pas trop dire, — « à venir faire un nouveau serment de fidélité ». Or, Sévigné est à Belle-Isle ; entre l'île et le continent, les passages sont « entièrement bouchés » : de sorte que Sévigné ne sait même pas ce que la cour attend de lui. M'^^de Sévigné s'occupe de lui communiquer les ordres de la cour et de lui obtenir un passeport, afin qu'il rentre à Champiré.

Les deux femmes n'ont précisément rien à redouter pour elles. M^^* de La Vergne le dit à Ménage : elles n'ont pas eu « ordre de sortir de Paris » ; elles y retourneraient, s'il leur plaisait, de sorte que Ménage est prié de ne parler d'elles et de leur sort ni à M. Servien ni à d'autres personnages influents. Et M"* de La Vergne, au 1*' octobre, marque bien sa tranquillité en chargeant Ménage de lui commander, chez un bon graveur, de jolies empreintes de cachets :

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il les choisira et les fera graver sur de l'argent. Bref, il n'est pas question de quitter TAnjou. Puis, au retour de son voyage à Brissac, M"* de La Vergne tombe malade : la fièvre et le point de côté. Ëile écrit à l^énage, le 29 novembre : « Nous partirons dans trois semaines pour Paris, ma mauvaise santé nous obligeant il aller plus tôt que nous ne l'avions résolu aux lieux où Ton peut espérer du secours... Je vous ' assure que j'aurai bien de la joie de vous y voir. » Le 4 décembre, elles sont à Paris. Sévigné, lui, toujours à Belle-Isle. M"" de Sévigné « travaille de toute sa puissance » à obtenir son retour : elle n'y parvient pas, quoiqu'elle ait mis en mouvement des gens c qui sont assez en crédit ». Le 1*' janvier, les nouvelles sont meilleures, mais encore imparfaites : Paris continua d'être interdit à Sévigné, qui n'a licence que de passer l'eau et de se retirer, mais étroitement, à €hampiré, < dans notre désert de Champiré !>, comme écrit M""' de Sévigné à Madame Royale, f où je tâcherai de l'aller retrouver dès que j'aurai donné quelque ordre à nos misérables affaires particulières... » A Champiré, le chevalier s'attriste et se fllche. Il écrit à Madame Royale, le 2^ janvier : « Le Roi m'a enfin permis de me retirer chez moi en sûreté : je prie Dieu que celasoît... » Il n'est pas sûr de sa sûreté. Ce qui le console, c'est que c la cause de son crime n'est pas honteuse » : si peu honteuse qu'il ne voudrait pas en être innocent. « J'espère que Die« me vengera de mes ennemis » : voilà son dernier mot. De Retz, il ne dît rien : cela, c'est fini.

LE TRIOMPHE DE l'INDIFFÉRENGE

Ce qui retarde le départ de M"® de Sévigné pour TAnjou, le !•' janvier 1655, c'est, dit-elle, le soin de € misérables affaires particulières ». Quelles affaires? — Le 15 février, M"* de La Vergne épousera M. de La Fayette. Et l'on ne s'y attendait pas : la soudaineté de ce mariage est singulière.

M"« de La Vergne n'avait pas l'air de songer au mariage : elle semblait un peu s'établir dans sa vie de jeune fille.Xe 18 septembre 1653, au milieu de sa vingtième année, elle écrivait à Ménage : « Je suis ravie que vous n'ayez point de caprice. Je suis si persuadée que l'amour est une chose incommode, que j'ai de la joie que mes amis et moi en soyons exempts... » Peut-être, au sujet de M. Ménage, qui est amoureux d'elle, cette malice l'amuse-t-elle. Mais, quant à elle, je ne crois pas du tout qu'elle plaisante : elle a peur de l'amour.

... Il y a un petit roman, de cette époque ou à peu près, qui n'est pas un chef-d'œuvre, mais qui est le

LE TRIOMPHE DE l'iNDIFFÂRERCE 85

signe da sentiment que M'*'' de LaVergne indique. Ce ^etit roman. Le Triomphe de V indifférence j n'a jamais été publié ; le manuscrit en est gardé à la bibliothèque Sainte-Geneviève. L'auteur est inconnu. Mais ce dut être une jeune Qlle : elle parle d'elle an féminin d'abord ; et puis elle a corrigé, dans les phrases où l'on s'adresse à elle, « mademoiselle > en € monsieur ». Elle est du monde et elle en a deviné ce qu'elle n'en a pas vu : ses naïvetés ne l'empêchent pas d'être au courant de bien des choses. Elle a aussi de la littérature, cite les auteurs anciens et les modernes, cite l'histoire et la fable, confond l'une et l'autre. Elle a éiême de la philosophie et, quand elle épilogue sur les déclins de l'amour satisfait, dit que « la privation irrite le désir et la possession le fait mourir ». Elle ne l'a pas inventé : elle doit aux livres cette information. Elle est fine et ingénieuse, habile à transformer en théories les petits faits qu'elle a notés, les impressions qu'elle a reçues. Mais elle a une vivacité qui l'empêche de suivre posément sa dialectique ; elle cède à l'idée qui la tente, et elle est en état de perpétuelle digression. Cependant, elle ne renonce point au plaisir ou à l'enfantine manie d'argumenter ; et il lui faut de re|Fo;*t et du temps pour rattraper le iil de son raisonnement, qui sans cesse lui échappe et qu'elle a tort de ne point abandonner. Il en résulte des lenteurs qui vont, pour le lecteur, à quelque ennui ; et les phrases sont un peu embrouillées. Le roman serait délicieux, s'il consentait à n'être que sentimental. Encore est-il assez charmant et précieux, pour montrer des jeunes filles de ce temps-là, et peintes par l'une d'elles.

Deux jeunes filles, sans compter l'auteur. L'une,

M''** de La Tremblaye, est enjouée ;^ elle a coofianee dans la vie : elle aiteadramour. L'autre, M^^ de Saisie Ange, un amoor Ta bles£(ée : elle se veoge à dénigrar Tamour. Biles ont une < couversation » ; le hasard l'a suscitée ; mais elles l'ont orgaaisée. U s'agit de décider qui vaut le mieux, l'amour ou l'indifférenice*. Elles se promènent au jardin des Tuileries» EUes rencontrent des amants (c de toute espèee, de contents et de désespérés, au moins qui paraissent teU à leur extérieur ]). A les voir, M^^** de Saint- Ange fait « un souris de compassion » et, haussant les épaules, dit : « Que de faiblesse ! » W^^ de La Tremblaye lui reproehe d'être « toujours en colère contre l'amour » : en a*^telle reçu d'amers déplaisirs ?M"» de Saint- Ange avoue que l'amour a été son impitoyable vainqueur. Les jeunes filles aperçoivent quelques personnes de leurs relations, qui les vont aborder : elles ajournent an lendemain la suite de leur courtoise querelle et déci^ dent de se retrouver à une heure plus favorable, dans une allée moins fréquentée, où en effet il n'y a que de jeunes abbés qui se promènent, un livre à la main.

Alors elles.instituent le procès de l'amour. Qu'estce que l'amour ? « Le centre du cœur et la sphère de l'esprit... » Voilà de la métaphysique : et l'on s'y perd. M"'' de Saint- Ange revient à quelque réalité : l'amour est « la vie de l'esprit et du cœur :». Mais, si l'amour est la vie de l'esprit et du cœur, en supprimant l'amour, vous nous tuez! répond M^^* de La Tremblaye : c il faut donc renoncer à la vie ? » M^^* de Saint-Ange : « Non; l'indifférence n'a jamais tué per<^ sonne ! i> Elle a quelquefois de ces réflexions qui révèlent une mélancolie à laquelle succombe la gaieté

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de W* de La Tremblaye ; ftF* de La Tremblaye n'a plus de zèle à riposter : elle € rêve au lieu de répondre ». Âh ! si l'amour était ce qu'il doit être : « éclairé, doux, constant et heureux ! > Il est tout le contrairer: € le monstre de la nature, la perte du genre humain, le perturbateur du repos public! > Pour que Tamour ne soit pas nos délices, il y a nos cœurs, si frivoles que leurs alarmes ne sont rien, ni rien nos résolutions ; et l'on ne saurait promettre d'aimer. Ni promettre de ne pas aimer, à cause de notre « inconstance naturelle », qui peut nous donner à l'amour et nous interdit d'être à lui longtemps*... « Pourtant, je sais des gens qui ont aimé toute leur vie, reprit M"* de La Tremblaye. — Leur vie n'a donc pas été longue! répondit froidement M"* de Saint-Ange. » Elle n'appelle pas amour les langueurs de la tendresse finissante : on n'a pas vu de gens s'aimer € violem^ ment et longtemps » ; et, l'amour sans violence, elle le dédaigne. M"* de La Tremblaye s'accommoderait d'un amour bref : « Si l'on n'aime point du tout, n'est-ce pas un plus grand mai de mourir tout 4 fait ^ue de vivre quelque temps, puis mourir et revivre?... > Cette petite a bien de la ferveur et de l'imprudence, dont éclate de rire M^'* de Saint-Ange, avec un peu de honte aussi. M^*" de La Tremblaye va se fâcher : quoi ! l'on vous parle d'un amour innocent!... Mieux avertie, M^^^ de Saint-Ange sait qu'il y a peu de distance et qu'il y a d'inévitables transitions de l'amour innocent à l'amour criminel. En définitive, l'amour est le désir de « posséder r.objet qui plait » ; et vous voilà toute empochée de € circonspection » : dites si c'est un beau pls^isir, que d'aimer d'une façon si gênante !

Leur science do plaisir et des peines d'amour, ces deux jeimes fîiies rempruntent à l'histoire, je le disais, et aux livres. Elles citent le roi Saiomon, Marof- 1

Antoine et la reine Cléopàtre, Âristote le prince des philosophes et Sénèqne le plus beau génie du monde. "* Pour int^préter les enseignements de l'histoire, il faut Texpérienee de chacun : iP* de La Tremblaye n'a que des projets ; M'^" de Saint-Ange a ses déce|»tiofis. Mais elles ont l'une et Tautre le spectacle deoe qu'on voit, quand on est du monde ei qu'on y a de bons yeux. Elles s'entendent à demi-mot sur l'his* toire de la marquise de^^ : une personne t des plus distinguées et qui avait un siège chez la Reine » est devenue c le mépris de toat Paris » pour avoir épousé son valet qui, au bout de trois mois, l'a délaissée* Et la pauvre M"* de***... « Vous en savez bien quelque chose, mademoiselle, puisque votre maison a été son asile contre l'orage le plus violent... Cet oxemple et mille autres qui se voient tous les jours ne prouvent que trop les malheurs et les disgrâces de Tamour..* ) Mille exemples, et qu'il ne faut pas chercher plus loin qu'à la cour, « qui est l'école de l'amour i.

M""^ de Saint-Ange et de La Tremblaye et l'autcar du Triomphe de V indifférence voient de tout près la cour, comme l'a vue aussi M^'' de La Vergne. Et il y a Tair de la cour, dans ce petit roman, la mélancolie des amours élégantes et, quelques-unes, royales, si taillantes en leurs débuts, ornées de fêtes, puis terminées par la honte, ou très souvent la soliitide religieuse : dans I^ couvents, que de larmes sempi* ^ ternelles payaient de oourtes fëliettés 1*.. Parmi tant d'aneedotAs, l'nne aliait plus que toutes les autres an cœur des sensibles jeunes filles : celle de M^^ de La

LK TRIOXraS Dfi L^INDIPPÉRSKCE 89

Fayette, que Louis ^III avait aimée, et qui, cbei les Visitaadines^ était la mère Louise-Angélique. Douce TicUme de Tamour, et sans avoir commis aulle faute, DuUe imprudence même, h(»rmis Tiuiprudenee d'aimer ! L'auteur du Triomphe de Vinéifférence lait allusion à eUe, vante sa Tertu, son mérite si rare, et plaint son infortune. M^ de La Tremblaye avoua qu'on est très malheureuse, si Ton aime en un lieu inaceessibie. Et H^^* de Saint-Ange : c La pauvre La Fayette en est une triste preuve. — Je ne me souviens jamais de cette fille, reprend M^ de La Tremblaye, qu'avee une extrême douleur! » Du reste, l'aventure de M'^ de La Fayette est déguisée, comme voilée, dans le Triomphe de Vindifférence. W^^ de La Fayette y devient une personne inventée, qui aurait vécu au commencement du xv® siècle, fille d'honneur de Catherine de France, reine d'Angleterre, et amou* reuse nea du Roi, mais de ce bel Owen Tuik>r, l'amant de la Reine. C'est une autre La Fayette, que l'auteur du 7Womp/i« de V indifférence substituée la vraie et vivante. L'aventure de la vraie et vivante n'était pas si ancienne qu'on se permît de la conter* Mais, sous le déguisement, c'est la vraie et vivante La Fayette que l'on invoque en témoignage des tribulations que Famour cause.

M"^ de Saint-Ange condamne l'amour. M"* de La Tremblaye ne cède pas facilement à l'attrait de ces mots, € une heureuse indifférence ». Elle dit : « Ce n'est pas un grand bonheur de ne rien aimer! > W^ de Saint-Ange répond : € Ce n'est pas véritablement un grand bonheur... L'indifférence est un état assez languissant ; mais la paix ou le repos dont il est accompagné le rend infiniment préférable aux

amëres douleurs de l'amour. Ne convenez-vous pas de cela, mademoiselle? » M"* de La Tremblaye, avec chagrin, convient de cela. Elle est vaincue ; elle consent que « le meilleur est de vivre sans attache ». Et c'est aussi ce que dit M"* de La Vergue à Ménage : € Je suis si persuadée que l'amour est une chose incommode que j'ai de la joie que mes amis et moi en soyons exempts. » Voilà son opinion de jeune Qlle. Quelques années plus tard, en 1663, au printemps, à la campagne, elle composera un petit traité qu'elle entend ne montrer à personne, ou à Corbinelli seulement; et Corbinelli l'a montré! Ce petit ouvrage, quelques pages écrites « sur le bout d'une table >, est perdu. M°^^ de La Fayette l'appelle « un raisonnement contre l'amour >. Et toii^ ses livres sont, en quelque façon, des raisonnements contre l'amour : des raisonnements appuyés sur des faits ou des remarques, enfin des opinions; l'amour y est peint de couleurs sombres.

Cependant, M'^* de La Vergue se marie : et elle épouse le frère de la mère Louise-Angélique, autrefois M"* de La Fayette à la cour du roi Louis XIIL

François de La Fayette appartenait à Tune des plus illustres et anciennes familles de l'Auvergne, zélée au service du Roi et de la religion. Son premier ancêtre connu, Gilbert du Motier, est mentionné au cartulaire de Soucillange, pour une fondation qu'il a faite en l'année 1025. Gilbert II se croisa l'an 1095. Un Jean du Motier fut tué à la bataille de Poitiers, combattant auprès du Roi. Mais le g^and homme, et de qui date la renommée de la famille, est Gilbert VII, au début du xv* siècle, conseiller chambellan du roi Charles VI et de Mgr le Dauphin,

LE TRIOMPHE DE l'iNOIFFÉRENGE 91

régent du royaume, son lieutenant et capitaine gênérai dans le Lyonnais et Maçonnais et maréchal de France pour avoir, le samedi saint de l'année 1421, battu à Baugé le duc de Clarence et la gendarmerie anglaise. Au xvi^ siècle, un Jean du Hotier, comte de La Fayette, épouse une Françoise de Montmorin : et, par cette alliance, il y a, si Ton veut, quelque parenté entre deux femmes qui, à cent années d'intervalle, ont /délrcieusement possédé les grâces de l'esprit français, M*"* de La Fayette et M"*» de Beaumont, née Montmorin de Saint-Hérem. Jean de La Fayette et Françoise de Montmorin eurent, parmi leurs enfants au nombre de six, un ûls, Pierre du Motier de La Fayette, qui fut tué à la bataille de Moncontour en 1569 et qui se trouva extrêmement maltraité par le terrible Jean de Serres, dans son Recueil des choses mémorables. Jean de Serres appelle La Fayette € voleur insigne », tout nettement. Moréri nous avertit de ne pas nous fier à ce huguenot passionné qui recueillait les plus anciennes rancunes de ses coreligionnaires. Mais comme, dix années après la révocation de Tédit de Nantes et à l'occasion de la mort du ûls cadet de M"^^ de La Fayette, le Mercure galant glorifie les La Fayette d'avoir bien défendu l'Eglise, il est probable que Pierre de La Fayette a en effet durement travaillé les huguenots. Il mourut sans enfants. La lignée descend de son frère cadet Claude, lequel eut parmi ses fils un personnage remarquable et que M'"^ de La Fayette a connu, François de La Fayette, évèque de Limoges.

Il était né en 1590, au château d'Épinasse, en Auvergne. Il fut, et le fut à vingt ans, chanoine de

92 LA JBimESSB Mt UÀIMMB DB Là FAYETTE

Féglise de Lyon, qui iai donnarit le titre de comte de Lyon* Puis il fut choisi pour aumônier ordinaire de la reine Anne d'Autriche^ et, en 1617, à ht mort de Pedro de Castro, pour premier aam6mer. Gmi le commencement dee honneurB. Le il janvier 1627, Louis Xni le nomma évèque de Limoges. Il fut sacré à Paris Tannée suivante. La reine, Monsieur frè^e dn roi, plusieurs princes du sang, le nonce du pape et quantité de seigneurs de la eour assistaient au sacre* Pendant la cérémonie, la reine ôta de son doigt une bague précieuse et kt ût porter à M. de Limoges, qui, dans ses portraits, fut toujours représenté avec deux bagnes, l'anneau pastoral et le présent de la reine. En 16^5, pour rassemblée générale du clergé de France, il revint à Paris' et à la cour. Ge»i le temps où M^^ de La Fayette, sa nièce, ayant ému le cceur d^a roi, se trouva être un bon instrument politique entre les mains des intrigants. L'attachement qve M. de Limoges avait pour la reine engageait ce prélat contre le cardinal de Richelieu. Au bout du compte^ If. de Limoges fut renvoyé dans son diocèse. Après cela, il parait n'avoir plus cherché d'antre occupation que religieuse et mérita la renommée d'un excellent évèque. On admirait son c air majestueux i d^ms les cérémoniee. Cependant, il suivait les règles de i*hnmilité; il s'écriait : •« Hélas! je ne méritais pas d'être évèque! J'étais indigne de ce caractère : j'étais propre à servir un maître et à être valet de pied! > Ce poignant scrupule ne le tourmentait pas au point qu'il ne vécût environ quatre-vingt-six ans.

Le comte de La Fayette, qui épousa M^** de La Vergne, était neveu de M. de Limoges. Il était fils de Jean du Motier comte de La Fayette et de Marguerite de

tJ3 TBiOBIPHB JMS JL'lNBIFnblDKX 93

Bourbon-Buffei. Il awt trais seewa : celle qai deTîst bk mère Louise-ABgéliipie ; uae &ulre^ qui fat abbesse aa i&OBastère rojal de Saint-Georges de Reones ; ^ hk troisième épousa M. de CkaTÎni de RiaL II avait irok £rèras aosâi ; nais Charlea» Tamé, a\ait été toé à la bataille d*Étampes en 1631 ; le deuxième, Claude, était abbé; le troisiène, Jacques, était càevalier de Mxita! Aucun de ees beanx-£rères et bellas-sœure de M"^ de La Fayette, honuis k mère Louiae-ABgéliqae, n'aura guère ancun r61e dans son histoire. Peut-être eonrmnt-il pourtant de mesiticMUier Tabbegse «fe Saint-Georges, très noble et très yertueuse dame Magdelaine de La Fayette. Gette Bceur de ia mère Louine-Ângéiique airait en d'abord une tant antre destinée. Elle ^ait entrée au convint très jeane, anrant d'aToir pu connattre le monde ; et elle ne àe connut jamais. De sorte que. son eacriiiee a moins de portée, moins de mérite; mais il a une candeur ping par&ite. L'une de ses tantes, sœmr de M. de Limoges, était abbesee de SaiDt^eK)rg8s avant elle. Et elle fut madtresse des novices, prieure ensuite, ceadjutriœ de ea tanèe et, à vingt-cinq ans, à la mort de sa tante, elle fut nommée abbesae. Don aventures mondaines de sa sœur, on ne sait pas ce qu'elte apprit. A Saint-Georges, ia régie était sévère; et elle-même tenait à ne la point adoucir. Gomme elle était malade, les médecins dirent que le changement d*air la guérirait; les religieuses la conjuraient d'obéir à ce conseil. EUe répondait : € Mon, mes sœurs, Famour de la vie n'aura jamais sur moi plus de pouvoir que le zèle de ma règle et de mes vœux. » A la longue, elle dut céder aux prières de ses èfaères filles ; mais, comme son heure dernière approchait,

eUe voulût retourner au monastère. Le chemin difficile et son extrême faiblesse faisaient obstacle à son retour. Elle dit que € c'était principalement à la fin qoe la générosité devait paraître > : et elle mourut deux jours après s'être de nouveau mise dans sa clôii»e.

Voilà, en somme, la famille où entre W^^ de La Vérgne : une famille bien échantillonnée des souvenirs, des ardeurs, des remuantes ambitions et des vertus de l'ancienne {«"rance. Mais l'homme qu'elle épouse n'en est pas le personnage le plus remarquable et n'en est pas le mieux connu. Il avait probablement une vingtaine d'années de plus que M^' de La Vergue ; et il devait être à peu près de l'âge de La Rochefoucauld et de Ménage, nés tous deux la même année 1613. En effet, il a été mêlé aux intrigues de cour qui se formèrent autour de W^^ de La Fayette; et il faut supposer qu'il avait alors, aux environs de 1637, un peu plus de vingt ans. On dit qu'à cette date il avait déjà servi en Hollande et qu'il ménageait sa carrière en ne déplaisant pas à Richelieu.- L'aventure de sa sœur était pour le gêner. Toujours est-il qu'à la fin de décembre 1638, l'un de ses oncles, Philippe-Emmanuel de La Fayette, chevalier de Malte, et qui avait été, avec M. de Limoges et M"** de Sennecé, l'un des fauteurs de la cabale, écrivait à M. de Limoges : € J'ai entretenu mon neveu devant s» sœur... La tête lui fut lavée doucement et fortement. Je crois que c'est lessive perdue ; néanmoins il accepta les remèdes qu'on lui proposa pour vivre mieux à l'avenir. Je travaille par voies secrètes à le mettre mieux dans l'esprit de ceux avec lesquels il s'est mal conduit. Sa sœur négocie cela; enfin, il.faut

LE TRIOHPHB D« L'INDIFFERENCE 95

essayer d'employer utilement tout le peo qu'il a de bon en lui. Je ne me rétracte pas du raisonnement que j'ai lait sur sa pea^onne; au contraire, j'y ferais encore des commentaires moins avantageux».. » A première vue, ee n'est pas brillant. Mais les oncles de ce jeune officier sont des ^ns de parti, fort occupés de leur idée et qui ne tolèrent pas la Uédeor. Us auraient voulu trouver en leur neveu un auxiliaire : ils ont trouvé, sinon tout à fait un adversaire, au moins un garçon qui se réserve. Mais la famille de La Fayette n'était pas unanime à pousser l'intrigue, et les parents de Louise-Angélique et du jeune Fran* çois de La Fayelle souhutaient 4b rester à l'écart ; même, leur abstention fut un peu singulière, quand il s'agît, pour la jeune fille, d'obtenir un avis et bientôt une permission, touchant son vœu d'entrer au couvent : ils ne répondirent pas. Un témoignage contemporain les accuse de pusillanimité : ils auraient craint de déplaire soit au cardinal, soit au roi. Us YÎv^^it dans la retraite, fort loin de la cour. £n ddhoro de Isurs intérêts particuliers, peut-ôU% leurs opinions les outilles obligés à ne se point lancer dans nae cabale. Les La Fayette avaient, depuis des siècles, une fe^ition de service fidèle au roi. Lors des guerres civiles, où les partis embrouillaient les eonvictiotts, ils s'étaient tenus au parti du roi. L'on peut croire que l'aventore de leur fille leur déplut ; ils étaient vieux et retirés : c'est probablement à leur âls que fut confié le soin de marquer leur mauvaise humeur. Seulement, ce jeune homme avait peu d'initiative contre ses oncles forcenés : et d'aotant qu'il é^^it de petite valeur.

Sur quelque médiocrité du comte François de La

Fayette, il y a l'accord de tous ceux qui ont parlé de lui. Au moment de son mariaga, les chroniqueurs, chansonniers, faiseurs de mots et de petits vers le dénigrent à Tenvi. Une chanson ridiculisa la première entrevue qu'il eut avec M"* de La Vergne : il y fut niais. Et, quand il sortit, la compagnie, d'un même ton, s'écria :

La sotte contenance 1 Ah! quelle heureuse chance D'avoir un sot et benêt de mari Tel que Test celui-ci I

Et H"' de La Vergne, qu'a t-elle dit ? Elle a dit :

Qu'il paraissait si doux Et d'un air fort honnête.

Quoique peut-être bête, Mais qu'après tout, pour elle, un tel mari Etait un bon parti,

C'est la chanson, qui s'amuse à de telles méchancetés* Mais la chanson tourne à la prophétie, quand elle annonce que le mari € ira vivre en sa terre, — comme monsieur son père » et que la femme fera « des romans à Paris, — avec les beaux esprits »• C'est bien cela qu'il advint.

Ce comte François de La Fayette, je ne sais pas s'il est beau ; mais il n'est pas fort jeune : il a passé la quarantaine. Il n'est pas très intelligent : il n'a seulement pas de vivacité mondaine. M^^^ de La Vergne, ennemie déclarée de l'amour, ne fait pas un mariage d'amour. Elle épouse volontiers ce garçon, qui est de très noble famille et qui, après avoir servi en Hollande, a été enseigne de la compagnie du

LE TRIOMPHE DE l'iN DIFFERENCE 97

maréchal d'Albret, puis lieutenant des gardes françaises. Un bon garçon, d'ailleurs : et elle ne demande pas davantage. Peut-être les fantaisies frondeuses de son beau-père, qui Tout écartée de la cour, l'engagent-elles à n'être pas ambitieuse. Elle a vingt et un ans : et la plupart de ses compagnes sont mariées. Elle fait un mariage raisonnable, sinon un mariage de raison. Il faudra vivre à la campagne ? Ce n'est pas pour lui déplaire infiniment, après qu'elle a vu que l'exil de Champiré, pendant deux ans, ne lui était pas intolérable. En outre, La Fayette, doux et honnête, a, je suppose, dans son air et dans ses habitudes, quelque chose de reposé qui lui promet le calme dont l'avaient privée les agitations de son beau-père et de sa mère. Il n'est pas frondeur : elle non plus. A-t-elle aussi quelque arrière-pensée de ce que la chanson fait prévoir et, fût-ce un peu vaguement, compte-t-elle sur la commodité que donne un mari débonnaire? A-t-elle déjà quelque souci de l'arrangement qui sera le sien, la vie & Paris, tandis que le mari de'meure aux champs? C'est possible. Dans ce mariage, il parait bien qu'elle ne cède pas à une impulsion de son cœur ; à des calculs ? c'est trop dire ; mais à des intentions toutes pleines de discernement, c'est probable.

Et qui a fait le mariage ? J'en attribue l'idée et la réussite à la Mère Louise-Angélique de la Visitation» M°*® de La Fayette, au commencement de la Vie de Madame Henriette^ résume l'histoire de la religieuse; et elle ajoute : € J'épousai'son frère. Quelques années devant le mariage, et comme j'allais souvent dans son couvent... » Ainsi, elle connaissait la Mère Louise- Angélique et elle était en relations avec elle dès avant

^ LA ^UN£S5E &E BfADAMK DE îJk FAYETTE

sofibmaria^ Les relations dureatètrelûlerr omîmes an GOor»(ldsmoii&pe&dataU68qaels M^^deLaVergne h&bi- 4ail Chainf^iré ; mais elles repf ire&t qua;ad M^^ de La Vergue el sa mère reykireai à Paris, les premieits ^(^TH de décembre i^&4.£l nous sommes alors à peu de seaiaiaes du mariage : le maxiage s'est fait, je Tai dit, e<]Urè43aemeDt vite.

La Mère Lauise**ÂDgélique était alors une personaa très différente de ce que nous l'avons rue en i6d7. Elle avait treBte<«siz ans ; elle était religieuse depuis quelque dix^huit ans ; les charges qu'elle avait occupées à la Visitation^ comme aussi le souvenir de son aventure et le âdèle attachement de la reine^ lui valaient beautoup de eonsidératian. Le 19 inai i637, quand elle était arrivée aux Filles Saiote-Marie de ia rue Saint- Antoine, elle cherchait un reloge. Sa grande piété n'empêchait pas qu'elle ne fût alarmée, une âme ea peine et qui aura besoin, de temps pour s'apaiser. Elle se précipite à 1« vie religieuse avec mx zèle qui trahitson inquiétude. Peu de jours après son arrivée au couvent^ la reine l'y vint voir. Elle n'avait pas encore l'habit ; mais, afin de marquer sa rupture avee le monde, elle s'était accoutrée singulièretnent, les cheveux couchés sous son bonnet, une faconde serviette pliée en biais à son çou, des demi-mandftes attachées à. celles de sa robe, qui lui serraient les ];Mrad jusqu'aux poignets. Sa Majesté, en la voyant, m retint pas ses larmes ; et toutes les dames qui accompagnaient Sa Majesté pleuraient pareillement* Une des amies de M^'" de La Fayette ne put la souffrir ea cet « équipage » et lui dit : « Ma chère, es-tu folle, de t'habiller ainsi ? » Elle répondit un peu sèchement : € Je croyais vous avoir laissé la folie, en laissant le

LE TRIOMPHE DB V^fNûtfi^iRtfrts . : •••. •/•: àà--.

monde ! » II y $ide Facidité dans son esprit. Dès son arrivée au couvent, elle rechercha tous les stratagèmes de mortification, réclama de balayer le monastère, laver la vaisselle, servir les malades, porter les lessives, enfin les besognes basses et répugnantes. Elle eut quelque temps le soin de la basse-cour, les pieds dans des sabots. Elle mangeait la nourriture la plus vile et les parties gâtées des fruits, voire les vers qui s'y mettent, disant qu'il ne faut rien donner à la concupiscence. Elle jetait ainsi sa gourme sainte, si si l'on peut dire. Elle devint ensuite une religieuse des plus raisonnables. Quelques semaines après son entrée au couvent de la rue Saint-Antoine, elle reçut le saint habit; l'année suivante, le 28 juillet, elle fit profession. Quatre ans plus tard, elle fut nommée maîtresse des novices. En 1647, avec d'autres sœurs, elle eut mission de réformer un monastère de la rue Saint-Honoré qui allait à quelque désordre. Et, en 1651, lorsque les Visitahdines fondèrent le monastère deChaillotsurledésirde la reine exilée d'Angleterre, elle y fut assistante de la Mère Lhuillier, qui mourut et qu'elle remplaça peu après le mariage de son frère et de M"« de La Vergne. II y avait, dans sa vie religieuse, autant d'activité que de contemplation. Le monastère de ChaîUot, tout saint qu'il fût, n'était pas absolument fermé au monde. L'on y verra la Mère Louise- Angélique assez souvent occupée, non à son gré, mais pour le bien des événements et des gens de la cour et de la ville. Comme elle devra s'entremettre, par exemple, — et avec une ingénuité parfaite, — dans les galanteries de Madame Henriette et du comte de Guiche, il n'est pas surprenant qu'elle ait eu l'initiative du mariage de son frère et d'une jeune

persDiiLAe avec qai eik était liée* Son frère, assez Umide; MV* de La Yergne, que tes hasards de la politique avaient écartée ée la cour : ces deax èlres lui semblèrent avoir des aaalogies qui les pouvaioat accorder. S'est-elte trompée ? On le verra.

Le mariage de M"* de La Vergue et de haut et puissant seigneur messtre François, coxtte de la Fayette, Naddes, Épinasse et autres lîeox, fut célébré le 15 février 1655, environ deux mois et demi après que M"* de La Vergue était rentrée à Paris, environ six semaines après qite M"^ de Sévigaé, un peu nerveuse, écrivait à Madame Royale qii'<dle attendait, pour aller retrouver son époax à Cbampiré, d'avoir dOBAé quelquo ordre à ses misérables affaires particulières. M:°^ d'Àigoiiion, comme toutes los lois que la famille de La Vergue ftit en cérémonie conjugale, signa sur ie contrat de mariage. Loret, daats sa Grazelley ne mauoqna point de signaler ce mariage. Et il le fit, selon son usage, d'une façon qui a Tairde sous-'efitoadrc on ne sait quoi d'un peu étrange : c La Vergue, cotte demoiselle, — à qui la qualité àe belle — convient si lëgilimem^nt, — se joignant par le sacrement — à son cher amant La Fayette, — a fîni Taustère diète — qu'en dôt-elie cemt fois crever

— toute fille doit observer. — Ce fut lundi qu'ils s'épousèrent — et que leurs feux ils apaisèreinl. — Ainsi cette jeune beaiiité — peut dire aveoque vérité

— que, qisand le carême commence, — elle fimt son abstinencew.. > N'estr-ce pas bien joliinent dit?».» Qu'edt-ce qu'il do&ae à entendre? Et, au surplus, a4-il quelque chose en tète ? On en douteraût, counaissant sa manière* Mais voici d'autres imalices d'un autre.

LB TRIOMPHE Dfi VvxûiFtÉf^tai : i .. / iQl

On Ut, dans le Recueil des épitrei en vert burlesques de M, Scarron tt d'autres auteurs sur ce qui fesî passé de remarquable en Fannée 4658 : c Antre histoire. Un homme s«.n« nom — arrive à Paris de Bourbon •— vendredi, samedi s'habiiie — chez le fripier, voit tine fille — dimanche et i'époose lundi.— Il peut dire : yeniy vidi — et mci ; si Ton l'en veut croire, — Ton doute si celte victoire... > Ici, un vers trop déshonnète... € L'hisloriette^ tout de ban, — n'est pas k plaisir inventée... » Tailemant, qui n'a point assez de ses méchancetés potir ne pas recueillir celles des autres, cite on résume ces petits vers et ajoute : t Or, en ce même jour, La Fayette, toutes choses étant conclues dès Limoges par son onde qui en est évèque, était venu ici et avait épousé M*^ de La Vergue. Le lendemain, quelqu'un, ponr rire, dit que c'était La Fayette et sa maîtresse. Dans la gazette suivante, Scarron s'excusa et écrivit une grande lettre & Ménage qui, étourdîment, Talla lire à M"* de La Vergne; et il se trouva qu'elle n'en avait pas onf parler... » Il est vrai que, dans la gazette suivante, Scarron a'excusa ou, du moins, accusa les malins qui s'étaient donné le détestable plaisir de mettre des noms, et les noms que voilà, sous son anecdote. Il les traite de c lâches corrupteurs d'une histoire ». A l'entendre, quelle apparence y a-t-il qu'il ait appelé < homme qui n'a point de nom » et « origi* naire de Bourbon » le comte de La Fayette, un homme de qualité, originaire d'Auvergne ? Et quelle apparence qu'il ait choisi pour objet de sa moquerie « une demoiselle très chère », dont il « aime et honore » la mère, et < un homme dont l'oncle lui fut — intime ami taiit qn'il vécut » ? Cet oncle, c'est^

102J ':MwiÈU!f%&gM^i^DAME DE LA FAYETTE

il faut croire, Philippe-Emmanuel de La Fayette, le chevalier de Malte. Et Scarron se fâche. Il n'a songé qu'à raconter une histoire vraie, qui n'a rien à faire avec M^^* de La Vergne et le comte de La Fayette : il ne sait pas les noms du héros et de l'héroïne ; il sait que l'histoire s'est passée au Marais et qu'il l'a contée parce qu'elle lui a paru amusante* La défense a l'air sincère. La gazette que l'on reproche à Scarron est datée, dans le Recueil^ du 2 février 1655 : elle serait ainsi de deux semaines antérieure au mariage. Sans doute, Scarron ne pensait-il point à M"* de La Vergne ni au comte de La Fayette, quand il a rimé cette anecdote.

Il reste que le public a mis les noms de La Vergne et de La Fayette sous ces petits vers impertinents. Et il reste qu'au dire de Tallemant l'on eut tant à se dépêcher que M. de Limoges avait usé de ses prérogatives pour hâter les formalités religieuses. Il y aurait pourtant de la malignité à chercher, là-dessus, des interprétations désobligeantes. Si le mariage de M"* de La Vergne se fit promptement, prestement, et fut comme un peu bâclé, nous avons tout le très simple secret de l'aventure dans cette lettre de M"** de Sévigné à Madame Royale en date du i«' janvier 1655. Cette excellente épouse ne vivait pas, loin de son mari, malade peut-être et menacé de maints périls : elle voulait partir pour Champiré sans retard. Elle était plus tendre épouse que mère très attentive. Elle n'a pas laissé traîner le mariage de sa fille. Et voilà tout ! Mais « le monde est méchant, ma petite » ! Et il l'était, à l'époque de Tallemant déjà.

M'^* de La Vergne se maria si promptement que, pour la complimenter, M. Costar fut pris au dépourvu.

LE TRIOMPHE DE L'iNDIFPiRBNCE 103

II n'était pas improvisatear. Il avait une lenteur de travail qui eût voula de longues fiançailles : de sorte que, sa lettre terminée, M"* de La Vergne était M"'* de La Fayette. Il la complimente. Il lui dit: t Madame, il y a de la sûreté à se réjouir avec vous de votre heureux mariage... Car on doit être également persuadé qu'il est de votre choix et que vous ne sauriez faire que de bonnes élections... » C'est un raisonnement. Et son assurance ne va point à l'enthousiasme ; il montre même une terrible modération dans son espérance et dans ses vœux : « Il est presque impossible que vous ne soyez aussi satisfaite dans cette nouvelle condition que vous l'avez été dans la première... » Et pourquoi? C'est qu'il l'a bien jugée, une « des plus raisonnables personnes » qui soient au monde. Il lui annonce, comme la récompense d'une âme judicieuse, « des plaisirs tranquilles et des contentements tout purs, qui ne coûteront que ce qu'ils valent et qui n'auront point de fâcheuses suites ». Ce n'est pas un délire de joie communicative ; il y a là de quoi navrer toute confiance un peu crédule I M. Costar promet aussi à la jeune mariée le meilleur résultat d'une sagesse avertie : elle détournera « une partie des accidents », afflictions et dîsgràcos les plus difficiles à éviter ; t vous en corrigerez l'amertume et le mauvais goût, vous les prendrez par le bon côté et par l'endroit qui blesse et qui offense le moins ». Il l'engage encore à ne pas négliger la consolation religieuse... Et il conclut : t Ce sont là, madame, les pensées les plus agréables dont je m'entretienne... » Et ce n'est pas gai.

Hais aussi, le mariage de M^^" de La Vergne, sans être véritablement triste, n'est pas gai non plus. On

104 LA JBmnsafts mi hjldAiMS de u facette

^ rimpres&kOft qne M*^® de Sévigné se débarrasse de sa fiSle et que M^^ ée La Vergne se délirre de sa mère et de «on beau-père. Elle n^a pas besautoup d'élan ; elle n'a guère d'illusions et de aaiVeté : elle n'aara guère de déceptions. Je croîs qu'elle emire dans sa rie de femine sans compter &mt de grandes auihaines. Elle a vu, très îeune^ le train de la vie ; elle a vu^ de la vie, plus que n'en voient d'autres jeunes tUles. Ette dira, plus tard ; « C'est assez que de vivre ! » Elle n'ea mi pas à le dire. Peut-être commence-t-elley tout bas et discrètement, selon sa manière, à le penser.

UNE € RITROSÂ BELTA »

Le comte de La Fayette arait des châteaux en Amrergiie. Il en avait deux au moins, le château de Naddea et le chAteaa d'Espinasee, l'un et Fautre sis non loin de €lennont. Dès son mariage, il part, il emmène sa jeune femme en Auvergne. C'est là qu'il s'agit, pour elle, de s'accoutumer. Comment y parvintelle? Nous le saurons par quelques lettres d'elle à Ménage.

Mais lui, Ménage, comment Ta*-t-il prendre le mariage de sa très chère Lavema^ qu'il appelait sa Dame et sa Patronne? Assez mn\l Ce mariage la lui enlève doublement, la consacrant à M. de La Fayette, somme toute, et l'exilant loin de Paris. C'est dur! Il aara la consolation de voir ainsi sa destinée analogue à celle de Pétrarque: il est pourtant de mauvaise luimeuir*

Le â6 avril, M"^ de La Fayette se fâche. Il n'écrit plas : il avait promis d'écrire deux fois la semaine ; il utilise le prétexte vain d'vae < querelle d^AUemand »

106 LA JEUNESSE DE IfADAlfE DE LA FATETTE

qu'il a faite à son amie, pour demeurer silencieux. •• « Je vous avertis que je ne donne point du tout dans le panneau et que je suis persuadée que la seule envie de ne pas continuer un commerce qui vous parait ennuyant par les longs voyages que je fais dans la province vous a fait manquer à m'écrire. Je vous dis en amie que cela est le plus vilain du monde... > Ménage comprit que cet avertissement n'était pas à négliger. Dans la quinzaine, il écrivit deux lettres, qui sont perdues et que M™* de La Fayette n'aima point également : c La première est écrite avec un sérieux et une formalité qui me faisait tout à fait méconnaître M. Ménage; mais l'autre me l'a fait retrouver comme j'ai accoutumé de le voir, c'est-àdire sans toutes les cérémonies d'une lettre en forme et comme le meilleur des amis. » La seconde était si peu dans les formes qu'elle se terminait par une rature, mais volontaire et maligne. Ménage promettait de n'être plus négligent : il a rayé cette promesse.. • « Cela est assez d'un homme d'honneur qui ne veut s'engager à rien qu'à ce qu'il est bien résolu à tenir... Je crois cependant que vous ne laisserez pas de [m'écrire], quoique vous ne le promettiez point. » Et elle invite Ménage à cesser la querelle : « N'examinons point quelles raisons vous ont empêché d'avoir de mes nouvelles... » Car elle a des torts, elle aussi... € et moi des vôtres . Demandons-nous pardon l'un à l'autre... et demeurons bons amis comme auparavant. » Pour résister à de telles remontrances, il faudrait être un barbare, ou un amoureux dépité. Or, Ménage n'est point un barbare ; mais il n'évita point de mériter une lettre du 15 août : t C'est trois, monsieur, que je vous écris sans avoir de réponse. Com-

UNI C RITaOSA MBITÉL t 107

bien «o Toalez-TOOfi encore avoir et à quel temps bornai-voiuB répresre où vous mettes ma patience? Xen ai encore «ne sabok bonne proTiekm : maïs, comne voss eaves^ il n'est rîea qui ne ftiisse ay^ee le temys... » Ellecom^ que Ménage s'amendera : c La bonne fête d'aujourd'hui ne se passera point sans qu'en songeant à votre conscience vous ne fassiez résoloiion<ie me payer toutes les lettres que vous me devez. L'on ne va point en Paradis sans payer ses dettes : si eela est, il £ani, pour aller au ciel, que vous ayezbiende l'amitié porar moi, afin de vous acquitter 4e ce que vous devez. Adieu, i Elle a commence a'vec colère ; elle a fini avec mansuétude : Ménage, qui se connaît aux mouven^nts du cœur, ne préfère penlétrs pas sa mansuétude 4 sa colère.

EHe parait, dans ses lettres, un peu désjosuvrée. Elle habite le cbàteau de Naddes; ^le n'en dit rien, ni de ("emploi de ses journées. Sur la fin d'avril, le projet d'un voyage à Limoges la satisfait. Non qu'elle attende mn frivole plaisir : ce voyage n'est destiné qu'à voir l'évèque. A peane i'a-t-elle entrevu à Paris : elle se propose d'établir avec lui des relations meilleures que celles qu'il avait avec M. de La Fayette. Elle arrive à Limoges au mois de mai : et M. de Limoges, par malheur, est absent; ainsi t je ne puis vous dère de quelle sorte il sera content de moi et moi de lui. Je vous le manderai au premier ordinaire. » M. de Limoges fut très content de sa nièce. Il le dit 4 Ménage sept mois plus tard, étant 4 Paris. Ménage le dit 4 M*"* de La Fayette, qui se félicita de sa conquête : € Il n'y a rien de plus obligeant que tout ce que M. de Limoges dit de moi. Je voudrais fort que celte bonne opinion me servit à loger avec lui. » Elle est au chà-

teau de Naddes, quand elle écrit cela : et c'est-à-dirè que les agréments du château de Naddes ne la dispensent pas de souhaiter le domicile qui lui serait ofifert à révèché de Limoges. Evidemment, elle ne s'amuse pas, au château de Naddes. Elle a le sentiment d'y être loin, d'habiter,- loin du plus beau royaume sous le ciel, les états du grand Khan de Tartarie.

Ménage, pour la divertir, lui envoie les nouvelles de Paris. Elle aime bien Ménage : et aussi les nouvelles de Paris ; c'est Tune des raisons pour quoi elle ne permet point à son ami d'être boudeur et de ne pas écrire. Elle lui donne un bon point, quand elle peut lui dire : « Vos dernières lettres nous ont appris bien des nouvelles! » Les nouvelles de Paris, c'est, au mois de septembre, Bussy dans les tribulations* Et Ton prétendait que le roi l'avait logé à la Bastille ; on dit que non : € Je m'intéresse à ce qui le regarde, & cause de U^^ de Sévigné... » C'est, au mois de septembre aussi, l'invasion de la Pologne par le roi de Suède. M"'* de La Fayette plaint la reine de Pologne ; mais elle trouve assez beau de voir « un conquérant prendre des royaumes en trois mois ». Et le Cardinal de Retz ? Ménage n'en dit rien, ni de telle charmante femme « intriguée dans les affaires du cardinal ». Et Christine, ci-devant reine, de qui l'on parle de toutes façons et qui a l'air d'une toquée? « A ce que je vois, Christine est tout à fait dans le dessein de se faire catholique; mais je ne doute pas qu'elle ne quitte cette dévotion aussi bizarrement qu'elle a fait de la couronne de la Suède. » En échange des nouvelles qu'envoie Ménage, il est bien évident, et un peu triste, que M"^® de La Fayette n'a pas grand'chose à donner. Que se passe-t-il en cette Auvergne ou Tartarie? Absolu-

UNI l RITROSA BELTA > 109

^ent rien ; terriblement rien* E^ comme il faut pour- ;ant rendre à Ménage sa politesse d'informateur, Km* jq lji Fayette s'amuse avec mélancolie à lui montrer sa disette et sa bonne volonté : c II n'est pas juste que vous me mandiez tous les jours des nou^ velles du monde sans que je vous mande quelquefois des nouvelles de mon domestique. Catherine, votre bonne amie... » C'est la femme de chambre. Elle se marie. Elle épouse un ancien valet de chambre de M. de La Fayette, un très mauvais sujet. Voilà les nouvelles d'Auvergne : il suffit de les raconter pour donner à entendre qu'on s'ennuie.

Dans une telle solitude, la lecture est précieuse : à Ménage d'y pourvoir. Le deuxième tome de Clélie est attendu, est réclamé, est accueilli avec joie. Clélie arrive au mois d'octobre; et, le 2 novembre, M^^^'de La Fayette l'a lu. Elle n'est pas tout à fait d'ac* cord avec Ménage sur le bel esprit que M^^ de Scudéry prête à ses Romains. Or, Ménage répond que les Romains ne manquaient pas de bel esprit. Certea! réplique M*^* de La Fayette ; « mais songez aussi que le bel esprit des Romains tournait du c6té d'une générosité extraordinaire et d'un amour infini pour la patrie et qu'il n'allait pas à disputer des questions tendres et galantes comme elles sont dans Clélie ; et songez encore que, du temps de Tarquin, l'éloquence et la politesse n'étaient pas connues à Rome comme elles ont été depuis. Rome ne faisait que commencer et n'était pas encore dérouillée. » C'est parfaitement juste et finement dit. Ce qui étonne, c'est que se soit posée la question de quelque analogie entre les Romains de Clélie et les authentiques Romains du temps des rois.

110 LA JEUNESSE PK MAfiASE tffi !▲ FAYETTE

Au mois de novejELbre, ^n attend la Puedle ii M. Ghapelain. Ce n'est pas d'bier qu'on ^attend : <2iapelaîa s'est j^ocuré soa privilège le 3 mars 1641, voilà douze ans passés. Gestaution laborieuse ! Ibiis, ce Chapelain, si ce n'est pas «a grand poète, ce fut BB grand malin, qui «nt acquérir tous Les bénéfices de la gloire à peu de frais et, l'on peut dire, sans frais aucun, par la seule promesse de son génie. Jamais on n'a si habilement exploité l'annonce d'un poème ; et jamais poème n'a rapporté oe que rai^t à ce bonhomme le titre d'un poème. Il a fait sa fortune exjcellente sur du néant. Il a vécu magnifiquement sur un emprunt de renommée. L'ennui, ce fut i'éeàëaooe. Il en est là, le malheureux, à l'automne 1655. Il airaltié tant qu'il a pu ; mais, en déûnitîve, il faut payer. La Pucelle ou la France délivrée^ poème héroïque, fut txa bel in-folio, enrichi d'un portrait de Fauteur par Nanteuil. L'auteur n'a pas mauvaise figure, quoique avec un air un peu chafouin. Dans sa préface, l'auteur avoue son inquiétude ; il craint la déce^^on <du lec-t teur : « Je fais si peu de fondement, pour le hem isuccès de mon poème, surrimpatiencequ'ona témoi-' gnée de sa publicaJtion que je considère un si grand honneur comme son plus grand désavantage. » B n'a pas tort. : mais un autre désavantage, c^eàt la médio* i^rité du poème, dont il ne s'avise pas. M"»* de La Fayette écrivait à Ménage, le 2 novembre : c Je v^us prie de me dire si vous croyez que la Pitc^le de M. Chapelain réussisse dans le monde et qa'^lle réponde à l'attente que l'on a depuis si ioaigtemps. » Elle devine très bien que non. Ménage ne méprisait pas Ghapelain. Même, il avait avec lui de si bonnes r^a^ tions qu'il trouva certains vers à louer dans la Pueelle

UNE f RITROSA BELTA > iU

malheureuse. Mais quand Chapelain fit imprimer, plus tard, son Ode pour la paix et pour le mariage du roi, Pierre-Daniel Huet pria Ménage de lui dire ce qu'il en pensait ; et Ménage répondit : « Je ne puis TOUS dire mon avis sur TOde de M. Chapelain, car je ne Fai point vue et je ne veux point la voir. Mais je vous dirai celui de ceux du métier, et qui sont de ses amis, qui est qu'elle est fort ennuyeuse, étant fem* plie d'obscurité, de rudesse et même de bassesses... » Ménage aurait pu avoir pareille opinion de la Pucelle. Mais, au temps de la Pucelle^ Ménage et Chapelain étaient amis : au temps de l'Ode ils étaient anciens amis et Ménage avait son libre jugement.

Il était en train de composer, avec plus de zèle^.^ue d'inspiration, mais avec de l'intelligence et du talent, soli églogue du Jardinier^ dont il communiquait 4 son amie les fragments. M*^* de La Fayette le complimentait sur un endroit qui lui avait plu et se félicitait de ce que cet endroit fût € assez favorisé des Muses » pour que Ménage lui-même n'y trouvât Tien à redire : on le croit volontiers. Ménage n'ayant jamais eu le goût de se dénigrer. Lorsque parait, au printemps de cette année 1655, le commentaire italien de l'Aminte, avec un déplorable retard qui fait que, dédiée à M"« de La Vergne, cette œuvre s'adresse k une M^* de La Vergne qui n'existe plus, étant devenue la comtesse de La Fayette, Ménage en a probablement quelque dépit, car il ne s'empresse pas d'envoyer son livre ; et il faut que M°»* de La Fayette le réclame : € Vous me ferez fort grand plaisir de m'envoyer l'Aminte où feu mon nom a l'honneur d'être... » Fea mon nom : comment dit-elle cela? gaiement peut-être? ou non? Et Ménage, qu'en éprouve- t-il?

lis LA JEUNESSE DE HADAinC IME LA FAYETTE

Les nouvelles de la littérature et du moAde dtTertissaient M'^'^de La Fayette, dans saméla&eolieaovargnate. Mais elle est, pour l'occuper, une grossesse fatigante et qui, au mois d'aoét, se termina par un acckient. Si elle ne récrlTÎt point à Ménage, c'est à cause de quelque embarras à le faire on plutôt ée quelque fatigue. Ménage aurait pu rapprendre par M*** de Sévigné. Il ne l'apprit pas, ou feignit de se l'avoir pas su. Alors, M""* de La Fayette lui écrit : < Cest que tous ne parlez guère de moi iorsqose TOUS êtes auprès d'elle. Je vous pardonne de tovt mon cœur cet oubH-là, car il est vrai qu'elle est t»ea capable de faire oublier les autres,.. » Quand Ménage fut informé, il se tint sur la réserTe, soit qu'il n'évitât point d'être gaucbe en telle occurrence, soit qu^il n'armât guère cette nouvelle analogie de Lav^na et de Laure. M*^ de La Fayette lui reproche sa iiégtigence : « Je m'avise (fue tous ne m'avez non pies consolée mtr ce qui m'est arrivé comme si ce n'était ; et mille gens qui ne sont point autant mes amis -que TOUS, m'en écrivent de grandes lettres de compliment et se réjouissent, en même temps, de ce que l'^m suis réchappée : car ea^fin, que vous sacAiiez, l'on meurt fort bien de ces cboses-là et tous ne m'en avez parlé que comme d^une bagateUe. Je pense que |e suis comme brouillée avec tous, car je trouve tos lettres furieusement sèches. Les miennes ne suivent pas mon intention, si elles ne tous persuadent que je suis tout à fait votre servante très humble. » Ménage a montré de la mauvaise humeur; M">* de La Fayette le pria de savoir qu'elle aTait trouvé sa fiuçon d'être assez mauvaise. ,

Un personnage qu'on ne Toit pas beaucoup, — on

JUŒ € RISRÛSJL BBLTA 1 113

la verra de m4>t]is en moins, jusqu'à m plus le Toir, — e'est H. de La Fayette. A peine W^ de La Fayette, ée temps e& temps, fait^elie, a« bomk d'une lettre, allusion à lui, pour tranonettre ses politeeees à Ménage : c Mon époux est miUe fois votre serviteur— M. de Bayard et M. de La Fayette sont miUe fois plus vos servitetirs que je ne vous le saurais dire... i Voilà tout ee qu'on apprend de M. de La Fayette, par la correspondance de sa femme, cette première année de le«r mariage. L'abbé de Bayard avait une jolie maison à Langlar auprès de Viehy, non loin de Naddes et d'Espinasse. M*"^ de Sévigné dit qu'il c faieait les affaires » <le M»*" de La Fayette. En effot, il a, par moments, l'air un peu d'un intendant; et il est toujours un ami. C'était un homme très obligeant, très dévo^, de bonne culture et qui, dans la maison de La Fayette, avait l'une de ces situations auxquelles rien ne ressemble aujourd'hui, une de ces situations inlérieures, que la bonhomie ei la courtoisie de répoque rendaient honorables et charmantes.

A la fin de l'été, M°*^ de La Fayette était remise de son aecident et comptait aller à Paris le prochain hiver. Je ne sais pas au juste à qu^ moment elle partit. Mais elle passa hors de l'Auvergne la première moite de l'année 1656.

Un malheur l'atteignit alors : elle perdit sa mère; U*^ Renault de Sévigné mourut le 2 ferrie 1656 et fut inhumée à Angers le lendemain. La pauvre femme n'iivait pas obtenu pour son mari la permission de rentrer à Paris et lui tenait compagnie en exil. Je ne sais pas au juste le chagrin que M"^* de La Fayette ressentit. Il y a, sur un brouillon de Ménage, quelques lignes de condoléances très apprêtées : c Je ne vous

114 LA JEimRBSE OE MADAME DE LA FATETTE

dirai, pas comme les autres que je prends part à votre affliction; car je la ressens tout entière. Car que pourrais-je vous dire que vous ne pussiez trouver dans votre propre raisonnement? C'était une personne divine, mais ce n'était pas une divinité... » Cela, pour expliquer sans doute qu'elle soit morte. M°^^ de La Fayette mentionne quelquefois sa mère, dans sa cor^ respondance avec Ménage : elle n'en dit rien qui définisse nettement sa tendresse.

Vers le printemps, elle fit un séjour au château de FresneS'Chez M"** du Plessis Guénégaud. A Paris, elle voyait beaucoup Ménage. Lui, pendant qu'elle était à Fresnes, partit pour Livry et rentra quand elle ren* trait aussi, afin de ne pas perdre le temps qu'elle pouvait lui donner.

Mais elle quitta Paris à la fin de juillet ou les premiers jours d'août. Elle retournait en Auvergne. Elle fit une étape à Langeron, le 3 août. Cinq jours plus tard, elle était chez elle, non , plus cette fois au château de Naddes, mais & Espinasse. Et l'on ne doute pas que Ménage n'ait eu de la peine à se séparer d'elle. Cependant, gaucherie ou dépit, amitié blessée ou vanité offensée, il dit très mal son adieu. Était-il triste à l'excès, jusqu'à vouloir cacher une tendresse réelle? Il parut gai, dont M*^* de La Fayette se montra fort mécontente. Elle n'attend pas d'avoir fini son voyage pour se plaindre ; elle écrit de Langeron : « Je suis en colère contre vous de la gaieté que vous aviez en me disant adieu. De longtemps je ne vous le pardonnerai. Mais, que je sois chez moi^ je vous en ferai un peu plus de reproches. » Arrivée à Espinasse, elle insiste : i Vous ne ferez jamais une [chose] si de travers que l'adieu que vous me dites.. • »

UNE C RITROSA BELTA » 115

Quelques jours ayant l'adieu, elle lui témoignait une vive amitié; elle est bien sûre de n'avoir pas démérité : € Mandez-moi un peu à quoi je dois m'en tenir et dites-moi sincèrement quelle place je tiens présentement dans votre cœur; je vous promets de croire ce que vous m'en direz. » Un peu plus tard, elle garde sa rancune : c Vous me quittâtes avec si peu de chagrin, lorsque vous me dites adieu, que je pense que, si je ne vous écrivais, vous ne songeriez de longtemps à m'écrire pour vous consoler de mon absence. Mais je ne suis pas résolue de vous laisser le plaisir de m'oublier si tranquillement; je veux vous faire souvenir dé moi, malgré que vous en ayez, et avoir de l'amitié pour vous quoique vous n'en ayez plus pour moi. » Cette dureté ne va pas sans badinage. Mais il y a aussi du sérieux dans la colère à demi feinte. Ménage a irrité son amie : c'est donc qu'elle tenait à lui. Pourquoi Ménage a-t-il manqué son adieu? Il faut avouer qu'il eut tort, avouer aussi que cette année 1656 a été celle de ses frivolités principales.

L'une de ses dissipations fut de vanité; l'autre fut, en quelque façon, de volupté. M*"* de La Fayette lui écrit au mois de septembre : < Vous commencez à m'écrire languissamment, comme vous le faisiez Tannée passée; et je ne sais à qui m'en prendre, si ce n'est à la passion que vous avez eue, depuis que je suis partie, pour des duchesses et pour des reines. » Elle exagère un peu : il ne s'agit que d'une seule duchesse et d'une reine ; et c'est déjà plus qu'il ne faut pour alarmer l'incertaine sagesse de M. Ménage.

Christine était arrivée à Paris dernièrement et y excitait une curiosité souvent déconcertée. L'aventure

de son abdication, de sa conversion^ sa renommée de bel esprit, son histoire, sa iégeiiii^, ses caprices, sa désinToitore, et quelque chose en elle de presque un peu sauvage mêlé à de parfaits raffinements de civilisation, la majesté royale qu'elle avait reaoftcée et qui lai laii^ait un prestige : elle apparut comme un phénomène extravagant et auguste^ Elle s'habtlle quasi en homme, avec le chapeau, une perruque d'homme, le corsage analogue à an pourpoint, soU'vent un coUet de buffle et l'épée. Et très poudrée, trop de pommade, point de gants. Et chaussée comme un homme; la voix d*un homme : et, d'un homme^ les gestes et les actions. Arec cela, quelque beauté, malgré la taille trop fournie, la croupe large, une épaule haute et ce costume! Elle sait le français comme si elle était née à Paris, parle huit langues, défierait sur toutes sciences l'Académie et la Sor« bonne. Elle enchanta les uns, dérouta les autres, étonna tout le monde. Ensuite, elle mena le scandale sans précaution*

W^^ de La Fayette se montre assez dédaigneuse de cettè^ « reine des Goths ». Mais elle sut que Aléaaige serait présenté à Christine. Elle lui demanda une relation de l'entre vue et ne s'attendit pas qu'il en fàt charmé : c De la manière dont elle a traité les dames des villes où elle a passé, je doute fort que celles de Paris soient contentes d'elle. Je ne comprends pas par quelles raisons la cour lai a fait une si oiagniilquè entrée. Ji Les dames de Paris furent contentes ou non, selon l'accueil assez hasardeux qu'elles recevaient. Elle séduisit les partis avancés : les amis de Retz eurent de l'empressement et les jansénistes pensèrent la gagner à leur cause. Les littérateurs lui surent gré

nXE C RITBOSA. BELTÂ » ii7

delapr^lectâon, des générosités, deshoanenrs qu'elle leitf araii toujours aœordés : peu s'en fallut qu'elle u'iibtlAi, dans la république des leltres, paroii les poètes et les savasls^la situation que les philosophes ont faite plus tard au roi de Prusse Frédéric. Il y a la diffiérenee des tenps; mais Christine est déjà une 90«Kv«raine édairée. Bntra les ^ens de lettres, aucun me lui mieux satisfait que Ménage. Et lui, œ n'est pas l'idéologie qu'M avait cmilente : mais la retme le distingua de la façon la plus flatteuse, fille voulut qu'on le iui présestÀt et voulut qu'â^ son tour il lui présentât les savants» Et eUe lui doitna une chaîne d'or^ de quinze cents francs^ dit-il; et il ajoute qu'il Ta donnée < à soniMmme, M. Cfiranlt, qui fut depuis chanoine du Mans ». U ne demeura point en reste de politise : il remercia ia reine et la oélébra dans toutes les langues oà ii ^taît versificateur; il la chanta, autant qu'il savait chanter. M™^ de La Fayette n^approuvait pas ce délire; le 19 septembre^ elle écrit à Ménage : € /ai reçu votre lettre qui m'apprend la ipassion ^ue vous avez poui- Christine et la faveur oà v<ws êtes auprès d'elle. Je m*<étais bien doulbée que vous seriez admirablement reçm; mais je ne croyais^ pas qu'elle d^t être si à votre gré. Je doute qu'elle fût si fort au mien et tout le moade la dépeint oomme une créature si brusque et si extraordinaire que ^e njB sais si elle me plairait. » M'^'' de La Fayette n'ainke pas -que Ménage soit si entiché de hx reine des Goths ; elle déte&te bien davantage son autre toquade, où c'est l'amour qui le surmonte.

Ména^ s'était épris de M*^^ de Montbazon. Veuve d'flerculte de Rohan, duc de Moatbazon qui, veuf dé$k et déjà vieux de Boixante-4iz anâ, Tavait tirée

du couveot pour l'épouser en 1628, postulante de seize ans qu'il appelait sa religieuse, elle était loin de ses ferveurs lorsque l'aima M. Ménage. Son bonhomme de mari l'avait déniaisée au profit du voisin, voire au profit du voisinage; et ses liaisons ne se comptaient plus, depuis Beaufort, le roi des Halles, jusqu'à Rancé qui, de l'avoir perdue, ne se consola que dans les rudes austérités de là Trappe. Elle a son image, inoubliable comme une musique ou une odeur, dans la Vie de Rancé^ dernières pages où le vieux Chateaubriand près de mourir enferma sa rêverie sensuelle encore et désespérée : c H'"* de Montba«ou était allée à l'infidélité éternelle... » Et, pour ftené, en qui les alarmes de l'amour font frissonner lies croyances chrétiennes, la mort s'est ainsi déguisée de funèbre galanterie. Marie de Bretagne, duchesse de Montbazon, c'est une beauté brune au teint mat; et si le visage est imparfait, faute d'une âme qu'on y voie, le corps n'a pas besoin d'une âme : et l'on dirait d'une déesse en marbre. Mais la déesse a l'entrain le plus hardi. Retz n'a connu personne qui, dans le vice, eét montré si peu de respect pour la vertu. L'honnête Ws^ de Motteville a remarqué ses yeux qui € commandaient impérieusement qu'on l'aimât ». Fieffée intrigante, avec sa « grande mine » et pleine de malignité. Puis elle est cupide et mêle à ses amours le calcul de l'argent.

Le sentiment de M. Ménage pour M"** de Montbazon, si ce n'est pas un vif amour, c'est quelque chose d'assez voluptueux. Il l'avait courtisée, il l'avait négligée; elle le rappela : il lui fallait, pour des affaires, l'appui de M. Servien, auprès de qui Ménage était influent*. • « Je fis ce qu'elle souhaitait, confesse*

UNE € RiraOfiA BBLTA » 119

t-il*y mais j« cherchai des. longaeurs, afin d'aveir plus d'oecasioQ de la tout chez eiie. Il y avait ordre qu'an me laissât entrer lorsqu'elle ne Toyaàt per* sooûe*, de aorte que, m'étant présenté k son appar* tement un jour qu'elle était assez mal en entre : Lais9ez>-le, laissez-te entrer, dit-elle à ses demoteelles ; il ne voit goutte. » Il profitait aiudi de ses mauvais yeux sans bêtise.

. li""* de La Fayette a su^ même en Auvergne, que Ménage était amoureux de M">' de Montbazon. Cette fiouveUe lui a déplu ; et il n'y a aucune raison de ne pas la croire sincère et disant à peine autant qa^elle é|>rouve, quand elle écrit au frivole : c Mandea-moi un jpeu ce qui en est ; car je suis bien aise d'être informée de ce qui se passe dans votre cœur et je crois que j^ai intérêt qu'une personne comme celle-là n'y soit pas bien avant ; car, bien que je ne sois que votre amie^ je suis persuadée qu'une maîtresse me ferait tort et je crois que toutes les maîtresses en font aux amies et qu'il est impossible d'aimer autant une amie, ayant une maîtresse, que si l'on n'en avait point, i^ Elle esquisse, en tâtonnant un peu, dans les mots, non diaos l'idée, une maxime. M. de La Rochefoucauld n'écrit pas encore de maximes. Il écrit ses mémoires r la Fronde finie, il ne sort guère de sa retraite de Ver* teuil; il en sort toutefois un peu, cette année 1656, et il a quelque assiduité auprès de la reine de Suède. Mais enfin, la question de savoir si une maîtresse nuit à une amie tourmente l'amie de M. Ménage. Elle Fa posée « l'autre jour », elle a fort disputé là-dessus et n'a disputé, bien entendu, que la question théorique : c'est Tamusement de ces maximes, oà l'on dissimule les vérités de son cœur... « Dites-moi

un peu votre sentiment... » II dut le dire. Il convint que ( l'empressement que Ton a pour une maîtresse diminue infailliblement celui que l'on a pour une amie... > Mais alors il avouait son « relâchement » à l'égard de son amie ? Pas du tout ! Il affirmait à son amie qu'il n'avait pas € assez aimé » M^'® de Montbazon pour l'en aimer moins? La preuve?...

Est-ce en guise de preuve, incontestable ou quasiment, qu'il envoie à son amie un sonnet qu'il a composé à l'honneur de la duchesse, en italien, La bella attempata : autant dire, la belle que le temps a touchée. M*"* de Montbazon venait à sa quarantecinquième année, qui n'est pas un grand âge. Autrefois, elle prétendait qu'une femme, à trente ans, est finie : elle voulait qu'à trente ans on la jetât dans la rivière. Elle a changé d'avis depuis lors. Au surplus, Tallemant dit qu'à trente-cinq ans elle «défaisait toutes les autres au bal ». Et sur ses quarante-quatre ans, lorsque Ménage lui annonce la visite du comte de Tôt : c Qu'il vienne, répond-elle ; et qu'il se tienne ferme : je serai sous les armes! » Et, un jour qu'elle se promène avec H. Ménage, ils vont voir M"® de Scudéry ; la servante appelle sa maîtresse : « Mademoiselle, venez vite; M. Ménage est là en bas avec la plus belle femme de France ! » Le sonnet de Ménage est assez beau, avec ses louanges mélancoliques et avec Fallu» sion perpétuelle à « ce destructeur de toute chose mortelle, le temps >. Concluez : pour une belle que le temps a touchée, vous oublierait-on?... M"^* de La Fayette fut persuadée, au point qu'elle demande grâce pour M""® de Montbazon : c Je trouve le sonnet que vous avez fait pour elle très beau et je n'en voudrais retrancher que le titre; car, bien que le nom

UNE C RITR08À BELTA > 121

de belle précède celai A^attempala^ il est certain que le premier ne saurait empêcher qu'on ne sente le dégoût de l'autre et que jamais femme n'a trouvé bon qu'on Tappel&t vieille... en l'assurant qu'elle effaçait les jeunes. > C'est ainsi justement que Ménage désirait que son amie argumentât, lui malin peut-être, et qui n'avait pas écrit La bella vecchia^ mais attempaia seulement, et à qui plaisait, on l'imagine, cette beauté en son point de maturité savoureuse. Après cela, renoncerait-il au titre du sonnet? Que non pas ! et le titre a, en effet, sa grâce douce^mère. Le sonnet de la belle que le temps a touchée, il le publia dans la troisième édition de ses Poèmes, en 1658 ; mais il ne mit aucune dédicace : et, de cette façon, c'est plus délicat, certes, mais moins piquant aussi. Dans la quatrième édition, celle de Hollande, en 1663, il se tire d'affaire assez drôlement, par ce nouvel intitulé : La bella aitempalaj sonnetto^ Per la S. Marehesa di Rambugliet. H"'® de Rambouillet, qui avait alors soixante-quinze ans, ne serait sensible qu'à bella ; et attempata^ pour elle, n'était pas trop dire. On ne sait que par la lettre de M™* de La Fayette que la belle touchée du temps fut d'abord et fut en réalité M°>* de Montbazon : celle-ci était allée & l'infidélité éternelle sept mois après que Ménage célébrait son attrait mortel, le 28 avril 1657, qnatre jours après qu'elle faisait avertir le comte de Tôt, qui la viendrait voir, de se tenir ferme, car elle- serait sous les armes. M"^* de Rambouillet recueillit l'héritage poétique de M*"* de Montbazon, sans le savoir.

La dissipation de M. Ménage le mène loin de la philologie, cette année que l'a pris la passion des reines et des duchesses. Il s'amuse et invente des

123 LÀ JEUNESSE MS MMK&tHB DE LA FAYETTE

facétie» parfois mondam€«; et ssivanlx^. liiaitdabniîi par FaTentare d'un mad^igaL

M. Chapefiûn Tenait anix miercredîs de M. Ménage^ ai ses Hercurralea^ eomme il disait. Or, M.. Chapelain té Taâtait de posséder la langue lialieiBDe nûenor gae personne^ d'en connaître les linesaes les pins exqnlaes ei secfètes^ jnsqa'aux dialectes des différenlea pro*- ^Idcm et aa style dies diflérenfs poêlées. Il iBipatientaiH ainHi M. Ménage. Un certaûi M. de Raincj, — lequel étadt fila d'wD M;* Bordier^ qui s'etiricàit et quiy ayant bâti le cMteau da Haîncy, obtînt pour son fils k titre de ce doinaÂne, — avait une brillante renaoïfloée^ qu'il devait & son élégance d^ à quelque taleal de poète: II composa nan madrigal oii il accusait de sa Hiort de trop beaux yeux dc^ax et cmel». Ménage trâd«iisit ce madrigal en un madifigal italien qn'il prétendait avoir trouvé da(ns les Mme diverse di^Torquaùi Tas9& : il disait le^tome et hb page. M. de Raincy jura ses grands dieux qufil a'avail pas lu ces Aime» Aa Surplus, Ménage n'en voulait pas à lui, mais à Chapelain. El il feignit d'avoir, avec M<éré, une queirelle stitr la préférence k donner soit aii nradrigal italien^ s^t ait français* Il choisit pouir aa^bitre Ghapelais, qui épiloguâ;, hésita et ûnalement préféra le soianet de M« de Raîncy, mais ne soupçonna pas un instant qjue le madrigal italien ne fût pas l'œuvre du Tasse« A la prochaine Mercuriale, tout le monde accorda au son* net du Tasse le laurier : Chapelain se rendit à l'opinion générale. Pour rendre la chose plus compliquée encore, Ménage découvrit un madrigal de Guarini, vfaimeM de Guarihi^ et de pensée analogue : ak)rs, choisissez! M. Ménage, satisfait de voir qu'on attriiboe au fameux Torquato Tàsso un sonnet de lui^ se pique

UIŒ < RITROSA BELTA > 123

au jeu et ne serait point fâché d'emporter la victoire sur le célèbre Guarini, prince du madrigal en Italie. Cette fois, ce n'est plus au jugement du seul Chapelain qu'il s'adresse, mais à tous les beaux esprits de la cour et de la ville» Telle était la gloire de Torquato Tasso que tout le monde préféra, et de beaucoup, le madrigal qui paraissait sous le nom de ce grand poète. Il n'y eut que H°** de Rambouillet pour trouver plus de grâce au madrigal français. M. Peilisson refusa de se prononcer : il déclarait les trois madrigaux admirables ; mais il se souvenait de Paris qui, ayant choisi de trois beautés l'une, éprouva mille ennuis. H"^* de Sévigné, qui était aux Rochers, M. Ménage la relança. Elle répondit qu'elle était trop c écolière n en italien pour décider; cependant, elle préférait le madrigal de Guarlni à celui du Tasse : et, quant au madrigal de M. de Raincy, elle ne croyait pas qu'on en pût faire un plus beau. M. Ménage négligea l'opinion de cette écolière. Il se loua des autres opinions, qui lui étaient favorables. M. Costar, tout en ne voulant pas, dit -il, se brouiller avec M. de Raincy, déclara que le madrigal de Guarini lui plaisait mieux que le madrigal français, et le madrigal du Tasse beaucoup plus que les deux autres. Voilà un homme de goût!

Et M""** de La Fayette?... Elle reçut les madrigaux le 18 août et demanda un délai. Le 22 août, elle écrivit : c Sans avoir l'honneur d'être bel esprit et sans connaître les délicatesses de la langue italienne et de la nôtre, je donne ma voix au madrigal de Pétrarque ; je mets celui de M. de Raincy après, et celui du Guarini le dernier, quoique les quatre derniers vers de celui du Guarini me paraissent admirables ; mais tout celui de Pétrarque a quelque chose

Ii4 LÀ JEUNB5SC DS MADUIE DE JJk FAYETTE

de uaUrrel tt de fmasiaiiiié qui me jriiéi plus qne.- le& amlres. le ne aads ai je serai d>e fai banaaopifiÎQn; mwmy eamma tous m'avez, priée de yovos dire smcèremant mon a?ifi, je le £»is s&ng soager si je laisrbiesi 0« nai. Pwsque j« vo«s dis inon sentii&enty U est jualeqiseToasBie dlai^x le vô^e. J'ai quelque pressesbtimiBiit qu'il ne senu pas fof t élaigeé en. oiieD et que, selw iraèra OF<Knaîmj vcms sesez admirateur de Pétrarque. »< Elle s'enbraaiila! BUe canfoad la Tasse et P^trarqixs. Ea dépit du déisi qu'elle a demandé^ elle a été yite en besogne. Sa négligence Ind sera pardonnée en £a.veiir de sa dôdsion^ IML Ménage aioMint à feËre préféré^ sons le nom de PétrarcpM aussi bienqne 90U5 le nom dn Tiaisse. M. liénage lui uotilla gentknenl sa bévae et loi révéla» tout le mystère, fille lot eon<tente d'aroir échappé an péril de ne point prélérer M« Ménage. Ëlte assura qa^elle avait été parfaMemeot lajale et attentive et qu'elle avait bien lu dix fois les Biadriganxavantde répondre : c Et, quoique jemesois lourdement trompée, d'af^lr cra qne vous me mandiez que le premier madri^l était de Pétrarqae^celeu n'empècàe pas que jie ne Taie lu av^c une attentixm: extrême ; et je remarquai même en le iisaxit qme ee madrigal était pour lole et cela m'embarrassait^ parce qu'il me souvint que Pétrarque n'avait jamais fait de vers que pour U^ Laure et je fus prèle dévoua demander d'oir sortaiit ee madrigal-là, sans néanmoins qpae cette réflexion-là ne fil apercevoir de muMi erreur» ]» Elle eompirmeoèe Hémage de n'avoir pas^été reconnu « sous les habits dm Tasse >y même par le» Gestar, les Cbap^in^ les « maîtres du métier ». Elle trcwve surprenaat qu'il fasse si bien les versîtalLma;, ^ elle ajo«te : « Souvenez-vous, sMl vous ptaity. que

USE « RUBâSâ EELTÂ. f liS

è'esià moi à qui yobs devez tonte la glme qu'H vooh reTieni de cette huigae et qae ce fut poisr me plaire que TOUS iKiae sûtee à l'étuctter, dn temps que noes m'aîmiai plus qae youb ne faites à eette heure. Je ^veoapTie que cette abfigaUoià-là eoîi cause que tous ne me Rompiez plus : auframest, je serai trompée testes les Cois qu'il tous plaira et je recevrai vos vers sous le nmn de Pétrarque^ du Tasse, dis Guarini^ tkt caTalier KarÎA^ enin swt» le nom que vous Toudrez. >

Lasi^ereherie de Ménage a trempé tout Le monde, excepté M^^ de Scudéry, laquelle. eut quelque soupçon. ]|j[me ^ 1^ Fayett» Fea admire et conclut qu^eUe a « phu df esprit que qui que se soit en France k Voyank que W*^ de Scudéry n'était pas dupe. Ménage Lui confesea toute sou iutrigoe et la pria de se charger d'une comiBission qu!il n'osait pas faire et d'^a.vertir H. Cha' pelafin, ee qu'elle lit. M. Chapriain fnt extrêmement m^ortiâé : il accusa M. Ménage de petite sinoérité. Qooil répondit) M. Méaage, est-ce qvfàutrcsiois Muret n'a pas* sédnit pareillement l'érudition de Sealigtf* en lui faisant agréer comme d'un poète de Faixtiquité ctes Ters de lui : cette farœ est donc attfierisée glorieusement!.— La an de l^bistûîre punit cependaat K.Ii&énage : les admirateurs de son madrigal^ sachant que le madrigal était de lui et non du Tasse, tournèrent à n'estimer plus que les madrigaux de Gaarini et de M. de Raincy : c Tasd'è veroy dit-il avec chagrin, die la fama. fa gran parie dd meriio, e eke n va dieiro^ fixe ainome che a fattil » L'ingrat ne songe même pas k se denumder si, le succès qu'il a eu d'abo^rd, il ne fe dcTait pas. ao. nom de Torquato Tasse.

L'aTenlure de ce madrigal l'encourage à s'établir ensonpays poète italisDu Sonnets^ madrigaux, idylles,

tous les genres le tentent. Il réussit le mieux dans les petites œuvres et sa meilleure composition de cette époque est une Canzonetia pastoraley intitulée Aman/e irresolutOy jolie de rythme gai : c Mio eorey che faremo? ^ Odieremo, ameremo?..,"^ Cette Canzone/to eut le succès le plus vif auprès de H*^** de La Fayette et de Sévigné. M°** de La Fayette écrivit : c J'ai pris toute la part que je devais à la chanson italienne, car je l'ai prise pour moi. » M*^^ de Sévigné la voulut chanter ; elle avait une voix charmante : c Je tÀche de l'ajuster sur quelqu'un de tous lés airs que j'ai jamais sus et, n'y trouvant pas bien mes mesures, je pense que j'entreprendrai d'y en faire un tout neuf, tant j'ai d'envie de la chanter. » C'est dommage que nous n'ayons pas la musique de M*"^ de Sévigné pour les vers de M. Ménage, et la voix charmante aussi !

Vers la On de Tannée, Ménage ût une petite édition de ses poésies italiennes. M""' de La Fayette reçut le volumetto. Elle y trouva que presque toutes les poésies, celles même qu'elle n'avait pas encore lues, lui étaient dédiées, la célébraient, la glorifiaient. Elle remercia ainsi son Pétrarque : < Elles sont toutes pour moi! Cela me récompense, et au delà, d'avoir été cause que vous ayez étudié Titalien avec soin. Je suis heureuse que toutes les louanges que vous me donnez soient en une langue qui est moins entendue des gens qui me connaissent que de ceux qui ne me connaissent pas; car au moins je n'aurai pas la honte de savoir que tous ceux qui les liront disent que je ne les . mérite pas. Ceux qui ne m'ont jamais vue croiront assurément qu'un homme qui fait si bien des vers dans une langue étrangère a trop d'esprit pour les faire à la louange d'une personne qui

UNE < RITROSA BELTA )l 127

n'en est pas tout à fait digne et, sur cette pensée-là, me voilà une manière de 11°^* Laure. » Elle est contente ; Ménage est enchanté.

Cette année des frivolités de Ménage est précisément celle où M*"* de La Fayette prend, avec beaucoup de grâce, une gravité nouvelle. Nous l'avons vue, la première année de son mariage, un peu inquiète, un peu incertaine. Elle s'accoutume à son existence et désormais n'a plus l'air de la subir, mais de la dominer. Une lettre qu'elle écrit à Ménage le 1*' septembre 1656, la montre toute différente de ce qu'elle a été d'abord : c Depuis que je vous ai écrit, j'ai toujours été hors de chez moi à faire des visites. M. de Bayard en a été une; et, quand je vous dirais les autres, vous n'en seriez pas plus savant : ce sont gens que vous avez le bonheur de ne pas con naître et que j'ai le malheur d'avoir pour voisins. Cependant je dois avouer, à la honte de ma délicatesse, que je ne m'ennuie pas avec ces gens-là, quoique je ne m'y divertisse guère. Mais j'ai pris un certain chemin de leur parler des choses qu'ils savent qui m'empêche de m'ennuyer. Il est vrai aussi que nous avons des hommes, ici autour, qui ont bien de l'esprit, pour des gens de province. Les femmes n'y sont pas à beaucoup près si raisonnables ; mais aussi elles ne font guère de visites : et ainsi l'on n'en est pas incommodé. Pour moi, j'aime bien mieux ne voir guère de gens que d'en voir de fâcheux et la solitude que je trouve ici m'est plutôt agréable qu'ennuyeuse. Le soin que je prends de ma maison m'occupe et me divertit fort ; et, comme d'ailleurs je n'ai point de chagrin, que mon époux m'adore, que je l'aime fort, que je suis maîtresse absolue, je vous assure que la

128 LA JEUNSSSG SB lUDAHB DE tk FAYETTE

vio <pie je fais Bst fort henr^ase €(t que je ae demaiikle à Die a qu» la eonidnoati^B. Quand ou croit èÉre Galeux, vous savez que celasu£âi pour Tètre. et, cooflie je suis porsuiiléB que je le isim, je Tis plus contente que Be sont peut-être toutes les reraee de rEwrape.j £ile est insiallée dans sa vie ; et, po«r qu'elle épixN&Yd le besoin ée^ le dire À Ménage, il £aiii que oe soit aacez nouveau : cependxmi, «lie eât mariée depuis qneique dix-hoit mois, d'où il fiqpparait qu'il iui a lalia un peu de temps pour ceEser d'èÉre dépaysée en Auvergne el déconeesrtée dans ison éiabUfiseiBent de Cérame. Puis, ce qu'elle dit i^evsemble k une déclaraiiion iieAte« Oa ne voit pas que Ménage ïaA iSollicHée et que ce soit une xiposèe à un douie qui lui déplaise et qu'elle réfute : c'est une dédaratioai qu'elle lait à ette-caème, comme si eUe yemait toisât juste d'être en jaesure de ht faine et voalaîtise féliciter de sa ïéussiie» finie est heureuse et n'est pajs tr^s gaie. Il y aiieasicoup de sagesse dans son bonheur.

de qu'dile Sàài de plus important à la campagne, c'eet de prencke cionseieiice de jsoi. £lle a «ou carac* ière, sait «quelle Ta, ireui l'avoir : et ce n'est phis eaprkieox, si ce le fuL ^Ellie a prb son parii dee ocmdHiofifi de sa vie : en reUMir,«lle exige d'être aceepiée coflune eiàe esL Ménage n'eetril pas oontent d'elle? C'est à oause de cette iuçon qu'elle a d'être moins exubérante que d'autres, et de garder bahitneliemBiit la laeeure. 11 ne ia tronve pais vive dans ia tendreose. .Or, m. jour, elle le prie dio faire miUe oompiimeaÉs die sa part à M^ de Scndëry -— « ^de l'assurer que jlai pour elle toute l'eslîme imaginable et nae grande disposition à avoir J^ien de la loadresse, tnoi qvî n'en ai guère ordinairement^ Vous bà riépondraz de ceb

USE « nSRQfti BSLZÀ 9 129

bien voiontiers, jéàns la pensée où rooB felee que je ne tsuis pas ieadne paroe qae je «e saute pas an eom. de toat le noitde. i Ménage ëiadt grand adnnraAew de iSofÉMO, i'arbitre alors des saaiâDieiiis ies plus par- &iis n ( Je vous frie, demaadez à fiaplM, qui se coa- 9i9it si bien «n tendrease, si cTest nne marque de iettdnesse de faire dee ïXtBs&e£ parce qu*oa en isàt siatarcfflement à tout le monde et si un mût de don- HceMT d'flnte riti'aia beUa ae doil loodher davantage H persuader pèns son amitié que miile discdttrs obliigeants d'une p^sosBe «qai en fut à tout le mcaide. Je v<His maiirtnleBs que, quand je vous ai dit que j^ bien del'amètié pour vi^ue fit ifue je suis plus .aise de -vioms avoir po«r ani que qui que ee soit «au monde, sims éevez être saAdabèt de anoi. » U y a quedque anaSogie entre oe «qu'eâie dit là ett ce qu'Âieeste dira. C'est le laôme igoût de la siBCérité dans les Beutimeats et les mots : peuple mots, car les sentisieitfts vrais ne sont pas d^mife telle aaqdeor qu'ils âiienat i»eaoin 4e tant -de miFts,

^^QidqujBs j<our8 p4u6 tard, ^ièey revient, d'est que IMésage ne parait pas convainoa par ses raflK)al^iviioes : il v^otudrait pius de usots. 'fille »lui dit assez netteoieiâ : « Puisque toutes les assuranoes quefeTiNB «donne de mon amitié ne vous persuadant pas, je me sais oe qu'il fwot faire... il me aemible ifae, ^juasid je dis que j'aiime quelqu'un, il iaat metcnom^ icar je ne le 4is pas'si souvent. » l^e autue fois,«yanitmaQq«ié devx ordinaiv^es à écrère, eUedvt : 4l de ai'est pas sfoe 3'yaie manqué par A^igenoe: qoelqve peu tcoidne «quel^on me'cr«îe, ^ n'ai guère de mé^ligevoe pexar <me6^wiim. »<81le est sure d'elle eft sefiA une OMUtrar- Tiéibé entre 'satfwçon d'être eft tes erxigmiees «du 'men^ife z

elle né cédera pas et, toute sa vie, elle maintiendra son idée, qui est son goût naturel et réfléchi. Elle sent la difficulté qu'il y a toujours à communiquer d'une âme à une autre : elle prend le sentiment de la solitude, qu'elle aura toute sa vie. Quand on a ce sentiment de la solitude morale, la solitude maté* rielie est tolérable, ajoutant peu à ce qui est la solitude essentielle. De là viennent sa mélancolie et sa patience. L'amitié, plus difficile, lui est aussi plus précieuse. Il y a, dans les formules de son amitié pour Ménage, un accent de vérité souvent délicieux : € Croyez, je vous en conjure, que je vous aime bien plus que vous ne croyez. » Après une chamaillerie : . « Adieu, notre cher ami Ménage. Raimons-nous bien, je vous en prie : nous ne saurions, en vérité, mieux faire. > Et, quelques jours après : € Il me semble qUe notre amitié reverdit ; et j'en suis ravie, car en vérité, j'ai pour vous tous les seStiments d'amitié et d'estime que vous pouvez attendre de la meilleure amie du monde. > Si Ménage est négligent à écrire : € Je m'en vais vous écrire toutes les semaines avec la même régularité que j'aurais pu faire du temps de cette belle amitié que vous m'aviez juré qui devait surpasser les siècles en durée. Je ne sais de quoi vous vous êtes avisé de cesser de m'aimer. Vous n'avez pas encore loin à pousser votre constance : je suis si malade et si languissante que, quand vous voudriez m'aimer toute ma vie, vous n'auriez plus guère à m'aimer. Sérieusement, je suis fort mal; mais, plus sérieusement encore, je vous assure que vous avez tort de ne me plus aimer, car il est fort véritable que j'ai pour vous beaucoup d'amitié et que vous avez été si fort de mes amis que vous le

U19E < BITROSA HBLTA. » iM

6ere2 toujours, qaoâqm tous ne le iFcmliez pas. > Si lléfiage n'«6t |ttfi sensible à 4e lels mots, Méoafpe est vsa graind f au,

H°^ de La Fayette, depuis sa rentrée en Àmimrgm^ était mal portante. ¥era la milieii de sepiembre, elle partit pour Vichy : des alentCKirs de Clermoni, ee n'est pas un çrand v^oyage. Vichy était à la mode. U y avait^ à Paris et dems ia proviace, des médedas fui TOUS euToyaient k Vichy sans aatadresse. Dès le conameocem^t des jouraaax. Vichy organisa ifès bien sa juste réclame. On trouverait dans le Merctart tffabmt %&a& les éehaQiiUo(D6 d'artideset petites aotes médicales et nondaines qui sout d'usage «depuis tors. Au cours de la saisesi, parait la Jâsle des per- ^nniBeB distinguées en traitement linbas, le récit des n belles assemblées » qn'dn y y<»t, le programme des divertissements. S'il advient que M. Tabbé d'Harcoart soit à rextrémité, — Ton a mèmie dit qu'il éiait mort, — les méchants ou les concurrents auront beau raconter qu'il est tombé malade à Vichy, le Mercure gakmt proteste. H. l'abbé d'Harcourt aUait à Vkhy et n'y était point arrivé ; il est tombé malade {«rës de Vichy : ce A'esft point à Vichy. Si Dieu avait permis qu'il poussât jiusga'anx soarces tant salu* tsores, ne serait-il pas guéri à cette heure?

Do Vichy, le i9 sepâ^emiwe, Hl'^ de La Fayetie écrit à Ménage t « Je suis ici aux eaux, je boâa tous les mattins quatorze grands Terres du plas méchant et du plus chaud breui^age d« «londe. J'espèr$ que je recei^oaî eu soulagement de mes maux <de ce remèdeik. ViOtts savez que c'est où ies médecins envoient les geais, quand lis ue savent plus'qna'ea dfaére. > Quatorze igcaads serres le matin! Le soir : x Âdiett. J'ai prie

des eaux ce matin : c'est assez pour ne pouvoir pas écrire beaucoup de suite. > Le 26 septembre : € Je continue toujours à boire mes eaux et m'en porte très bien. J'ai néanmoins grande impatience qu'elles soient achevées; car c'est assurément un remède désagréable que de boire en un matin dix-huit verres d'eau qui valent autant de médecines. > Dix-huit verres!... Le 4 octobre, elle est rentrée à Ëspinasse : € Je ne vous écrivis point le dernier ordinaire, parce que j'étais dans les remèdes pour quitter mes eaux» Ce que vous dites de l'obligation que vous leur aurez si elles me guérissent est tout à fait obligeant. Je ne crois pas que vous leur deviez ma vie, mais je crois que vous leur devrez la douceur de ma vie ; car on n'en a plus, quand on n'a plus qu'une santé languissante et assurément les eaux m'ont redonné toute ma santé. »

Elle a besoin de sa santé : elle commence une grossesse; et le souvenir de ^accident qui Ta éprouvée Tannée précédente lui donne quelque appréhension. Ménage lui ayant annoncé l'heureux accouchement de la maréchale de Clairembault, elle répond qu'elle en est ravie, € parce qu'avec Tintérèt que j'y prends pour lamour d'elle, j'y en prends un peu pour moi »• Sur la fin de novembre, elle a € la fièvre et mille autres maux ». Le 5 décembre, elle est un peu mieux seulement. M. Ménage, quand on était malade et que pour cette cause on ne lui écrivait pas, était malade lui aussi. Quelquefois, c'est la vérité; alors, M*""" de La Fayette lui accorde, avec son pardon, sa compassion : « Présentement que je n'ai guère de santé, j'ai une pitié non pareille de ceux ui n'en ont point; et assurément il n'y a rien de si pi^ieux dans

UNE € RITROSA BELTA » 133

la vie ; et Ton ne peut avoir de repos sans la santé ; et avec elle l'on se peut quasi consoler de tout. Enfin portez-vous bien et vous serez heureux. » Elle a souligné cette conclusion, qui est bien celle de sa philosophie et où Ton voit que son idée du bonheur est modeste : elle n'étend pas le bonheur au delà du repos, qui est l'absence de peines, et fait consister repos et bonheur à quasi se consoler de tout. Si les manières précieuses d'envisager la vie l'ont jamais touchée un peu, c'est bien fini. Pendant ses longs mois de solitude auvergnate, elle ^'est rendue de plus en plus naturelle. Voyez-la, quelques jours après, allant mieux, allant à merveille et si contente aussitôt : € Si votre santé dépend de la mienne, comme vous m'en assurez... » Ménage, lui, ne se simplifie pas : il est à Paris, très loin de la nature et de l'humble vérité... € vous vous portez tout à fait bien; car, pour moi, je ne me portai jamais mieux. Peut-être que non durera., mais il n'importe : il faut prendre ces bons moments-là sans s'inquiéter de ceux qui les suivront. » La vie à la campagne donne à cette jeune femme la vraie santé de l'intelligence et de l'àme.

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