LE PETIT JEU DES PORTRAITS
M. de Sévigné voulut bien louer à sa belle^âlle une maison qu'il avait héritée de M°' de La Vergne. Seulement, cette maison n'était pas meublée, (c En attendant que nous l'ayons meublée, écrivait H°^* de La Fayette à Ménage avant de quitter TAuvergne, nous logerons chez M. de Saint-Pons, qui demeure proche l'hôtel de Nevers : nous serons assez vos voisins, en cet endroit-là. » M. de Saint-Pons, — ou bien M. Gabriel Pena, seigneur de Saint-Pons, — nous l'avons entrevu à Pontoise, où il prenait la vie gaiement, lorsque M. de La Vergne s*occupait de fortifier les abords de Paris. Il était frère de M"^' de La Vergne, frère cadet sans doute, et se maria vers le printemps 1657, comme en témoigne cette lettre de sa nièce à Ménage en date du 13 mars : c Je ne vous ai point parlé du mariage de mon oncle, parce que je ne m'en soucie nullement et que cela ne me touche en façon du mondOé J'ai toujours bien vu qu'il fallait que cela arrivât et ainsi je n'en ai point été surprise; et je
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n'en suis point fâchée, parce que je ne suis pas fort seosible à rintérèl; et celui d'une sncceesion d'un homme qui est encore jeune est une chose si incertaine que. je ne crois pas que l'on s'en doive souder. La seule chose qui peut déplaire, an mariage de mon oncle, c'est la personne, qui n'est pas comme nons la pourrions souhaiter. Mon oncle m'écrit fort souvent, et moi à lui, et nous ne parlons point de cela* II n'est pas encore certain qu'il soit marié* Cîomme ma tante s'oppose à cette a&ire-là et qu'il craint de perdre sa succession, cela le retient un pen^ Pour moi, je ne m'en mêle en façon du monde, comme je tous viens de dire, et je n'ai garde d'en user autrement, parce que mon. oncle pourrait me soupçonner d'intérêt et je n'aime pas à en être soupçonnée. 1 En somme, M. de Saint-Pons fiadt ce qu'on appelle un sot mariage. Qui donc éponse-t-il? Nous le saurons un pen, par le témoignage des MH. de Yillers, ces deux jeunes Hollandais qui firent un séjour à Paris en 1657 et au début de l'année suivante. Le 15 novembre, ils rendent visite à la nouveOe M"^ de Saint-Pons. C'est une très jolie femme. Et oes deux jeunes protestants, qui lui trouvent de la beauté, notent qu'ils ne lui trouvent que de la beauté pour tout agrément : elle n'a point, dans la conversa* tion, € cet esprit délicat et adroit qui, se rencontrant joint à cet avantage de la nature, eo rehausse le prix et en tend les charmes plus puissants ». Bon! ce n'est point une femme pour les MM. de Viliers; mais Gabriel Pena, seigneur de Saint-Pons, l'a jugée à son goM : il l'a épousée, bien qu'il sût € qu'elle avait été nnpeiii coquette >• U la surveille et, pour qu'elle ne continue pas à vivre ç de la même manière qu'elle
vivait avant qu'il fût son mari >, voici le moyen qu'il emploie. Il détourne son ardeur, c II lui permet de jouer tout autant qu'elle veut. Elle aime fort le jeu et, ayant moyen de satisfaire cette passion, elle est moins emportée pour la galanterie. > Ce n'est pas bète. Les jeunes Hollandais n'auraient pas imaginé cela : et sans doute M. de Saint-Pons, avec bonhomie et avec un peu de vanité satisfaite, leur a-t-il raconté son ingénieuse malice.
11°** de La Fayette avait donc quelques motifs de ne guère approuver le mariage de son oncle. Mais elle eut, toute sa vie, avec le soin de négliger ce qui n'élait pas son affaire, le soin de sa commodité : il lui parut commode de s'établir, avant que sa maison fût prête, chez M. de Saint-Pons, où elle avait le voisinage de M. Ménage et de l'hètel de Nnvers.
Les MM. de Villers la virent là : « Le 4® [janvier 1658], i'aprës-dtnée, nous allâmes voir la marquise de La Fayette... > Je ne sais pourquoi ils lui donnent ce titre qu*elle ne leur demande pas... « C'est une femme de grand esprit et de grande réputation, où une fois du jour on voit la plupart des polis et des bien<lisants de cette ville. Elle a été fort estimée lorsqu'elle était fille et qu'on la nommait M"' de La Vergue et elle ne l'est pas moins à présent qu'elle est marién. Enfin c'est une des précieuses du plus haut tang et de la plus grande volée. » Ces Hollandais ont quelque chose de provincial dans leurs admirations comme dans leurs dédains. S'ils appell^^nt M°^ de La Fayette une précieuse, ils ne sont pas fins connaisseurs. Mais ils ne se trompent pas à constater qu'elle a une grande réputation et reçoit la compagnie la plus élégante et lettrée. Ses amis, qui regrettaient
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4Son éiablissement eu Auvergne, firent fête à son retour; et, si accoutumée qu'elle fût à la campagne, elle s'amusa de Paris qu'elle retrouvait.
Parmi ses familiers, il y a Ménage, si content de la revoir : elle, contente aussi de le revoir, et qui remploie à mille sollicitations et démarches; car elle n'oublie pas ses procès, qui sont l'un des motifs, et le principal, de son voyage. En ce temps^-là, Ménage prépare la troisième édition de ses Poemata^ qui doit paraître à l'automne chez Courbé. Trois éditions déjà? Les malins disent qu'on aurait tort de supposer que l'cBuvre poétique de Ménage s'enlève si promptement : c'est qu'il s'avise de ne tirer qu'à très petit nombre; et quasi tous les exemplaires de chaque tirage, il les distribue. Ménage est vaniteux : et il s'enorgueillit du chiflre de ses éditions comme s'il ne le devait point à son caprice. Mais, chaque fois, il ajoute & son titre ces mots : auçUor H emendaiior. C'est la vérité. Il ne cesse de reprendre ses poèmes, de les corriger, de les polir et de les enrichir. Une des nouveautés les meilleures de sa troisième édition est «ne ballade pour M"^ de La Fayette.
Pendant son séjour à Paris, a-t*elle revu cette petite de la Loupe, sa périlleuse amie d'autrefois, devenue comtesse d'Olonne, et de qui le comte d'Olonnearmoins de plaisir que bien d'autres ? Ce n'est pas sûr. M"^* d'Olonne mène la vie la plus dissipée. Gomme si elle vouait dérouter la médisance ou l'occuper à de moindres anecdotes, elle fait parler de ses excentricités, qui donnent le change sur ses déportements. Elle s'est liée avec M'^^ de Roquelaure V et toutes deux ont adopté le costume assez masculin de la reine de Suède, le justaucorps ^t les allures très gaillardes. MM.de Caudale
etde laFeuillade leurfont habituellement compagnie; M. Servien donne, en l'honneur de ce quadrille, des fêtes magnifiques en son palais de Meudon et sur la Seine à bord de son bateau charmant. Puis le 13 décembre 1657 , If"* de Roquelaure trépasse : un grand chagrin pour |[iiu d'Olonne, qui tombe malade et qui est en danger de perdre une jambed'une fluxion qui s'y est jetée; l'on craint la gangrène. M""* d'OlonuQ se rétablit, garda sa jambe et devint plus folle que jamais. Cependant, elle avait ses entrées à la cour. Mais, au mois de juillet 1658, le roi, qui avait accompagné son armée au siège de Dunkerque et de Bergues, au fort de Mardick, en pleine chaleur d'été, dans un pays de marais, prit la fièvre maligne, et pensa mourir, et serait mort si ne l'avait sauvé la saignée, disait Guy Patin, l'émétique, disait le concurrent de Guy Patin. Les courtisans, lorsqu'il était à l'extrémité, furent imprudents
• et firent à Monsieur maintes démonstrations prématurées. Les petites femmes du genre de M"^** d'Olonne, et d'autres qui n'avaient pas l'excuse de sa déraison, préféraient au roi Monsieur, qui était fort dépravé. Le 22 octobre. M"""" de La Fayette écrit à Ménage, et rinterroge sur son ancienne amie : t Vous me feriez plaisir de me mander où est cette belle. Comme je n'ai point eu de ses nouvelles depuis que je suis partie de Paris, je me suis imaginé qu'elle n'y était pas revenue de crainte d'avoir un ordre d'en sortir, aussi bien que M*"* de Choisy; car, s'il vous en souvient, le bruit courut pendant la maladie du roi qu'elles avaient écrit toutes deux à Monsieur. » M"'* de La Fayette, assurément, n'est pas en de telles aventures ; mais de
* telles aventures ont recommencé delà divertir*
De meilleures relations, plus constantes et plus