LE PETIT JE0 DBS PORTRAITS
sérieuses, c'est M°^ de Sévigné : nous en aurons le témoignage ; et la famille de Rambouillet. Cette annéelà, M"** de Rambouillet mariait sa fille plusjeune, qui épousait le comte de Grignan, lequel devait plus tard devenir le gendre de H"^* de Sévigné.
Si amusée qu'elle fût de se retrouver à Paris, M*"* de La Fayette eut pourtant k s'y ménager. Elle y arrivait grosse de sept mois. Elle mit au monde, vers le mois de février, son premier enfant, Louis de La Fayette, qui fut baptisé à Saint-Sulpice le 7 ms^rs et qui eut pour parrain Léonard Rivaux, pour marraine Jeanne Petit, « tous deux pauvres », dit Tacte de baptême : il y a là, de la part de la mère, un désir ou peut-être un vœu d'humilité. L'enfant continuera la vie chrétienne qu'il a commencée dès ce jour : il devint l'abbé de La Fayette, bien qu*il fût Talné» Elle, M"** de La Fayette, on ne sait pas du tout comment la maternité l'occupa. Elle ne parle nullement de ses fils quand ils sont petits et, dans seslivres, il n'y a point d'enfants.
L'événement, à Paris, cette saison-là, ce fut le* retour de Mademoiselle, réconciliée avec la cour et qui, dans son palais de Luxembourg, s'établit magnifiquement. Les MU. de Villers l'ont vue arriver, le 18 septembre 1657. Les Parisiens, sur le Pont-Neuf, accueillaient par des ovations cette < vraie amazone ih de la guerre civile, dont ils aimaient la légende^ l'allure et l'humeur populaire. Au bout de quelque» jours^ elle partit encore, ayant affaire en province; mais elle revint le 31 décembre et, cette fois, pour l'hiver au moins : l'on s'attendait qu'elle fût brillante à l'époque du carnaval. Le Luxembourg donna des^ fêtes et des bals. Mademoiselle avait des violons;
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mais ordinairement, dit l'abbé de Ghoisy, € on les faisait taire, pour danser aux chansons : c'est si joli de danser aux chansons I » Il y avait aussi des jeux plus simples, tels que le colin^maillard; et tous les badinages de société, la comédie, la conversation, la médisance : Mademoiselle n'interdisait que les cartes, en grand honneur à la cour et qu'elle accusait de coûter cher et' de nuire à la gaieté.
Mademoiselle avait passé à peine la trentaine. Elle gardait ce qu'elle appelle sa < bonne mine », son visage célèbre, au long nez, les yeux bleus, la bouche un peu grande, le menton joli à fossette et les cheveux cendrés, quelque chose de prompt, de hardi; une grande femme, un peu négligée dans son accoutrement, très agitée et qui semblait toujours descendre ' de cheval, moins de grâce que de santé, les mains imparfaites. Les malveillants jugèrent, à son retour, qu'elle n'avait plus aux joues « la fraîcheur <des roses nouvellement épanouies ». On l'avait connues blanche et rose. Ce qui lui arrivait, ce n'était pas seulement de vieillir, à trente ans, mais hélas! d'être démodée. En se réconciliant avec la comr, elle avait en quelque manière signé son abdication* Après avoir été une héroi'lie de désordre, elle voyait sa destinée achevée, quand s'établissait dans le royaume l'ennemi de sa fantaisie aventureuse, l'ordre. Elle était une princesse féodale qui, dans la monarchie bien réglée, demeurait sans nul emploi. Le pardon 'du roi l'avait assommée. Puis < on va de Tamoùr à l'ambition, dit La Rochefoucauld; mais on ne va pas de l'ambition à l'amour ». Elle avait, pour l'ambition, négligé l'amour au temps le plus opportun : voici qu'elle songe à l'amour, assez tardivement et après