CHAPITRE CINQUIÈME
tion détaillée, en deux fort longues dépêches autographes, qui, grâce à Dieu, sont entre nos mains !. Commençons par dire que la relation de Mazarin et l'abrégé de celle de Richelieu s'accordent sur tous les points essentiels ; que les deux récits se confirment l'un l'autre et attestent la parfaite exactitude et sincérité des deux grands diplomates. Mais d'ailleurs sur le même fond quelles différences ! En quelques traits Richelieu résume l'entretien ; il court au dénoûment, et, tout en reproduisant fidèlement le principal des raisons que Mazarin lui donna en faveur de la suspension d'armes, il fait surtout valoir les siennes contre tout délai, expose et défend sa politique. Mazarin, sans s'oublier lui-même, laisse Richelieu sur le premier plan et le fait paraître tour à tour avec les diverses nuances de son esprit et de son caractère, aimable quand il veut l'être, aussi prudent que résolu, obligé de compter avec sa belliqueuse alliée, la république de Venise, et sachant aussi lui résister, plein de confiance et d'abandon avec ses amis et les admettant volontiers à ses délibérations les plus secrètes comme un homme sûr de lui et qui saura bien prendre son parti, et, lorsqu'il l'a pris, n'écoutant plus rien et ne songeant qu'à l'exécution. Richelieu est net et précis, mais un peu sec ; Mazarin abonde en détails qui
1 Première et deuxième dépêches du 14 février, de Bologne.
donnent aux choses et aux hommes leur juste mesuré et leur vraie physionomie. Aussi ses personnages sont vivants : on les voit, on assiste à leur conversation ou plutôt à leurs diverses conversations, car il y en a eu plusieurs dans la même journée ; et malgré la réserve et la circonspection que s'impose le jeune chargé d'affaires en écrivant à un cardinal romain médiocrement ami de Richelieu, on sent que cette compagnie nouvelle exerce déjà sur lui un attrait qui finira par lui devenir irrésistible.
Voici les préliminaires et comme Tavant-scène de ce petit drame.
Mazarin était arrivé à Lyon le 28 janvier dans la soirée. À peine était-il descendu à une auberge, que le cardinal averti de son arrivée lui envoya dire qu'il désirait le voir, et le pria de se rendre chez M. d'Àlincourt, de la maison de Villeroi, gouverneur de la ville et de la province. Celui-ci le reçut avec de grandes démonstrations de politesse, et voulut le conduire à une maison où il trouverait un logement convenable. Mazarin s'en étant défendu en alléguant qu'il avait un logement préparé chez un de ses compatriotes, d'Alincourt insista du moins pour l'y accompagner, et il ne le quitta qu'après avoir bien recommandé à son hôte d'envoyer chercher au palais du gouvernement tout ce dont il aurait