‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 103 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

mais ils n'occupaient qu'un certain nombre de lieux, et peut-être aujourd'hui consentiraient-ils à en occuper encore moins, les affaires de l'Espagne n'allant pas assez bien dans le monde pour la rendre très-exigeante. Après avoir obtenu avec tant de peine des couronnes de France, d'Autriche et d'Espagne qu'elles nommassent trois plénipotentiaires pour traiter d'une paix solide en Italie, le pape conjurait la France de ne pas être un obstacle à ce que ces plénipotentiaires se pus* sent assembler pour arriver enfin à cette paix si désirée. Mazarin ne pouvait pas croire. qu'ayant trouvé des dispositions favorables dans un milifcre tel que le maréchal de Créqui, ce serait du cardinal que viendraient les difficultés, et il le croyait d'autant moins que la réunion demandée ne pouvait que tourner à l'honneur et à l'avantage de la France. En effet, ou le congrès aboutirait à une paix raisonnable, et la France aurait ce qu'elle souhaite ; ou bien la paix ne se ferait pas malgré sa bonne volonté et sa bonne conduite, et alors la France serait d'autant mieux justifiée d'avoir recours à son épée qu'avec des armées formidables et des préparatifs de guerre tels qu'on n'en avait pas encore vus1 elle avait

Première dépêche du 14 février, c Con eserciti formidabili et apparecchi mai più visli. » Exagération adressée à l'amour-propre de la France et de Richelieu.

condescendu aux négociations qui avaient paru convenables. La chrétienté tout entière l'approuverait de faire la guerre, et prendrait en haine ceux qui l'auraient rendue nécessaire. Très-vraisemblablement aussi les ennemis de la France ne tarderaient pas à se diviser, et l'Empire pourrait fort bien se séparer de l'Espagne, s'il reconnaissait qu'elle n'avait demandé un congrès que pour tout entraver, tandis que l'Empereur voulait sincèrement la paix. Ainsi la France n'avait qu'à gagner aux négociations préparées et à la suspension d'armes qui en était l'indispensable condition.

Richelieu laissa parler Mazarin sans l'interrompre, se bornant à le bien regarder et à le bien écouter ; ensuite, au lieu de discuter les diverses parties de cet habile discours, comme d'ordinaire il se plaisait à le faire didactiquement et même un peu pédanlesquement, à la façon des théologiens, aussi opiniâtre dans ses résolutions une fois prises que circonspect et lent à les prendre, il répondit à Mazarin que le roi de France désirait extrêmement la paix, mais qu'il la voulait prompte et sûre, et qu'il n'était pas du tout disposé à s'en laisser imposer par la stratégie accoutumée de la diplomatie espagnole dont la constante habitude est de traîner les choses en longueur pour profiter des occasions avantageuses

qui pouvaient se présenter. L'Espagne ne se tient pas pour engagée par les paroles qu'elle donne, et elle sait toujours interpréter le texte à sa guise l , comme on Ta vu dans les traités de Suse qu'elle a fort bien acceptés se sentant faible, et qu'elle a éludés dès qu'elle s'est crue forte ; aussi ne la croirait-on pas alors même qu'elle dirait la pure vérité. Le roi désire la paix, mais il ne la juge pas possible en ce moment, parce qu'il ne voit pas les Espagnols disposés à la faire surle-champ, et à donner d'autres sûretés que leur parole. C'est lui-même qui a conseillé au roi d'en finir avec l'affaire d'Italie; mais un si grand roi ne pouvant pas quitter chaque année son royaume pour venir traiter avec un gouverneur de Milan, il a paru suffisant qu'il donnât ses armées à conduire à celui de ses ministres qui a la principale part en sa confiance et que les grands du royaume ne feraient pas difficulté de suivre. Sa Majesté s'est donc décidée à l'envoyer en Italie, lui faisant faire là un métier fort éloigné de celui d'un prêtre *. Mais malgré tous les pouvoirs dont le roi a daigné le revêtir, il n'a pas celui d'accorder une suspension d'armes; et l'eût-il, il n'en ferait point usage ici, ne voyant dans cette sus-

1 Première dépêche du 14 février, c Havendo sempre l'esplica* tione del testo a lor modo. »

1 Ibid. : « Facendolifarprofessione lontana da quella di prête. •

pension qu'un nouvel artifice des Espagnols pour gagner du temps et se mieux préparer à la guerre. Si l'Espagne avait eu l'intention d'arranger les affaires d'Italie, ni le temps ni les moyens ne lui ont manqué, le roi Très-Chrétien s'étant montré prêt à accepter toutes les propositions sérieuses qui lui seraient faites. On se doit bien persuader que cette seconde expédition en Italie n'est point une menace vaine ; on a beau répandre le bruit qu'il ne passera pas Lyon, il va, aujourd'hui même, continuer sa route avec toute la diligence possible. Il marche au secours du duc de Mantoue qu'on opprime, et se rend à Casai ; il lui faudra bien vingt-cinq ou trente jours pour y arriver; si, pendant ce temps, on veut loyalement ce qu'on sait bien que le roi souhaite, et ce qu'il est déjà venu faire Tan passé, lui cardinal sera charmé de retourner en France; car son vœu, son intérêt le plus cher est d'être auprès du roi; mais avant de quitter l'Italie, non-seulement il veut voir Charles de Gonzague obtenir l'investiture qu'il sollicite si justement, et les armées impériales sortir des Grisons, mais il lui faut de solides garanties qu'à l'avenir ni l'Empereur ni le roi Catholique ne tourmenteront sous aucun prétexte le duc de Mantoue. 11 est absolument nécessaire d'établir si bien la tranquillité de l'Italie que le roi de France ne soit

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