‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 104 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

pas obligé chaque année de passer les monts, sur un caprice des Espagnols. Telle est sa résolution bien arrêtée, et quand Mazarin lui parlerait vingt années, il ne l'ébranlerait pas \

Là-dessus, sans répondre à tout ce que lui avait dit Mazarin, et sans lui donner le temps de répliquer à ce qu'il venait de lui dire, Richelieu se leva, prit par la main son jeune interlocuteur, et Temmena déjeûner avec lui, en lui disant qu'il pourrait lui faire ensuite tous les discours qu'il voudrait, mais que pour la suspension d'armes il était superflu d'en parler.

A ces manières ouvertes et décidées, qui lui rappelaient, avec tout autrement de grandeur et de force, celles du maréchal de Créqui, à cette politique, non certes pas sans prudence mais sans artifices, qui n'ayant que de bons desseins marchait à leur accomplissement sans masque et sans détour, Mazarin put se confirmer dans ce qu'il savait déjà du caractère français et de celui

1 Première dépêche du 14 février, c Che se io l'havessi trattato 20 anni, non sarebbe riceduto mai dà quello mi diceva. » Tout ce passage est le développement de celui-ci de Richelieu, t. V, p. 585* 386 : t Le sieur Mazarin étoit venu à Lyon de la part de Sa Sainteté pour faire instance extraordinaire vers le cardinal d'accorder une suspension d'armes, représentant que c'était le moïen de Tenir à une bonne paix. Le cardinal lui répondit .qu'il ne pouvoit approuver ladite suspension, parce qu'il en avoit défence de Sa Majesté, et quand il en auroit le pouvoir, il ne l'estimoit pas raisonnable, ni propre aux fins qu'elle étoit demandée. »

de Richelieu. Il vit bien qu'il ne vaincrait pas aisément un refus fondé sur de tels motifs; mats, lui. aussi, il avait un bon, un grand dessein, la paix de l'Italie ; et la conscience de l'excellence de ses intentions lui donnant du courage, il n'hésita pas à revenir à la charge, et il finit par gagner quelque chose sur l'inflexibilité du cardinal, dans la seconde partie de cette curieuse conférence, ainsi que nous allons le voir.

Après le déjeûner, ils étaient rentrés dans le cabinet de Richelieu. I^à, Mazarin, reprenant la parole, dit au cardinal que les trois choses qu'il venait de réclamer, l' investiture pour le duc de Mantoue, la sortie des Impériaux des Grisons, et de suffisantes garanties pour l'avenir, étaient aussi justes en elles-mêmes que nécessaires à rétablissement d'une paix durable, et qu'il ne doutait point que la France ne les obtint de l'assemblée des plénipotentiaires, si cette assemblée se pouvait réunir au moyen d'une trêve quelconque, non pas déclarée, si on y voyait de l'inconvénient, mais tacite. Il ne demandait pas que le cardinal suspendît sa marche d'une heure ; il demandait seulement que, pendant le mois reconnu nécessaire pour aller jusqu'à Casai, on se donnât parole de laisser les choses en l'état où elles étaient dans le Mantouan et le Montferrat, afin que le cardinal légat se pût rendre au lieu

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