CHAPITRE CINQUIÈME
où se tiendrait rassemblée, et que Spinola et Collalto pussent s'y rendre aussi de leur côté, ce qui leur était impossible sans une trêve, la crainte que leurs troupes ne fussent d'un moment à l'autre attaquées ne leur permettant pas de s'en éloigner. Pendant tout ce mois, l'armée française n'avait autre chose à faire qu'à marcher ; et en quoi en serait-elle empêchée par la trêve et parce que les plénipotentiaires s'assembleraient? Le cardinal peut donc sans danger accorder la trêve demandée pour le temps qu'il mettra à passer en Italie ; et si en approchant du Monlferrat il trouve la paix fort avancée, il verra s'il lui convient de s'arrêter pour l'achever. Mazarin le supplia de considérer que le pape envoyant un prince de l'Église, son propre neveu, avec le titre de cardinal légat, s'interposer entre des armées catholiques déjà placées en face Tune de l'autre et prêtes à en venir aux mains sous la conduite de capitaines passionnés pour la gloire militaire, il était bien difficile de refuser à un tel personnage les moyens d'accomplir sa sainte mission, et de manquer à ce point au Saint-Père. Àutarçt les Français auraient gagné dans l'opinion du monde en se montrant animés du désir de la paix et /a-, vorables à tout ce qui pouvait l'amener, autant ils se feraient tort en laissant paraître des sentiments contraires, et les Espagnols et les Impé-
riaux intéresseraient l'Europe à leur cause s'ils parvenaient à établir qu'ils ne font la guerre que par nécessité, après avoir tout fait pour l'éviter, et avoir offert de remettre les Grisons en leur ancien état et de donner l'investiture au duc de Mantoue, sans demander autre chose, par pur motif d'honneur, qu'un dédommagement pour le duc de Guastalla.
Mazarin allait encore faire valoir d'autres raisons qui lui paraissaient très-fortes, quand le cardinal lui dit avec impatience qu'il battait lfeaul en renouvelant ses instances pour une suspension d'armes à laquelle il lui avait déjà déclaré qu'il ne pouvait consentir en aucune façon. Si les Impériaux et les Espagnols^ désirent tant la paix, pourquoi ne la font-ils pas sur-lechamp avec lui, qui a pour cela les pouvoirs suf* lisants? Pendant le mois qui va suivre, l'armée française pourra, dit-on, continuer à marcher : non, car elle se débandera dès qu'elle verra qu'il y a suspension d'armes; il ne sera pas possible de retenir sous le drapeau des gentilshommes attirés par l'appât de la guerre, et qui, se sentant désormais inutiles, s'en retourneront chez eux ; surtout il ne faut pas espérer faire
1 Première dépêche du 14 février. « Tornô a dir mi che pestavo l'aqua corne si suol dire. » Sous cet italien on sent le ton et le langage de Richelieu.