‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 107 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

favorable à la tranquillité du monde chrétien.

La conclusion fut qu'il ne serait plus question d'une suspension d'armes; et, quant à la nouvelle proposition , Richelieu dit à Mazarin qu'il y réfléchirait, et qu'il lui ferait réponse après en avoir délibéré avec l'ambassadeur de Venise.

Ainsi ge termina ce second entretien \ où en vérité on ne sait qu'admirer le plus, ou la capacité précoce du jeune diplomate, son adresse, sa dextérité, la fécondité de ses ressources, le talent de l'insinuation et de la persuasion; ou bien l'aplomb magistral de Richelieu qui ne s'écarte jamais de son but, reste ferme et constant dans ses desseins, en prêtant toujours l'oreille aux conseils de la raison et de la prudence.

La conférence levée, avant de la reprendre et d'avoir avec Mazarin une troisième et dernière

1 En voici le résumé dans Richelieu, t. V, p. 386 : « Mazarin inférant de là (voyez le commencement du passage, plus haut, p. 211) que les François ne vouloient point de paix, le cardinal lui répondit qu'au contraire ils ne s'en éloigneroient point en aucune façon, pourvu qu'elle fût prompte et assurée, et par conséquent sans suspension. Mazarin représentant sur ce sujet qu'il était impossible de faire la paix si on n'en parloit auparavant, et que, pour cet effet, au moins seroit-il du tout nécessaire que le maréchal de Créqui s'avançât jusques à Casai pour voir, sans suspension, en six jours, ce qui se pourroit faire, le cardinal demanda le temps de communiquer cette proposition à l'ambassadeur de Venise, » etc.

conversation, le cardinal assembla ceux de ses amis qui étaient sous sa main, et leur soumit la nouvelle proposition. On tomba d'accord qu'on pouvait l'accepter et faire dire en secret au duc de Mantoue et au commandant des troupes autrichiennes dans le Mantouan de rester dans leurs positions, respectives pendant quelques jours, pour que Collalto pût s'avancer vers Casai, en même temps qu'on écrirait au maréchal de Créqui de s'y rendre sous quelque prétexte. Cette résolution prise, un des membres de ce petit conseil, Servien, à la fois magistrat, administrateur et diplomate, qui agréait fort au cardinal par la netteté et la fermeté de ses avis, alla de sa part trouver Soranzo, l'ambassadeur de Venise, et l'instruire de ce qui venait d'être convenu. Mais Soranzo avait des instructions de son gouvernement, tout à fait semblables à celles de ses deux collègues de Turin et de Mantoue, et qui consistaient à pousser la France à la guerre par tous les moyens , et à exciter le cardinal à franchir les Alpes le plus tôt possible. Aussi tous les jours que Richelieu restait à Lyon étaient à Soranzo des jours de supplice *. il reçut donc assez mal Servien ; il prétendit que tous les discours

1 Deuxième dépêche du 14 février : t Bassompier mi assicuro che li 8 giorni che il signor Cardinale s' era trattenuto in Lione Tambasciatore haveva viste le pêne délia morte. »

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