CHAPITRE CINQUIÈME. 2*i
deMazarin étaient des artifices des Espagnols inventés pour endormir Richelieu; il écrivit même un billet au cardinal, où il lui répétait à peu près les mêmes choses, en ajoutant que la seule apparence d'incliner à la paix pouvait tout perdre ; que si le duc de Savoie s'en doutait il se garderait bien de se déclarer, et conserverait sa neutralité équivoque; que le zèle même de la République en serait très-refroidi. Ce billet de Soranzo piqua Richelieu ; il le fit appeler, et, en présence du maréchal de Schomberg, pour lequel il n'avait point de secrets1, il lui dit qu'il ne pouvait comprendre quel mal pourrait faire une course de Créqui à Casai, pendant que lui-même, avec Tannée, continuerait de s'avancer sans admettre ni délai ni suspension d'armes, et il ne se gêna pas pour faire cette remarque que Messieurs de Venise, qui mettaient tant d'énergie à repousser toute proposition de paix, en devraient bien montrer autant contre les Autrichiens V
On s'occupa ensuite de concerter et de bien arrêter la réponse qu'attendait Mazarin. On le manda, on l'introduisit de nouveau dans le cabi-
1 Deuxième dépêche du 14 février. « H marescial di Sciombergh è a parte di tutti i negotii del sign. Cardinale. »
1 Ibid. « Lor signori che sono cosi duri in voler ammettere i trattati di pace dovevano essere ancora i primi ad attacar li Austriaci. »
net du cardinal, qui, lui adressant la parole devant Schomberg et Soranzo, lui annonça que sa proposition était agréée, qu'on écrirait à Créqui pour l'autoriser à se rendre à Casai, où l'appelaient aussi d'autres affaires, qu'il entendrait les projets de paix qui lui seraient apportés, et qu'il avait l'ordre d'accueillir celui de ces projets qui lui paraîtrait conforme .aux intentions du roi; que d'ailleurs pendant ce temps-là Lui-même arriverait à Suse, et mettrait la dernière main aux négociations commencées l. Il rappela ce que voulait la France avec tant de netteté et de précision, que Mazarin n'eut pas de peine, à la sortie de la conférence, de mettre par écrit les paroles du cardinal et de Jeur donner la forme d'articles. Cependant l'ambassadeur vénitien, se mettant de la partie, en revint à ses propos ordinaires, que toutes ces démonstrations pacifiques des Impériaux et des Espagnols n'étaient que des
4 Voici l'équivalent et l'abrégé de tout cela dans Richelieu, t. V, p. 386 : « Le cardinal demanda le temps de communiquer cette proposition à l'ambassadeur de Venise, et, l'ayant fait, répondit que s'il ne tenoit qu'au voyage dudit sieur de Créqui qu'on ne fit une bonne, prompte et assurée paix, il ne le refuseroit point, et que, partant, si le cardinal légat faisoit savoir au maréchal de Créqui qu'il désiroit qu'il y fit un voyage, il lui écriroit à cette fin, pourvu que ce fût sans suspension, et sans que cela dût retarder un moment l'avancement des armes du roi ni éter la liberté aux uns et aux autres d'agir hostilement comme bon leur semble-: roit. »