CHAPITRE CINQUIÈME
artifices, et prouvaient seulement qu'ils avaient peur de la guerre. A l'entendre, Spinola n'avait pas plus de dix mille hommes, 1 armée autrichienne était fondue, et son général, après avoir bien pillé etvolé, ne demandait qu'à s'en revenir en Allemagne jouir de ses richesses. Soranzo ne parlait qu'avec mépris des Autrichiens, et, dans son ardeur guerrière, il les dispersait et les mettait à néant. L'ancien capitaine d'infanterie crut devoir relever un peu vivement ces bravades. Le cardinal lui frappait de temps en temps le pied en lui disant : « Jeune homme, un peu de pa- « tience ; » et, se penchant vers le maréchal de Schomberg, il lui disait à l'oreille : « Il a raison. » Puis, s'adressant à Soranzo, il répondit à toutes ses déclamations que le service de la France et de ses alliés n'exigeait pas du tout qu'on ménageât si peu l'honneur et la réputation de l'Autriche et de l'Espagne. Sur cela, il rompit la conférence, et, le jour même, il s'achemina du côté de Grenoble avec tout son état-major, faisant état d'être à Suse le 14 février et le 5 mars à Casai. Mazarin l'accompagna jusqu'à su voiture. Le cardinal l'embrassa, comme il faisait ceux dont il était content et dont il voulait se faire aimer, et il lui dit ces derniers mots : «Ayez soin « de bien dire au Saint-Père quel dévouement « professe pour lui la France, et que je suis prêt
« à faire ou la paix ou la guerre, comme il plaira « à Sa Sainteté1.»
Evidemment Richelieu, qui chercha toujours à se feire partout des créatures, et qui devina bien vite le mérite de Mazarin, avait mis du soin et une sorte de coquetterie à ce que le jeune chargé d'affaires pontifical fût satisfait de lui. Il y réussit; lui-même le remarque en ses Mémoires2. De son côté Mazarin, en rendant
1 Deuxième dépêche du U février. « Itispondendo coq qualche senso air ambasciatore di Venetia che parlava annihilando H Austriaci, il Cardinale mi (occo più volte i piedi, dicendomi che havessi patienza, et a Sciombergh intesi quando li disse che havevo ragione... Mi licentiai doppo dal signor Cardinale, et accompagnatolo alla carrozza m'abbraccia e mi disse : Ricordatevi di rappresentar bene a S. Santità la divotione che li professa la Francia et i miei sensi tanto volti alla pace quanto alla guerra, nel modo che la S. Santità vorra. » — Tl eA impossible que Soranzo n'ait pas envoyé à son gouvernement une dépêche sur son séjour à Lyon et sur l'importante conférence à laquelle il avait pris part. Cette dépêche doit se trouver aux archives de Venise, et elle nous eût été un nouveau moyen de contrôle et d'information que nous aurions bien voulu joindre aux deux récits de Richelieu et 'de Mazarin. Mais on ne peut pas tout faire, et nous nous bornons à soumettre nos regrets et un reste d'espérance à M. A. Baschet, qui a pris possession en quelque sorte des précieuses archives, et nous a été plus d'une fois si secourante.
* Richelieu, t. V, p. 386 : « Mazarin sembloit bien intentionné à la paix, pour laquelle il assuroit que Colalte et le marquis Spinola avoiènt de l'Empereur et du roi d'Espagne toute sorte de puissance. Il partit de Lyon le 29 janvier, fort satisfait, des serviteurs du roi (entendez par là Richelieu), témoignant connoitre que les intentions de S. Majesté étoient du tout justes et avantageuses au bien de la chrétienté, t