CHAPITRE SIXIÈME
Hazarin avait passé quelques heures dans cette ville en s'en retournant à Turin, et il y avait trouvé le prince de Piémont en de bien autres dispositions que la première fois. Après avoir essayé d'arrêter Richelieu à Faide des diverses propositions qu'avait été lui porter le comte de Saint-Maurice, Victor-Amédée voyait avec une peine extrême les Français s'avancer de nouveau à travers ces défilés des Alpes dont sa maison croyait seule tenir la clef; et, quoique nous ne fissions autre chose qu'user de l'un des articles les plus formels des traités de Suse, quoique le prince eût lui-même envoyé Saint-Maurice s'entendre avec le cardinal sur les routes qu'on devait suivre, dans un mouvement de colère et d impatience, Victor-Amédée songea, dit-on, à résister et à nous barrer le chemin. Selon une tradition accréditée1, Mazarin lui ren-
1 Benedelti, p. 24 : « Pensô di rendergli un servizio pur assai importante e considérable col porlarsi immediatamente à Sciamberi per persuadere il Principe suo figlio, corne fece, à ritornarsene in Piemonte per sfuggire in consequenza la rottura manifesta che la sua presenza l'havrebbe astretto à fare con la Francia con danno irreparabile de' suoi stati. » firusoni,p. 156 : « Si condusse Mazarini à Sciamberi per tirare il Principe con vive rimostranze nella sua opinione, che non tornasse a conto délia casa di Savoia la sua rottura con la Francia. Dà che persuaso il Principe tornosi con esso à Torino. » Priorato, 1. 1", p. 10, dit la même chose, en mettant le prince Thomas au lieu du prince Victor-Amédée. Mazarin ne mande rien de pareil au cardinal Barberini, par discrétion peut-être; il dit seu'ement dans sa 3* dépêche du 14 février qu'il passa à Chambéry, à son retour de Lyon, comme il avait fait en y
dit alors un très-grand service. 11 lui fit sentir le danger d'une résolution aussi téméraire; que ce ne serait plus là une violation obscure des traités, mais une rupture irrévocable, et qu'il prendrait sur lui la responsabilité de la guerre. Il lui peignit l'armée française telle qu'il venait de la voir, irrésistible dans ce premier élan, et Richelieu inflexiblement attaché à ses desseins, ami fidèle,ennemi inexorable, sans aucun goût pour la violence, mais ne répugnant point aux mesures extrêmes, quand il les jugeait nécessaires, et capable au besoin de frapper des coups terribles. Il donna au prince le conseil de souffrir ce qu'il ne pouvait empêcher, et de revenir à Turin.
Ils ne tardèrent point à s'y retrouver. Mazarin instruisit le nonce Pencirole de sa conférence avec le généralissime français, de l'inutilité de ses efforts en faveur d'une suspension d'armes, et aussi de l'importante concession qu'il avait obtenue. Pencirole se chargea d'avertir le cardinal-légat et de concerter avec lui ce qu'il y aurait à faire au-
allant, et que, cetle fois, il trouva le prince de Piémont aussi contraire aux Français et à Richelieu que la première fois le prince avait eu Fair de leur être favorable. 3e dépêche : « Havendomi detto in Ciambri il principe di Piemonte (che ail1 andare à Lione trovai tulto inclinato a' Franasi e Richelieu et al ritorno poco gustato), che non sapeva che obligatione havesse la sua casa di dichiararsi e concedere gli stati agli eserciti del Christianissimo perche li de~ solassero, » etc.