‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 115 sur 282 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

près du maréchal de Créqui pour que celui-ci consentit à se transporter à Casai, tandis que le jeune et agile diplomate irait tâcher de faire accepter aux deux autres parties intéressées les conditions de paix posées par Richelieu, et en quelque sorte son ultimatum.

Mazarin l'avait rédigé lui-même en neuf articles distincts, dont les cinq premiers contenaient ce que le cardinal exigeait et les quatre autres ce qu'il accordait, la part de la France et celle de l'Autriche.

1° On donnera immédiatement au duc Charles de Gonzague l'investiture du duché de Mantoue et de celui de Montferrat; 2° l'Empereur retirera son armée de l'Italie et du pays des Grisons; 3° les Espagnols réduiront leurs troupes du Milanais à l'état ordinaire; 4° on conviendra d'une garantie, pour qu'à l'avenir ni l'Empereur ni le roi catholique n'entreprennent rien contre les intérêts du duc de Mantoue; 5° cetle garantie ne peut être qu'une ligue des princes d'Italie contre quiconque troublerait le duc de Mantoue dans la possession de ses États; 6° les Français sortiront du Montferra* en même temps que les Espagnols, et quand aussi les Impériaux sortiront du Mantouan; 7° les pré-

cédents articles exécutés, les Français restitueront Suse et quilteront l'Italie, non pas d'après le traité à faire avec l'Espagne et l'Empire, mais en

vertu du traité particulier qu'ils ont avec le duc de Savoie; 8° au lieu d envoyer de nouveau à Vienne des ambassadeurs demander à l'Empereur 1 investiture du duc de Mantoue, on mettra dans le traité que l'Empereur accorde cette investiture aux prières réitérées du roi de France et d'autres princes; ensuite le roi de France enverra un ambassadeur extraordinaire, personnage de haute qualité, remercier Sa Majesté Impériale ; et, si on le désire, la République de Venise enverra aussi un ambassadeur, pour le même objet, à la cour de Vienne; 9° dans le traité, il sera nettement exprimé que le duc de Mantoue reçoit l'investiture accordée avec l'intention sincère qu'il a toujours eue d'être un très-humble serviteur de Sa Majesté Impériale et de lui obéir en toutes choses; il sera même dit que le duc lui demanderait volontiers pardon, s'il croyait l'avoir offensée en quoi que ce soit1.

C'est au duc de Savoie que Mazarin communiqua d'abord ces conditions de paix. Charles-Emmanuel

1 Annexe à la deuxième dépêche du 14 février : « Le conditioni con le quali il Sig. Cardinale di Richelieu assentirà alla pace d'Italia sono le infra scritle. » A la marge sont les remarques de Mazarin, ou plutôt celles qu'il recueillit dans ses diverses négociations avec Spinola et Collai to, et qu'il rédigea un peu plus tard, pendant son séjour à Bologne. Ces neuf articles expriment si exactement la pensée du cardinal, qu'on les retrouve presque textuellement dans ses Mémoires, t. V, p. 395-395.

n'y fit aucune difficulté. Lui Jusqu'ici le public adversaire du duc de Mantoue, il déclara qu'il fallait lui donner sur-le-champ l'investiture et désintéresser le duc de Guastalla au prix de sacrifices dont il voulait prendre sa part. Devant la menace d'une guerre telle que celle qui pouvait à tout moment éclater, c'était à ses yeux un crime de s'arrêter à des pointilleries d'amour-propre. 11 vantait la loyauté de Charles de Gonzague, à laquelle l'Empereur se pouvait parfaitement fier. 11 approuvait fort la sortie des Impériaux des Grisons, qui lui promettait la sortie des Français de Su se, et il pressa Mazarin de se rendre au plus vite auprès de Spinola et de Collalto1. Mais, en même temps que la crainte présente le faisait parler ainsi, une haine profonde contre la France et Richelieu lui arrachait des plaintes qu'il ne sa-

1 Quatrième dépêche du 14 février: « Fui dunque dà S. AU., la quale m' apporté moite ragioni per 1 i quali si doveva dar subito questa investi tu ra per impedire il fuoeo che ad ogni momento si puol accendere senza speranza di poter lo estinguere cosi presto; e doppo haver detlo che per un tanto bene non si doveva guardare a puntigli di riputatione con molto senso, esaggerô sulla giustizia di Nivers, dicendo che lanto più se H deve credere a lui quanto ha poca occasion e di lodarsene, dissi che aggiustata l'investitura gli altri punli non erano considerabili, e gl' Imperiali per il ritiramento de1 Grigioni potevano obligare i Francesi à lassar Suza... che, se li interessi di Guastalla possono impeiire l'asseltamento, comple à tutti à contribuire qualche cosa per sopire queste difficollà, e che S. AH. non si ritirerà di far più di quelio li toccà... Mi liceimô incaricandomi la diligeuza, essendo il maie in crisi. »

vait pas toujours étouffer. Ce même Charles- Emmanuel qui, dans ses lettres à Vienne, se piquait de tenir de l'Autriche le Piémont comme un fief impérial, lorsqu'on l'invitait à exécuter sérieusement les traités de Suse, disait qu'il n'entendait pas être un vassal de la France, qu'on pouvait lui faire du mal, mais qu'on ne pouvait pas lui faire peur1. Il s'emportait contre les Vénitiens, qui engageaient le roi très-chrétien à se saisir de quelque bonne place qui assurât son prompt et facile passage en Italie, afin que ce qu'il y restait d'États indépendants ne fussent plus à la merci d'un coup de main des Impériaux et des Espagnols*. Mais n'était-ce pas là aussi l'intérêt du Piémont, s'il ne voulait pas être toujours aux pieds de l'Autriche? Charles-Emmanuel ne se souvenait-il plus des promesses d'Henri IV, et ces promesses, Richelieu ne les lui rappelait-il pas sans cesse? Perdait-il une occasion de lui représenter les innombrables avantages qu'il trouverait dans une union sincère et fidèle avec la France?

1 Troisième dépêche du 14 février : • Questa essageratione me la fece S. Alt. una voila dicendo ancora : Non voglio già cbe pensino di trattarmi corne un duca di Francia, dovendosi assicurare che possono ben farmi del maie, ma non intimorirmi. t

9 Quatrième dépêche du 14 février : n Che i Venetiani insinuant) al Christianissimo che è bene per sua riputazione e per tener à freno i pensieri de" Spagnuoli e per sicurezza de' principi d'Italia haver un passo franco di calar in essa. »

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Mais l'orgueil et la vengeance égaraient cette âme mal faite, et sur de frivoles apparences, sur des bruits mensongers, qui déjà lavaient trompé tant de fois, le duc de Savoie en était arrivé à se persuader que Richelieu marchait à sa perte, qu'il avait lassé la fortune, qu'après s'être élevé si haut il allait se précipiter lui-même, que sa prudence et son génie l'avaient entièrement abandonné, et que, poussé par une ambition inquiète et démesurée, il venait chercher son déshonneur et sa ruine en Italie1- Le contraste de pareils sentiments et de pareils propos avec ce grand empressement à souscrire à toutes les conditions de paix dictées par Richelieu ne trahissait-il pas dans la maison de Savoie les intrigues cachées que nous avons fait connaître, et qui ne pouvaient échapper longtemps à Mazarin?

De Turin, il se rendit à Pavie, où Spinola et Collalto s'étaient donné rendez-vous. Il v arriva

1 Quatrième dépèche du 14 février : « Disse che non si poteva prestar fede al delto signore, governandosi sempre conforme al suo avvanlaggio, ch' era tanto ambitioso che non poteva esser di meno che non havesse qualche gran machina in testa... e con molta ardenza proruppe che se non lo vedeva passare per i mezzi ragionevcli delta pace, si fabricava egli medesimo la sua rovina, e senza aHro che in questa occasione veniva à restituera a' Spagnuoli la riputatione toltali Y anno passato con la perdita délia propria; che forse la fortuna stracca ormai non avendo più dove inalzarlo V havrebbe abbandonato acciô précipitasse ; che non ha più alcun concetto délia sua prudenza et ingegno... »

le 8 février; Spinola vint le soir même, et sur-lechamp ils entrèrent en conférence1.

Mazarin dit à Spinola qu'il avait été chercher à Lyon rine suspension d'armes, et qu'il y avait trouvé la paix*. Il lui représenta Richelieu comme désirant très-sincèrement un accommodement raisonnable, n'ayant d'autre intention que de sauver le duc de Ma n loue, ne prétendant en aucune façon porter atteinte à l'honneur et à la renommée de l'Empereur et du roi d'Espagne, plein aussi de confiance dans la parole de l'illustre capitaine pour lequel il professait une haute estime; mais en même temps, n'entendant pas laisser l'armée française se consumer dans une inaction désastreuse, et bien décidé à en finir cette fois et à n'avoir point à recommencer chaque année de semblables expéditions. Le cardinal propose donc la paix, mais il la veut prompte et sûre; on bien il est résolu à la guerre. Au fond, tout le monde est d'accord, et on n'est séparé que par des malentendus. Que veut la maison d'Autriche? Ce n'est

1 Cinquième dépêche du 14 février : « Il giorno degli 8 stante giunsi in Pavia, dove arrivé la sera il signor Marchese Spinola, con il quale m' abboccai subito, dandoli parte de" miei negotiati nella forma che giudicai a proposito per muoverlo a facilitare Taggiustamento, e tacendo quelle riposte che potevano inasprire Y animo di S. E. »

f Ibid. « Li dissi che se ero andato à Lione per procurare la tregua havcvo trovato la pace. »

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