CHAPITRE SIXIÈME
un bref du Saint-Père, pria instamment Mazarin de lui en faire obtenir un double, afin de conserver et de transmettre à ses descendants ce monument de l'honneur que le pape lui avait fait. Spinola, vieux et malade, ne voulut pas rompre le carême, lui et son armée, avant d'avoir reçu une dispense du Saint-Père1. Sans doute la politique savait fort bien mettre à profit ce grand zèle pour ses propres fins, ou le faire taire lorsqu'il lui con-
venait ; et on vit l'Espagne, dans cette même affaire de Mantoue, lorsqu'elle était mécontente de l'intérêt déclaré du pape pour Charles de Gontague, s'emporter en plaintes amères, parler de réformer l'Église, et renouveler contre Drbain VIII la vieille accusation de se mêler de ce qui ne le regardait pas et des choses temporelles, au lieu de passer doucement sa vie à prier Dieu dans ce couvent privilégié appelé la ville de Rome*. Mais il n'est pas moins vrai que l'autorité du pape était
1 Dépêche du 23 février, d'Alexandrie : c II signor conte di Collalto roi ha pregato che, liavendo perduto il brève del quale Nostro Signore li fece gratia, voglia supplicare V. Sig. M us t. in suo nome a fargliene inviare un allro simile, desiderando conseryare per i suoi posteri gli honori che riceve délia Saniità Sua. • — c II Marchese Spinola non ha voluto ancor romper quaresima, cou talto che si trovi infermo, attendendo di costi la licenza universale per Tessercito cattolico di latticinii et ova, e mi ha detto che ne dovevo scrivere due parole à V. S. IUust »
• Richelieu, t. V, page 232 : « Les Espagnols commençoient à parler de réformer l'Église et le Pape, qui ne pensoit, disôient-ils,
alors très- considérable encore, et qu'en Italie, en Espagne, en Autriche, en France même, Tin* térêt religieux était le premier de tous, en réalité ou en apparence. Le chargé d'affaires du Saint- Siège était donc assuré de parler au cœur de Spinola en lui montrant combien les différends du roi catholique et du roi très-chrétien faisaient du mal à la cause sacrée de la religion, et que, pendant que deux armées catholiques, conduites par deux personnages aussi dévoués à l'Église qu'Ambroise Spinola et le cardinal de Richelieu, allaient en venir aux mains et s'égorger dans les plaines de l'Italie, le protestantisme prenait chaque jour de nouvelles forces et grandissait dans les Pays- Bas et en Allemagne, par les conquêtes des Hollandais et l'approche menaçante du roi de Suède V , Spinola répondit à Mozarin en le prenant à témoin qu'il l'avait, toujours vu animé du désir de la paix. Il lui dit qu'il la voulait aussi, comme le cardinal, prompte et sûre. Il convint que l'intérêt de l'Espagne n'était point d'avoir la guerre avec la France, et qu'il lui valait mieux s'accommoder avec elle en Italie, afin de n'avoir plus a penser qu'aux Pays Bas. 11 ne cacha point à
qu'à s'enrichir, lever des armées et fortifier des places, au lieu que sa charge est de prier Dieu. ». , ;i
1 Quatrième dépêche du 1 4 février : « Di venendo per essa (guerra) alla giornata poderosi li eretici in altre paiti. »