CHAPITRE SIXIÈME. 2ti
moindres détails d'exécution1. Tout devait être prêt et partout avant que lui-même en Dauphiné fit le premier pas irrévocable. La grande difficulté était de faire vivre l'armée qu'il conduisait et qui, avec les troupes restées en Italie sous le commandement de Gréqui, devait se monter à plus de vingt-cinq mille hommes. Notre flotte
du Levant était sans cesse occupée à transporter du blé et de la poudre à Antibes. Ou faisait à Briançon de grands amas de provisions. 11 ne s'agissait pas seulement d'avoir assez de vivres pour traverser la Savoie; il en fallait pour demeurer quelque temps à Suse, il en fallait pour aller de Suse dans le Montferrat et ravitailler Casai. Le munitionnaire général, d'Hémery. secondait admirablement Richelieu; mais P n'v avait pas d'artifices que le duc de Savoie n'employât pour échapper à ses plus étroits engagements. Il contrariait jusqu'aux marchés que nous faisions avec des entrepreneurs particuliers. On ne pouvait ni compter sur lui ni se passer de lui : on était obligé de le ménager, et d'en tirer le plus
1 On peut s'en convaincre en lisant les Mémoires de Richelieu, t. V et VI, et surtout les innombrables papiers qu'il a laissés et qui en sont en quelque sorte les pièces justificatives, le continuel et indispensable commentaire. Ces papiers sont aux Archives des Affaires étrangères, disséminés en divers fonds, France, Turin, Rome, Espagne, Angleterre, Allemagne, etc. 11 n'y a pas un de ces fonds qui ne mérite d'être soigneusement étudié.
qu'on pouvait avant d'en venir à une rupture ouverte.
Dès les premiers jours de février et de son arrivée à Grenoble, le cardinal avait dépêché à Turin d'Hémery, Servien et d'autres agents pour rappeler au duc de Savoie les obligations impérieuses qu'il avait contractées l'année dernière. Charles-Emmanuel recommençait toujours le même jeu : ne rien refuser, ne rien accorder, éluder et gagner du temps. Le H février, le maréchal de Créqui écrivait à Richelieu qu'il n'y avait point d'illusion à se faire sur les intentions du duc et sur celles de son fils. « Le père, disait le maréchal \ est ennemi de la France et le vôtre en particulier. Il sait que le Roi a connaissance de tous les traités qu'il a faits contre Sa Majesté par l'abbé Scaglia en Espagne et même en France. » La conclusion du maréchal était qu'on ne viendrait à bout de Charles-Emmanuel et de Victor-Àmédée qu'en leur faisant sentir de nouveau l'épée de la France. Le 15 février, le duc de Savoie, couvrant ses perfidies sous des empressements étudiés, envoya au cardinal, en Dauphiné, un des membres de son conseil d'État, le comte de Scarnafix *, lui annoncer que Mazarin
1 Archives des Affaires étrangères, Tunis, 1630, t. I*r; 11 février, f. 115.
« Ibid., fol. 126.