CHAPITRE SIXIÈME
étant retenu à Bologne auprès du cardinal légat, le nonce lui-même, monseigneur Pencirole, se disposait à venir lui faire part des négociations qui* avaient eu lieu à Pavie. On se souvient, en effet, que Mazarin, connaissant trop Richelieu pour lui apporter des paroles inutiles, avait décliné la commission dont l'avait voulu charger Spinola, et Pavait renvoyée à monseigneur le nonce, sous le spécieux prétexte que celui-ci aurait bien plus d'autorité. Pencirole vint donc le 19 février à Embrun essayer sur le cardinal son talent diplomatique. Richelieu ne comptait pas sans doute rencontrer en lui un Bentivoglio, mais il ne put s'empêcher d'être étonné l que le nonce ne semblât pas se douter des difficultés d'une affaire si compliquée. Cependant, voulant témoigner de son respect pour l'intervention du Saint-Père et de son constant désir de la paix, il remit à Pencirole un nouveau projet de traité. C'étaient à peu près les propositions déjà faites à Mazarin et qui avaient reçu à Pavie un accueil équivoque. Cette fois, elles étaient rédigées en treize articles qui devinrent, à Alexandrie, le. 27 février, le sujet
1 Mémoires, t. V, p. 407 : « Pencirole étoit arrivé le 19 à Embrun près du cardinal pour traiter de la paix, de laquelle il étoit très-désireux, mais peu fourni de moyens pour la faire, et si peu instruit des difficultés qui se pouvoient présenter que le cardinal en fut étonné. »
d'une conférence régulière à laquelle assistèrent Collalto et Spinola pour l'Espagne et l'Empire, l'abbé Scaglia pour le duc de Savoie, Pencirole et Mazarin au nom du Saint-Siège. La conférence admit plusieurs de ces articles, demanda des explications sur d'autres, en supprima quelquesuns et des plus importants qu'elle convertit en simples promesses à faire de vive voix, et elle en introduisit de nouveaux très-défavorables au duc de Mantoue.
Toutes les contestations finirent par se réduire à quatre points1 : 1° le duc de Savoie ne voulait plus être obligé de donner passage à la France à travers ses États quand il en serait requis, pour qu'elle pût aller au secours du duc de Mantoue : ce qui mettait Charles de Gonzague à la merci de la bonne volonté des Espagnols, des Impériaux et du duc de Savoie ; 2° Spinola se refusait à laisser insérer dans le traité aucun article qui se rapportât à l'exécution du traité de Monçon en ce qui regardait la Valteline et les Grisons, n'ayant pouvoir que pour l'affaire de Mantoue; 3° le plénipotentiaire impérial repoussait absolument l'idée d'une ligue ou confédération italienne en faveur de l'indépendance du duc de Mantoue : par conséquent le traité manquait de
! Mercure françois, 1650, p. 65.