CHAPITRE SIXIÈME
toute garantie pour l'avenir; 4° l'Espagne exigeait qu'il fût bien stipulé que, parmi les troupes étrangères que le duc de Mantoue pourrait prendre à sa solde pour le service de ses places de Mantoue et de Casai, il n'y aurait pas de Français même sous l'habit et sous le drapeau mantouan. Spinola insistait sur ce point avec la plus grande vivacité; il disait à Mazarin qu'il ne s'en départirait pas, eût-il perdu une bataille1. Mais ne souffrir à Casai que des soldats incapables de résistance ou d'une fidélité douteuse n'annonçait pas des intentions rassurantes; et le duc de Mantoue et le roi de France ne pouvaient subir une semblable condition, l'un sans abdiquer ses droits de prince souverain, l'autre sans abandonner son allié sans défense au milieu de ses ennemis. Ainsi on ne s'entendait pas, on ne pouvait pas s'entendre, et la France n'avait qu'une raison de ne pas rompre sur-le-champ, c'est qu'elle n'était pas encore tout à fait prête.
Elle le devenait tous les jours davantage. Marillac répondait de faire face à toute attaque sur la frontière de Flandre et d'Alsace. Bassompierre écrivait de Suisse qu'il pouvait compter sur dix
1 Lettre de Mazarin an nonce Pencirole, d'Alexandrie, 7 mars : • 11 sign. marchese mi hà detto, cioe quello di lasciar presidio francese in Monferrato, che, quando bene havesse perduta una battaglia, non lo consentirebbe in nessun modo. »
ou douze mille hommes. Toiras était sorti de Casai dans le plus grand secret, et il était venu à Gap trouver Richelieu. Le cardinal lui avait remis une forte somme d'argent qui pouvait suffire plusieurs mois aux besoins de sa garnison. Il avait enflammé le courage du brave officier en lui montrant le bâton de maréchal de France sur les remparts de Casai libre, et il ne lui # avait donné que cette seule instruction, bien digne de celui qui avait si vaillamment défendu la petite île de Ré contre toute une flotte anglaise : ne jamais se rendre. Enfin Louis XIII, après avoir encore une fois arrangé ses démêlés avec son frère en ajoutant de nouveaux bienfaits à tous ceux dont il l'avait déjà comblé l, excité sous main par Richelieu qui était bien aise de le soustraire aux influences qui l'entouraient à Paris, poussé aussi, il est juste de le reconnaître, par ses instincts de chevalier et de roi, avait quitté Fontainebleau, et s'avançait à Troyes* sur la route de Lyon, emmenant avec lui le régiment de Normandie et ses gardes, comme le solide noyau d'une seconde armée que Bassompierre et ses Suisses devaient grossir. Le maréchal de Créqui reçut donc Tordre de presser énergique-
1 Voyez Mercure françois, 1630, p. 40-58, les ordonnances royales du 25 janvier et du 5 février. 4 II y arriva le 1" mars.