‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 127 sur 282 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

çais commenceraient, mais qu'il lui fallait une garantie que les Piémontais suivraient '.

Tel était le traité qu'au nom du duc de Savoie le maréchal de Créqui remit le 23 février à Richelieu. Le cardinal passa outre, et las de ces négociations artificieuses, ayant achevé ses dernières dispositions et pris toutes ses mesures, il donna le signal à l'armée et franchit le mont Ce-

1 Nous avons trouvé ce projet de traité parmi les papiers de Richelieu, Archives des Affaires étrangères, Turin, 1630, t. I*r, fol. 133. Il y en a une autre copie, ibid. fol. 155. Viennent à la suite les réponses du cardinal. « Demandes ae M. de Savoie faites à sa prière par M, le maréchal de Créqui au voyage quil a fait à Ouïs, le 23 février. » « 1° M. de Savoie redemande la vallée de Ceseri, prie le roi d'en ôter ses garnisons, et dit que, se déclarant comme il fait dès celte lieure pour le roi contre les Espagnols, ce dont il fera tous effets qui se peuvent désirer entre le roi et lui, Sa Majesté ne peut retenir ce passage sans montrer trop de méfiance et de mépris de lui; promet qu'il ne passera aucunes troupes par ledit passage en cette occasion que celles que le roi ordonnera, et que s'il s'en présente d'autres il demandera des troupes de Sa Majesté pour s'y opposer, consent que s'il contrevient en cet article, les forces du roi qui seront en ses États s'en fassent raison elles-mêmes. 2° Demande qu'on juge le différend entre M. de Mantoue et lui (pour les indemnités convenues). 3° Demande qu'on lui paye les gens de guerre qu'il aura au-dessus de dix mille hommes de pied et douze cents chevaux, jusqu'au nombre de vingt mille hommes et deux mille chevaux, en cas qu'il les fasse voir en campagne. \° Demande quil puisse attaquer l'État de Gênes avec une partie de ses troupes et quelque nombre de celles du roi, M. le prince son fils se joignant a l'armée pour rompre dans le Milanais. 5° M. de Savoie demande encore qu'il ne rompe avec l'Espagne dans le duché de Milan qu'un jour après la France. »

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nis : dans les premiers jours de mars, il élait à Suse.

A peine entré en Piémont, recommencèrent autour de lui plus vives que jamais les intrigues du duc de Savoie et de son fils. Tantôt c'était le Père Monod, supérieur des jésuites de Turin, qui venait mystérieusement trouver Richelieu l et lui proposait, comme un moyen assuré de faire disparaître toutes les défiances, le mariage de sa nièce bien-aimée, l'aimable et belle madame de Combalet, avec un des fils du duc, le prince Maurice, qu'on appelait le Prince Cardinal; le pape le relèverait de ses vœux, et ce nouveau lien rapprocherait et confondrait tous les intérêts; comme si déjà le mariage de Viclor-Àmédée avec la sœur du roi, Chrestienne de France, n'avait pas été conçu dans cetle espérance et n'aurait pas dû la remplir sans la perpétuelle et irrémédiable versatilité du duc de Savoie! Tantôt le cardinal recevait de cette même Chrestienne, princesse de Piémont, les lettres les plus pressantes, où elle le conjurait d'accorder la paix à sa nouvelle famille, dont elle attestait les intentions dans les termes les plus vifs; et, quelques jours après, d'autres lettres de la princesse avertissaient

1 Archives des Affaires étrangères, Tcrin, 1630, t. Ier, fol. *58, entrevue du P. Monod et de Richelieu; et aussi Mémoires de Richelieu, V, p. 451, etc.

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