CHAPITRE SIXIÈME
que les premières lui avaient été arrachées par son mari et par son beau-père qui la tourmentaient et se servaient d'elle pour tromper le roi et le cardinal; qu'elle était la personne du monde la plus malheureuse, exposée à l'inquisition la plus injurieuse, et persécutée pour sa fidélité à son frère et à la France \
Richelieu eut avec le prince de Piémont plusieurs conférences à Suse, à Bruzolo, à Bussolinor a Rivoli, dans le détail desquelles nous ne pouvons descendre, et où il s'efforça constamment de lui faire comprendre que l'Autriche était trop intéressée à maintenir et à étendre son pouvoir en Italie pour y faire jamais au Piémont une grande place, au lieu que l'intérêt même de la France était d'agrandir le Piémont aux dépens, de l'Autriche ; que c'était là le légitime, le glorieux, le sûr avenir de sa maison. Le prince de Piémont répondait toujours qu'il ne demandait pas mieux que de prendre parti pour les Français, mais il y mettait des conditions qui rendaient sa sincérité très-suspecte. Le cardinal se plaignait surtout qu'on eût pris tant de précautions du côté de la France, et presque aucune du côté du Milanais, et qu'on eût converti Veillane*
1 Mémoires de Richelieu, t. V, p. 432. Voy. le chapitre suivant.
* Avigliana, forteresse sur la route de Suse à Turin, un peu à
droite en venant de Suse, au-dessus de Saint-Ambroise et avant
Rivoli.
en une place d'armes de premier ordre où Ton avait rassemblé des munitions, de l'artillerie et toute une armée, comme si on avait voulu la faire servir à arrêter les Français ou à leur fermer la retraite. Rappelons qu'un sentiment semblable empêchait Spinola de s'avancer ; en sorte qu'avec son habileté si vantée le duc de Savoie en était venu à n'inspirer confiance à personne, ni aux Français ni aux Espagnols.
. En effet, plus Spinola voyait clair dans le caractère de Charles-Emmanuel, plus il lui répugnait de servir un pareil allié, qui n'était capable ni de borner ni de gouverner son ambition. Sans connaître les propositions que le maréchal de Créqui était venu apporter à Richelieu, le général espagnol n'ignorait pas que le Savoyard dévorait en pensée, après le Montferrat, la république de Gênes, et il frémissait à l'idée de voir Gênes, sa patrie, tomber entre les mains d'un étranger qu'il traitait de barbare. H ne concevait pas par quel aveuglement l'Espagne et la France, au lieu de se consumer en des guerres perpétuelles, ne s'entendaient pas plutôt pour en finir avec une petite puissance remuante qui ne se croyait liée par aucun traité, et était toujours prête à mettre le feu en Italie sur la moindre espérance d'agrandissement. Il était d'avis que l'Espagne prît pour elle le Pie-