‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 129 sur 282 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

mont et laissât la Savoie à la France : on dit même qu'il n'avait pas caché cette opinion à Mazarin1. De son côté, Richelieu avait ses vues sur la Savoie, qui étaient celles d'Henri IV. Comme le grand roi, il ne voulait acquérir la Savoie que du plein consentement de Charles- Emmanuel, en l'aidant à arracher le Milanais à l'Autriche, et cet échange qu'il proposa au père, il le proposa plus tard au fils, qui finit à peu près par y donner les mains. C'était le seul moyen d'assurer notre frontière méridionale, de n'avoir rien à craindre ni rien à désirer en Italie, et de n'avoir plus à y reparaître qu'en amis et en libérateurs. Il n'était pas possible de laisser les défilés des Alpes, qui conduisent en quelques heures à Grenoble et de Grenoble à Lyon, au pouvoir d'un prince sans foi qui les ouvrait ou les fermait à son gré. On ne pouvait recommencer chaque année des expéditions qui

1 Brusoni, p. 156 : « Vero è che non lanto muoveva lo Spinola l'intéresse del Re di Spagna a disfavorire il Duca quanto ravversione che, e corne Genovese di fazione contraria, per li digusti passati fra esso e la Republica, e per emulazione di gloria e di valore, nudriva alla sua persona. Non dubita per tanto d'esprimersi più vol te col medesimo Mazarini, che gli paresse cosa oltre modo stravagante che, non havendo le corone in cosi longo tratto di confini occasione alcuna di contesa fra di loro, a sola causa del Duca sempre torbido et inquielo vivessero fra perpétue o gelosie o discordie; onde per ristabilire una sicura e perpétua pace sarebbe stalo savio consiglio di dividersi fra di loro gli stati délia Savoia e del Piemonte. »

tJL^-. ■■v*Â'4,,.V- i*%« *• • ;*-,.'4l. stib:-— **..!---:- -i^

nous coûtaient tant d'argent et tant de sang. Depuis que nous avions rendu le comté de Saluces au duc de Savoie, nous étions toujours troublés parce voisin inquiet : de nouvelles et sérieuses sûretés étaient nécessaires, et la meilleure ou plutôt la seule effective était la possession de la Savoie au prix fixé par Henri IV et que Richelieu ne cessa jamais d'offrir. En voyant le cercle de mensonges toujours renaissants dans lequel le duc de Savoie voulait évidemment l'enfermer et faire périr peu à peu l'armée française, le cardinal en vint à se dire qu'à la dernière extrémité, et après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, il faudrait peut-être se résigner à se faire justice soi-même, et qu'au cas que le duc de Savoie nous trahît encore et amenât la chute de Casai et de Mantoue, nous serions bien en droit de nous dédommager en gardant pour nous les passages de l'Italie que nous occupions et en portant la France jusqu'au mont Cenis1.

C'est en roulant ces pensées dans son esprit, bien que sans les avoir arrêtées, et en s'en remettant un peu à sa fortune et à sa prudence,

1 Telle est bien la conclusion du long discours que le cardinal adressa au roi et dont il nous donne le sommaire, t. V, p. 441- 451 : « Qu'il ne falloit point venir à cet expédient que lorsque Ton auroit tenté tous les moyens possibles de gagner Monsieur de Savoie; que ce toit le dernier conseil que Ton devoit prendre, lequel, cependant, en son extrémité, avoit ses raisons et ses avantages, a

Page 1