CHAPITRE SIXIÈME
que Richelieu se décida à quitter Suse le 1 5 mars l, et qu'il s'avança jusqu'à Casalelte, à quatre ou cinq lieues de Turin, sur la gauche de la Doire, à peu près à la hauteur de Rivoli, en ayant soin de laisser à Saint-Ambroise , à Saint-Antoine, à Saint-Joire, des postes solides qui le rattachaient à Suse. Malgré cette sage précaution, ce n'était pas moins un parti très-hasardeux que de se jeter ainsi à travers le Piémont, en avant devant soi Turin et sa forteresse, et derrière soi Veillane et une grande partie de l'armée piémontaise. Mais le cardinal en avait deux puissants motifs. D'abord on ne pouvait laisser plus longtemps entassées dans l'étroite enceinte de Suse et de son territoire les troupes que Richelieu avait amenées et qui, réunies à celles du maréchal de Créqui, formaient près de trente mille hommes de pied et de quatre mille chevaux ; déjà les maladies commençaient à s'y mettre et on avait besoin d'air et de mouvement. Ensuite il fallait ou abandonner Casai, c'est-à-dire le but même de l'expédition, ou lui porter un secours efficace. Or, de Suse, grâce aux obstacles que nous opposait la mauvaise foi du duc de Savoie, nous ne pouvions que très-difficilement faire parvenir à la précieuse forteresse quelques secours insuffisants. Il n'en fut plus ainsi quand notre marche en avant
1 Richelieu, t. V, p. 468.
nous eut rapprochés du Montferrat : la vaillante garnison sentit croître son courage, et on trouva moyen de faire pénétrer dans la place des munitions et des renforts.
Une aveugle présomption soutenait Charles- Emmanuel. Le 10 mars il avait encore écrit à Vienne pour faire part à l'Empereur de l'extrémité où il était réduit : « Rien, lui disait-il, ne fera sortir le cardinal des conditions qu'il a mises à la paix, et qui ont été examinées et rejetées à Alexandrie. L'armée française est en pleine marche sur le Montferrat. L'avant-garde y est arrivée; le centre et l'arrière-garde ne sont arrêtés que par les pluies. Richelieu exige que nous nous déclarions. Nous sommes retranchés, mon fils et moi, à Veillane, où nous avons la meilleure partie de notre armée, bien déterminés à nous y défendre. Que le marquis Spinola vienne à notre aide, qu'il attaque les Français : il nous rendra un grand service, ainsi qu'à l'Espagne; autrement nous n'avons pour nous que la justice de notre cause et l'espoir que Leurs Majestés Catholique et Impériale ne nous abandonneront point1. On nous annonce l'arrivée en
1 Archives des Affaires étrangères, Turin, 1630, fol. 312, lettre au marquis de Versoix, du 10 mars : « Gia è passata ne! Monferrato la vanguardia francese, e se le pioggie continue dà tre giorni in quà non havessero ritardato la battaglia e la retroguardia, tutto fesercito sarebbe nel Monferrato... Non ha il cardinale