CHAPITRE SIXIÈME
Italie de nouveaux régiments impériaux ; mais ce n'est pas en Italie qu'il les faut envoyer, c'est en France, pour y opérer les diversions que tant de fois nous avons recommandées1. » Évidemment, le plan du duc de Savoie était de pousser Spinola et Collalto à présenter la bataille à l'armée française, et, s'ils la gagnaient, de se joindre au vainqueur et d'accabler le vaincu.
C'était là le danger que Richelieu avait sans cesse devant les yeux; il était tellement pénétré de la nécessité de n'avoir affaire qu'à un seul ennemi à la fois, que, dans une dernière conférence avec le prince de Piémont, sachant que la plus forte passion de la maison de Savoie était la conquête de Gênes, le cardinal s'était décidé à y consentir, dès qu'on serait un peu avancé dans celle du Milanais* : concession bien grave au prix
mostrato di restare intieraraente soddisfatto délia nostra neutralité, ma preteso che si dichiarassimo unitamente con la Francia, sebbene il principe li fece conoscere che non poteva far di piu che di concedere egualmente il passo à li uni e à gli altri... Hora noi habbiamo ridotto in Avegliana e contorni la maggior parle délie nostre forze, ove col principe assistèrent in persona, et in ogni caso procureremo di difenderci. Se il marchese Spinola venendoci aile mani vorrà venire à soccorrersi, farà attione secondo il servi l io di S. Maeslà el il dovere; altrimenti, ci confideremo totalmente in Dio e nella giustizia délia nostra causa, sperando che le Maestà loro finalment'e non vorrano soffrire, » etc.
1 Archives des Affaires étrangères: « Quando s'occupi la Francia corne bisogna. »
* Mémoires, t. V, p. 455.
de laquelle il demandait au duc de Savoie de se déclarer sur-le-champ, et avant tout de suspendre les menaçantes fortifications de Veillane, d'éloigner l'armée piémontaise de cette place et de fournir des logements et des vivres à nos troupes pendant leur pénible marche vers le Montferrat.Victor-Amédée s'était empressé f d'accepter ces conditions, mais en se gardant bien de les remplir; il avait eu l'air d'interrompre les travaux qu'on faisait à Veillane, mais il les fit continuer en secret; il diminua la garnison, mais en la laissant très-redoutable encore; il donna les ordres les plus précis pour la fourniture des subsistances, mais ces ordres n'étaient point exécutés, et d'Hémery écrivait de Turin au cardinal que le duc de Savoie et son fils le trompaient, et que s'il n'avait d'autre assurance pour l'entretien de l'armée que la parole de ces princes, l'armée était perdue*. Le 15 mars Ri-
1 Mémoires, p. 471 : « La conférence aboutit à une promesse ouverte qu'il fit d' autant de vivres qu'on en auroit besoin... 11 promit en outre d'entrer avec dix mille hommes dans le Milanois... »
a Archives des Affaires étrangères. Turin, 1630, t. 1*\ fol. 334. Lettre de d'Hémery à Richelieu, du 13 mars : « Monseigneur, j'ai mille fois combattu le doute que j'avois des princes de Savoie, et me suis voulu blâmer moi-même de défiance pour vous pouvoir donner de meilleures nouvelles que je n'ai fait jusques ici. Mais j'ai toujours trouvé des raisons si fortes qui m'ont entretenu en mes doutes que je n'ai pu vous rien faire espérer de certain. Je suis plus confirmé que je n'ai jamais été en cette créance; car
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chelieu assembla son conseil de guerre. 11 sembla impossible de s'aventurer, sur la parole du duc de Savoie, entre deux places telles que Veillane et Turin, par une route où le duc avait préparé une résistance formidable, et avec la presque certitude d'avoir bientôt sur les bras les Impériaux et les Espagnols. Une guerre ouverte ou une alliance certaine et immédiate, tel fut l'avis de tous. Le lendemain, 16 mars, on signifia cet avis au duc. On avait beau le presser, il échappait toujours, tantôt s' enveloppant de ruses et de mensonges, tantôt Remportant en bravades. Charles-Emmanuel avait enfin la promesse de Spinola et de Collalto d'entrer en Piémont dès que les Français auraient tiré l'épée. Il avait confiance en ses places fortes, en ses troupes, en ses enfants, en lui-même; le succès lui paraissait certain, et sa haine triomphait déjà de la défaite des Français et de la ruine de Richelieu.
Mais le cardinal aussi avait pris son parti. 11 venait de recevoir de Louis XIII l'ordre formel
après les paroles que M. le prince vous a données par diverses fois, qu'il mettroit dans Casai six mille sacs de bled, et les ordres qu'il m'a mis es mains pour l'exécution d'icelles, desquelles il sembloit crime de douter, voir ce que je vois à présent, je ne puis, Monseigneur, que je ne vous escrive que si vous faites fondement pour la subsistance de vos troupes sur ce que vous promettront ces princes, votre armée se dispersera, et vous engagerez votre réputation sur la foi d'un prince, » etc., etc. Suivent trois grandes pages de détails accablants.
d'attaquer le duc de Savoie si celui-ci ne satisfaisait pas aux conditions proposées et acceptées. Il commença par réunir ses troupes, disséminées en divers lieux, sans toucher à celles qui gardaient Suse ; il rappela l'avant-garde de sept à huit mille hommes qui, sous le maréchal de Créqui, avait déjà pénétré dans le Montferrat, et donna rendez-vous à toute Tannée dans la nuit du 18 au 19 mars, en une grande plaine sur les bords de la Doire, près de deux gués qu'on avait reconnus la veille, et d'un pont qui conduisait du côté de Rivoli.
Ainsi le nœud de la situation se serrait d'heure en heure, et la crise, tant redoutée par la légation pontificale, était imminente.
Nous avons laissé Mazarin à Alexandrie, avec Pencirole, occupé des travaux de la conférence qui s'y était établie. Il avait réussi à décider le cardinal Antoine à quitter Bologne et à venir se mettre à la tête de sa légation. Celui-ci ne connaissait que le gros de l'affaire. Mazarin luimême qui savait les négociations de Charles- Emmanuel avec l'Autriche, ne se doutait pas du traité que le duc avait fait proposer à Ouilx, le 25 février, et qui tout récemment avait été repris et conclu entre Richelieu et le prince de Piémont. A ses yeux, comme à ceux du cardinallégat, il ne s'agissait que des quatre pointe con-