CHAPITRE SIXIÈME
traversés à Alexandrie. Inspiré et soutenu par Mazarin et par les instructions qu'il recevait de Rome, le neveu du pape se flattait encore que dans une conférence avec Richelieu il lui persuaderait de rabattre quelque chose de ses prétentions, et il gavait pas abandonné l'espérance de donner la. paix à l'Italie. Mais par prudence il fit prendre les devants au nonce Pencirole et à Mazarin, et les envoya auprès du cardinal renouveler en son nom leurs instances et reconnaître ses dispositions.
Le 17 mars1 au matin, Pencirole et Mazarin sortirent de Turin pour se rendre au camp de Casalette. Arrivés à Rivoli, ils allèrent saluer le duc de Savoie et prendre ses ordres, comme le portaient leurs instructions. Mazarin lui exposa la façon dont il croyait qu'on pouvait présenter l'affaire à Richelieu. On ne devait pas lui faire connaître la réponse définitive de Spinola et de Collalto, qui équivalait à un refus; il fallait, au
1 Ici, nous avons pour nous guider une relation fort étendue de Mazarin, qui abonde en détails nouveaux et curieux. Bibliothèque Barberine, Relazione di me Giulio Mazarini fatta in Asti solto H 20 marzo \ 650. « Dominica passata, che fù li 1 7 stante, andando io per ordine del sign. card. legato, servendo Monsignor Panzirolo...» Servendo veut dire ici, non pas au service, mais sous les ordres du nonce. Pour bien apprécier tout ce qu'il y a de sagacité et de prévoyance en cette Relazione, il ne faut pas oublier qu'elle est du 20 mars et antérieure aux événements de la fin du mois.
284 LÀ JEUNESSE DE MAZàRlN.
contraire, lui exprimer la confiance qu'après avoir obtenu des concessions des Espagnols et des Impériaux, on ne serait pas moins heureux auprès de lui. Charles-Emmanuel approuva fort cette manière de s'y prendre, sans dissimuler aux deux envoyés du légat qu'ils ne réussiraient point et que le cardinal était décidé à la guerre. Le duc de Savoie avait de fort bonnes raisons de penser ainsi, dont il se dispensa de leur faire part. La veillç, 16 mars, comme nous l'avons dit, on était venu de la part de Richelieu lui poser l'alternative de la paix ou de la guerre, et ce matin même, avant la visite de Pencirole et de Mazarin, il avait reçu celle d'un des principaux officiers de l'armée française qu'il avait laissé partir sans lui donner aucune satisfaction. La guerre était donc, sinon déclarée, au moins résolue et inévitable. Mais le duc était trop politique pour ne pas favoriser une démarche, qui, sans doute, n'était plus qu'une vaine cércmonie, mais qui avait toujours l'avantage de mettre les apparences de son côté et de lui donner l'air d'un ami de la paix et d'un serviteur dévoué du Saint- Père. Il s'empressa de fournir à Pencirole et à Mazarin tous les moyens de se rendre promptement à Casalette, à deux milles de Rivoli1. Ils s'avancèrent à travers un pays abandonné et ra-
1 Relaxione : * ACasaletto, due miglia lontano dà Rivoli. »