CHAPITRE SIXIEME
çais payaient exactement ce qu'ils prenaient et se conduisaient avec beaucoup de modération; mais il prétendait que s'ils avaient respecté et n'avaient pas même voulu occuper le palais ducal, cette résidence favorite des ducs de Savoie, où ils avaient accumulé leurs richesses de toute sorte, c'était par peur que le palais ne fût miné. Ils s'apprêtent à quitter Rivoli. Où vont-ils aller? Il est vraisemblable que c'est à Veillane, parce qu'il n'y a plus que trois mille hommes. Mais ces trois mille hommes ont des vivres et des munitions, et ils peuvent parfaitement se défendre. Mazarin n'ayant pas l'air très-persuadé , « il faut en croire les vieillards, dit le duc à son jeune interlocuteur, parce qu'ils ont de l'expérience1. »Et sa conclusion était toujours que Richelieu était perdu. 11 plaignait Louis XIII d'être tellement aveuglé par sa confiance en cet homme, qu'il ne voyait pas la faule qu'on lui faisait commettre. Le cardinal saura fort bien lui présenter les choses à son avantage : il a trouvé là une bonne terre pour y semer *.
En quittant Turin le 19 au soir pour se rendre
« llelazione : « Mi soggiunse che bisognava credere ai vecchii, che hanno esperienza. »
8 Ma. <c Che r amore che porta il Rè a quell' uomo Thavesse acciecalo a non farli conoscere V error commesso in questa occasions, e che il cardinale saprà ben rappresentargli ogni caso a suo modo, havendo buon terreno dà seminare. •
à Alexandrie, Mazarin fut très-frappé de l'aspect qu'avait pris cette ville. C'était une place de guerre dans un état de défense formidable. Le duc y avait sept mille hommes d'infanterie, et, dans les environs une nombreuse cavalerie. Le peuple était très-animé. Les Français étaient forcés de se cacher. Mazarin apprit qu'on venait d'expédier coup sur coup de nouveaux courriers à l'abbé Scnglia : il ne douta pas que bientôt on ne vît paraître l'armée espagnole1.
Mais, tandis que Mazarin était sur la route d'Alexandrie, que se passait-il au camp français, à Casalctte?
1 Relaz'One : « A Scaglia sono stati spediti replicati corrieri di maniera che non to dubbio che i Spagnoli siano per avanzarsi. » Ici presque tous les historiens prétendent que Mazarin fit part de ses conjectures à Richelieu, ce qui aurait déterminé la retraite de l'armée française et sa marche dans une tout autre direction. Benedetli, p. 24 : c Mazarini che non lasciava mai d'occhio l'intéresse principale délia libertà d'Italia et la preservazione del ducato di Mantova, che erano i primarii articoli délia sua commissione, fece avertit! i Francesi delP imminente pericolo che sopraslava aile loro armi, onde presesi dà questi le loro precautioni schivarono quel turbine e si risentirono a lui grandemente obligali di si rilevanle servigio. » Brusoni, p. 156, Priorato, p. 10, et Auberi, p. 30, suivent Benedetti. Mais Richelieu ne dit rien de cela, et il n'en parait pas la moindre trace dans les nombreuses lettres de l'un et de l'autre parti qui ont passé sous nos yeux. Mazarin était loin encore d'avoir aucun engagement avec Richelieu qui pût le porter à un acte semblable. Richelieu connaissait mieux que lui les intrigues du duc de Savoie ; il savait de bonne heure ce que soupçonna tardivement Mazarin, et, dès le 16 mars, il avait pris son parti quand il rappela son avant -garde.