CHAPITRE SEPTIÈME
gneux de la fortune, ne paraissant pas même avoir songé à la gloire ; solitaire au sein de la cour, ne quittant sa cellule que pour le cabinet du premier ministre ou pour aller remplir d'importantes missions en Espagne, en Italie, en Allemagne; prodiguant et consumant volontiers, sa vie en travaux de toute espèce au service de l'Église et de l'État, capucin patriote et grand citoyen sous le froc, pour lequel la postérité n'est pas venue1. Un jour il léguera à Mazarin sa place
1 François Leclerc, marquis du Tremblay, étail d'une fort bonne famille d'Anjou, et sa mère étail Marie de Lafayette, petitenièce du maréchal de ce nom. Né en 1577; entré, en 1600, dans Tordre des Franciscains sous le nom de père Joseph; mort, à Paris, le 17 décembre 1638. Joseph n'a point écrit de Mémoires, et la connaissance de la part véritable qui lui appartient dans les résolutions de Richelieu, en certaines circonstances, est à jamais ensevelie avec lui. Sans faire cette part trop petite, il ne faudrait pas aussi la faire trop grande, car, après la mort de Joseph, Richelieu est demeuré tout entier, et il n'a paru aucun changement dans ses pensées ni dans sa conduite. Mais, à délaul de Mémoires, YÊminence grise, comme on appelait ce confident et conseiller de l'autre Éminence, avait laissé une foule de papiers de toute sorte, actes publics, lettres particulières, etc., que les supérieurs de son couvent et sa famille communiquèrent à un autre capucin pour les mettre en ordre et les rédiger en forme de Mémoires. De là les quatre volumes manuscrits, Mémoires du règne du roi Louis XIII, conservés à la Bibliothèque impériale, fond Béthune, n° 9246. Ces Mémoires sont très-précieux par les détails nouveaux qu'ils contiennent sur certaines affaires importantes dont le père Joseph a eu le secret, et aussi très-défectueux en ce que l'auteur, au lieu de donner les pièces elles-mêmes, laissées par Joseph, en a composé une sorte de récit où il sème ses propres réflexions. Il est difficile et pourtant il serait bien nécessaire
auprès de Richelieu et le chapeau qui lui était destiné. Pour le moment, il accompagnait le cardinal sans aucun titre et sans nulle autre qualité que sa confiance. Chose étrange, et qui caractérise ces temps si différents du nôtre ! Tandis que, sous le regard et la direction suprême de Richelieu, le père Joseph était, à Pignerol, le principal négociataur du côté de la France, un autre capucin y était venu par Tordre ou avec la permission de l'Empereur et y représentait bénévolement l'Autriche : le père Valérien, bien inférieur, sans doute, au religieux français, mais ami sincère de la paix et animé d'un zèle qui n'excluait point la
de distinguer ce qui peut venir ici de Joseph et ce qui vient de son, historien. Celui-ci s'applique à relever son héros aux dépens des autres conseillers de Richelieu et quelquefois de Richelieu lui-même. 11 ne faut pas être dupe, comme on Ta été quelquefois, des panégyriques de l'écrivain franciscain. Voici les derniers mots du manuscrit de la Bibliothèque impériale : « Je finis ce travail en novembre (1638), qui est le même mois où finissent les Mémoires qu'on m'a fournis; j'attends les autres pour achever, afin de rendre service au public en lui conservant avec ma plume le secret des plus belles affaires qui se soient passées dans l'Europe. » Évidemment l'abbé Richard avait connaissance de ces Mémoires ou des papiers sur lesquels ils ont été composés, Bispire de la vie du R. P, Joseph, Leclerc du Tremblay, capucin, instituteur des Filles-du-Calvaire; Paris, 1702, 2 vol. in-i 2; ouvrage médiocre, mais très-supérieur à la satire qu'on en a donné sous ce titre : Le véritable père Joseph, etc., 1704.— On peut voir, dans l'excellent portrait gravé de Michel Lasne, la belle et forte tête du célèbre capucin, son front élevé, et, sous un grand air d'humilité, la réflexion et la résolution empreintes dans tous ses traits.