CHAPITRE SEPTIÈME
modération. Ce sont ces deux moines et le jeune Mazarin qui prirent la plus grande part aux négociations de Pignerol1.
Accouru, dès les premiers jours d'avril, auprès de Richelieu le cardinal Antoine le complimenta sur ses succès et le pressa d'en faire hommage à la paix, de rendre au duc de Savoie sa nouvelle conquête, l'assurant qu'après cela les difficultés qui, jusque-là, avaient empêché l'accommodement général des affaires d'Italie, s'aplaniraient aisément. Richelieu reçut le neveu d'Urbain VIII,
1 Sur ces négociations, on peut voir les Mémoires de Richelieu, t. VI, les cinquante premières pages. Nous avons pu contrôler le récit de Richelieu à l'aide de plusieurs dépêches du nonce Pencirole et du cardinal -légat, conservées à Rome à la Bibliothèque Barberine. Le cardinal Antoine n'avait pas manqué d'envoyer à son frère, François Barberini, la relation de ses conférences avec Richelieu et de ce qu'avait fait et proposé de son côté le père Valérien. Signalons les pièces suivantes, insérées dans la dernière dépêche du cardinal-légat, du 20 avril : 1° un Mémoire, dont l'auteur n'est point indiqué, sur les garanties qui doivent être données au roi très-chrétien ; la conclusion en est qu'aucun traité ne peut offrir ces garanties, et que tous les intéressés devraient se contenter de prendre pour arbitre le Saint- Siège, lequel ne peut se proposer que le bien commun et une paix qui permette à l'Église de porter l'Évangile jusqu'au bout du monde. L'auteur, vraisemblablement le père Valérien, termine ainsi : • Questo discorso forse sarà creduto più divoto che politico; ma, quando si dovesse esaminare rigorosamente con le vere ragioni di stato, sarà trovato non meno polilico che cristiano. » 2° f Nota di quello segui nell' abbocamento di Frà Valeriano con l' lllustrissimo signor cardinale Richelieu in Pinarolo, 5 aprile, 1630. • 3° • Partili de' quali si è trattato in Pinarolo 1' ultimà volta che vi è stato il signor cardinale legato »
le frère du cardinal secrétaire d'État, avec tous les respects et toutes les marques d'honneur1 ; mais il déclara que ce qu'on lui demandait excédait ses pouvoirs; que la prise dePignerol était d'hier, qu'à peine le roi en avait connaissance ; qu'il allait lui donner avis de l'arrivée et de la demande de monseigneur le légat, et qu'on ne tarderait point à savoir ce que le roi aurait décidé, puisqu'il était parti de Paris et s'avançait vers Lyon. En attendant, le cardinal se montra prêt à toutes les négociations ; il rappela les conditions de paix qu'il avait remises à Mazarin à Lyon, au nonce Pencirole à Embrun, et qu'il avait renouvelées quelques jours auparavant à Casalette, la veille d'une entreprise difficile et incertaine. Il les maintenait, sans y ajouter, le lendemain d'un succès considérable. Au fond, Richelieu désirait garder Pignerol ou ne la rendre qu'à la dernière extrémité ; et, de leur côté, les puissances,
1 Archives des affaires étrangères, Turin, 1630, 1. 1", fol. 397 : Relation de ce qui s'est passé à Pignerol. c Du 9 avril (c'est la date de cette partie de la Relation, non celle du fait lui-même) : Sur les quatre heures du soir, M. le cardinal, avec beaucoup de cavalerie, est allé hors de cette ville au-devant de M. le légat qui est revenu de Turin pour la seconde fois. M. le cardinal lui a baillé la main droite et Ta mené en son logis qu'il lui a quitté, après être demeurés en conférence eux deux seuls jusqu'à une heure de nuit... Du il avril. Le légat ayant demandé la grâce de six soldats qui avoient été pris prisonniers et que Ton devoit pendre demain, le cardinal la lui a accordée courtoisement. •