CHAPITRE SEPTIÈME
effet, plusieurs des propositions du père Valérien, et les meilleures, avaient été désavouées par Spinola et Collalto, et traitées par eux de pensées particulières au bon père, et qui n'étaient pas du
Révérence jugera bien n'être pas sans aigreur, et que je veux croire n'être pas conformes à vos sentiments. Cependant je vous dirai que ceux qui blâment Fart el les finesses en telles occasions ont bien raison, puisque rien n'a empêché l'exécution des traités passés sur les affaires dont il s'agit présentement, que celles qu'on y a pratiquées contre notre désir et notre espérance. Il est bien facile de connoître les desseins de ceux qui ont toujours parlé aussi clairement qu'on a fait de deçà, mais impossible de leur faire dire des choses qui ne dépendent pas de leur puissance. On estime trop la prudence de ceux qui sont mêlés en cette affaire, pour avoir dessein de retarder les préparatifs qu'ils veulent faire pour la guerre. Si de deçà Ton y pense, le proverbe qui porte : Si vis pacem, para bellurn, en sera cause. En un mot, ni les pensées ni les desseins de deçà ne sont tels que l'écrit que vous m'avez envoyé les représente. On désire la paix sincèrement, mais une paix sûre et raisonnable, et quand on verra, en effet, les sûretés que Votre Révérence a proposées, la déclaration du traité de Monçon dont vous parlez, et la réparation effective des contraventions faites audit traité, comme votre escrit témoigne que M. le marquis de Spinola a volonté de faire, lors on croira que ces messieurs ne s'éloignent pas de la paix, et on verra clairement s'ils ont raison de dire que la France ne la veut pas. Vous dites que de cette part il faudroit des effets, et de la vôtre vous ne proposez que vos pensées, sur lesquelles vous savez que 1 on ne peut faire fondement. Monseigneur le cardinal a toujours parlé nettement, selon le pouvoir qu'il a en une affaire où il n'a pu savoir encore la volonté du roi. 11 n'a autre désir ni autre fin que le bien et le repos de la chrétienté; et quand il saura les intentions de Sa Majesté, il les dira aussi librement qu'il a fait jusqu'ici ses particuliers sentiments. Je prie Dieu qu'il conduise le tout à bonne fin,jqui est ce que je sçais que nous devons désirer et désirons tous deux également. »
tout celles de l'Empereur et de ses ministres1; en sorte que le père Yalérien se découragea et ne • tarda pas à quitter la partie. Le cardinal-légat avait aussi reconnu bien vite qu'il prenait des peines inutiles, et d'assez bonne heure il s'en retourna à Bologne1.
Tant que le neveu du pape avait été à la tête de la légation pontificale, le rôle de Mazarin avait été, pour ainsi dire, forcé, comme à Casalette : il n'avait qu'à écouter et à se tenir aux ordres du cardinal Antoine, qui l'employait à porter des paroles au duc de Savoie, à Collalto et à Spinola, \ à travers les diverses armées qui couvraient la campagne, de Pignerol à Carmagnole et à Pancalieri5. Mais lorsque le cardinal-légat se fut retiré
1 Richelieu, t. VI, p. 82.
* Relation de ce qui s'est passé à Pignerol : 17 avril : « Mgr le légat partit hier d'ici. » Dans une lettre jointe à la Relation : • Mgr le légat s'en va demain, sans avoir fait aucune proposition raisonnable, voulant dès à présent tirer Suse et Pignerol des mains du roi, sans donner d'autre assurance de la paix que la foi du roi d'Espagne et de Mgr de Savoie, et sans vouloir réparer les inexécutions du traité de Monçon, de sorte que la France per- j
droit peut-être pour jamais les entrées qu'elle a maintenant en Italie... »
3 Richelieu, t. VI, p. 31 : c Sur cela (la demande d'une suspension d'armes apportée par le légat de Carmagnole et les difficultés qu'elle avait rencontrées à Pignerol), le légat envoya Mazarin vers Mgr de Savoie, Collalto et Spinola. » La Relation manuscrite : « Du 11 avril. Le cardinal-légat a envoyé un des principaux de sa suite, nommé le sieur de Masarigny (sic), vers le marquis de Spinola, Collalto et le duc de Savoie pour l'affaire de