‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 151 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

de Créqui et s'était emparé de Chambéry. De son côté, le cardinal était allé à Lyon présenter ses hommages à la reine mère, Marie de Médicis, et lui faire agréer ce qu'on allait faire. Mazarin attendit son retour à Grenoble1; ils s'y virent le 17 mai, non plus en courant, comme à Casalette et à Pignerol, mais comme à Lyon, avec assez de liberté pour s'expliquer et pour s'entendre, et ils s'entendirent si bien qu'en cette nouvelle entrevue Mazarin monta encore dans l'estime et la confiance de Richelieu. Le cardinal lui répéta ce qu'il avait dit à Pignerol, que la demande de la restitution de cette place ne serait point un obstacle insurmontable à la paix, pourvu qu'on donnât à la France les sûretés dont elle avait besoin ; qu'au reste la décision de l'affaire appartenait au roi, auprès duquel il promit ses bons offices*, et il emmena Mazarin à Chambéry. Le

1 Dépêche du 8 juin: « Aspettai il signor Card. di Richelieu a Grenoble. » Le 16 mai, Mazarin était à Grenoble et écrivait à Richelieu a Lyon le billet suivant, Archives des affaires étrangères, France, 1630, t. VIII, fol. 84: « Illustrissimo e reverendissimo . Signore, Patrone mio colendissimo, mi son trasferito qui per riverir Vostra Signoria Illustrissirna, e mentre erô in procinto d'incaminarmi alla volta di Lione per soddisfare al mio desidefio, ho havutoavvisoche domani (17 mai) anzi altro V. S. Illustrissirna sii per arrivar in questa città, onde ho giudicato bene attenderla per non incommodarla nel camino, ed a V. S. Illustrissirna faccio humilissima riverenza, Grenoble, 16 maggio 1650. »

* Dépêche du 8 juin : t Che pretendosi ha ver le sicurezze necessarie per essa (pace) Pinarolo non Thavrebbe impedita, e che si-

nonce apostolique, monseigneur de Bagni , fait récemment cardinal, y était, accompagnant Je roi dans une expédition d'un si grand intérêt pour le Saint-Siège et pour l'Italie. Mazarin ne le connaissait encore que par leur correspondance ; il put se mieux convaincre du mérite de Bagni, qui apprécia bien vite aussi celui de son jeune confrère en diplomatie, et dès-lors commença entre eux la solide et inviolable amitié qui les unit toute leur vie. Bagni avait Tordre de sa cour de seconder Mazarin, et il le présenta à Louis XIII. Averti sans doute par Richelieu, le roi se mit en Irais de courtoisie et de bonne grâce, et il reçut l'envoyé du légat comme il aurait fait le légat lui-même. Mazarin plut à Louis par sa jeunesse, sa bonne mine, sa vivacité à la fois et sa douceur, l'intelligence qui brillait dans toute sa personne, et son désir sincère de la paix. Par une sorte d'anticipation des sentiments qu'il devait lui porter un jour, le roi voulut lui donner une marque de particulière bienveillance et lui fit offrir un présent que Richelieu le pressa d'accepter. Mais Mazarin était trop avisé pour s'engager et se compromettre sitôt ; il déclina la faveur qu'on lui voulait faire d'une façon qui

corne haveva promesso in Italia, dove non haveva potuto far à&vantaggio per doversi diferir al Re la restituzione di piazz& d\ tanta consideratione, havrebbe cou S. M. facilitato il negozio. »

ne pouvait offenser, et en ayant grand soin de se prévaloir de ce refus auprès de son ministre, le cardinal secrétaire d'État, comme d'un sacrifice qu'il faisait à la réputation d'impartialité et de désintéressement imposée à un ministre du Saint-Siège1.

D'ailleurs, quant au fond de l'affaire, voici tout ce qu'il obtint. Dans l'audience qui lui fut accordée*, Mazarin dit au roi qu'il venait conti-

1 Dépêche du 3 juin : « Il Re volse régal ar mi, ma havendomene parlato il cardinale di Richelieu, dissi quelloche conveniva con termini tali che non accettai cosa alcuna ne se n'offesino, adducendo che mentre m'ingerivo a questi negotii non era bene dare occasione che si morniorasse di me. » Il est à croire que la cadeau offert ici à Mazarin était une somme d'argent qui se pouvait fort bien refuser. Si alors Mazarin ne jugeait pas encore à propos de paraître un serviteur de la France, Richelieu n'avait pas non plus de suffisants motifs pour prendre ouvertement Mazarin sous sa protection. C'est pourquoi nous estimons que M. Avenel, dans sa nouvelle édition des Lettres de Riclielieu, rapporte arbitrairement t. III, p. 677, à ce mois de mai 4650, une lettre du cardinal, déjà publiée par Aubery, t. V, p. 537, sans date et adressée au secrétaire d'État Barberini, dans laquelle Richelieu lui fait part des succès de Mazarin à la cour de France et de l'habileté et dextérité qu'il a montrées dans les négociations. Rien, dans cette lettre, ne semble convenir à la date de mai 1650, et nous aimerions mieux la placer au commencement de 4651, janvier ou février, après le voyage de Mazarin à Paris et à la cour, au milieu des négociations préparatoires du congrès de Cherasco. Alors, en effet, Richelieu se croyait assez sûr de Mazarin pour s'en déclarer le protecteur.

8 Aubery, t. Pr, p. 55, place cette audience à Grenoble et met dans la bouche de Mazarin un discours tout à fait imaginaire, avec des détails tirés de la relation d'un Romain qui accompa-

nuer et achever auprès de lui la négociation commencée par le cardinal-légat à Pignerol, et il lui exprima l'espérance que l'Italie, menacée de nouveau d'èlre envahie et ravagée, mettait en la piélé dont il avait donné au monde tant de preuves. Sa Majesté, ne quittant son royaume que pour défendre le duc de Mantoue et lui assurer la possession de ses États, pouvait atteindre aisément ce but, en rendant Pignerol au duc de Savoie: autrement, le duc de Mantoue courrait toujours les plus grands dangers, au milieu de tant d'ennemis puissants, et Ton pourrait se demander si, dans cette conjoncture, le Roi n'avait pas plutôt consulté ses propres intérêts

gnait le cardinal Bagni : • Je ne puis m'empescher ici d'emprunter quelques traits de la description qu'a faite de cette solennité Jean-Baptiste Casalio, romain, qui se trouvoit pour lors en la compagnie du cardinal de Bagni. La cour de France, dit-il, étoit à Grenoble, capitale du Dauphiné, qui confine à la Savoie et approche plus de Tltalie. Le seigneur Mazarin y vint en qualité de ministre du Pape, et fut reçu du Roi avec toutes les caresses et toutes les marques d'estime et de bienveillance imaginables. L'accueil et les honneurs furent tels que la plupart ne doutèrent nullement qu'il ne fût l'un des premiers de Rome et des plus proches parents de Sa Sainteté. En effet, on n'eut presque sçu mieux régaler le légat, s'il fût venu en personne ; ou, du moins, on ne l'auroit pu faire de meilleure grâce, avec plus d'empressement et d'affection sincère. Aussi, étoit-il regardé d'un chacun comme l'ange ou le précurseur de la paix, et le libérateur des villes et des peuples opprimés. » Heureusement, nous avons le récit de Mazarin lui-même. Dépêche du 8 juin : c In Ciambri fui dal Re con il signor cardinale di Bagni ; gli esposi la^ causa

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