CHAPITRE SEPTIÈME
ferme et résolu, alors serviteur dévoué de Richelieu, en attendant qu'il osât se porter son rival, et plus tard balancer la fortune de Mazarin1. Cette commission montra les dispositions les plus modérées et les plus conciliantes. Elle s'assembla chez le cardinal Bagni, et comme on savait qu'il était bien avec le roi et Richelieu, on lui témoigna une grande déférence. Mazarin parvint à faire passer dans l'esprit des commissaires la conviction dont il était pénétré, que Spinola désirait sincèrement la paix*; et on se fit scrupule de faire obstacle à sa bonne volonté par des conditions qu'il lui serait impossible d'accepter. On s'entendit donc assez vite et on convint d'un projet de traité que Châteauneuf alla soumettre au roi et à Richelieu. Mais celui-ci le trouva trop peu favorable à la France, et il y fit à diverses reprises des changements graves qui finirent par le rendre très-peu pacifique. Mazarin étant allé le voir, le cardinal lui dit qu'une concession telle que la restitution de Pignerol exigeait de
* Sur Châteauneuf, voyez Madame de Chevreuse, ch. m, et Y Appendice, et Madame de Longueville pendant la Fronde, ch. n.
* Dépêche du 8 juin : « Li sudetti signori vennero in casa del signor cardinale Bagni e presero memoria di moite cose con molta loro sodisfazione e con speranza delT accomodamento, che quasi tutto veniva fondato nella certezza che hanno délia sincerità dello Spinola... L'assistenza del sig. Cardinale di Bagni puotè con questi signori agevolare raolti punti, essendo con il Re, Richelieu e tulti ministri^est remamente accreditato. »
justes compensations ; qu'il était nécessaire de se bien assurer du duc de Savoie et de lui faire sentir ce qu'il en coûtait de se séparer de la France. Après tout, si Spinola et Collalto voulaient la paix, il leur devait suffire de faire les affaires de leurs maîtres, sans tant s'occuper des prétentions de Charles-Emmanuel *. En remettant à Mazarin le traité qui contenait sesdernières intentions, le cardinal lui recommanda d'en faire un usage très-discret, ne l'ayant pas communiqué à l'ambassadeur de Venise'. Puis, comme si déjà il eût acquis le jeune diplomate, il alla jusqu'à lui laisser une certaine latitude de négociations, et le pouvoir de modifier dans la forme et quelquefois même dans le fond divers articles du traité, suivant les circonstances et les diffi-
1 Dépêche du 8 juin : c Mi feci veder gli articoli délia pace, che haveva fatti sulla relazione havuta dà Sciatnou : erano allerati nella sostanza che si trattô in Ciambri, ma pur non vi erano moite cose insuperabili.... Dopo si mutarono le cose, e giudicô bene, per differenti pretesti o ragioni che fossero, aggiunger articoli... per assicurarsi del Duca di Savoia, ed in un certo modo a fine di deteriorare i suoi interessi, e mortificarlo un poco perché il mondo conoscesse il danno che gli recava l'essersi appartato dalla Francia, e diverse volte mi disse, se il Marchese e il Conte togliano far la pace, si hanno da contentare che l'essenziale segua a lor modo e con riputazione de" loro padroni, senza volere che il Duca resti con ogni sodisfazione...»
* Ibid. « Mi diede le capitolazioni segretamente, non havendole saputo tampoco Tambasciatore di Venezia, e mi pregô che undassi molto scarso in mostrarle corne ho fatto. »
cultes qu'il rencontrerait, mais en lui faisant prêter serment de ne révéler le pouvoir qu'il lui donnait à personne, excepté à son ministre, le cardinal Barberini, et à Spinola, s'il ne pouvait faire autrement1; marque de confiance qui montre bien le cas que Richelieu faisait dès lors des lumières et de l'habileté de Mazarin, quoique entourée des précautions qui n'abandonnaient jamais le prudent et soupçonneux cardinal.
Le traité remis à Mazarin ressemblait par quelques endroits à celui que le P. Valérien avait proposé à Pignerol, et qui n'avait été nullement du goût des deux plénipotentiaires espagnol et autrichien. Celait à peu près le même système de garanties en faveur du duc de Mantoue : en Allemagne, le collège des princes électeurs et la ligue catholique ; en Italie, le collège des cardinaux et une ligue des princes italiens non feudataires de l'Empire. La république helvétique intervenait pour veiller a l'exécution du traité de Monçon. Dès que les troupes impériales et espagnoles seraient sorties du Montferrat et du Mantouan, les troupes françaises, commandées par le comte de Toiras, se retireraient aussi , « de-
1 Dépèche du 8 juin : c Ed a parte mi diede qualche arbitrio, con giuramento di non communicarlo che a V. S. Iliustr. e al Marchese, quando non si fossero potute concluder le cose in altra
lorma. »
meurant toutefois permis au duc de Mantoue de se servir, pour les garnisons des places de ses Étals, de telles nations que bon lui semblera sous ses enseignes. » La France restituait toute la Savoie avec Suse et Pignerol; mais les forteresses qu'elle avait construites en ces deux places, et même les anciennes, devaient être démolies sans qu'il fût permis de les jamais rétablir ; en même temps, conformément au traité de Suse, le duc était tenu de livrer passage par ses États au Roi très-chrétien, « quand il en serait requis », pour que le Roi pût se rendre en Italie et y défendre ses alliés. D'ailleurs, on maintenait les concessions faites au duc de Savoie dans le Montferrat, la possession de Trino avec une rente de quinze mille écus, ou, en retour de l'un et de l'autre avantage, une somme de sept cent cinquante mille écus une fois payés. On donnait aussi au duc de Guastalla cent cinquante mille livres en rachat de ses prétentions *.
1 Ce traité est dans le Mercure français, 1630, p. 183. Il contient dix-neuf articles, avec un vingtième article secret sur les avantages qui pourraient être faits à la duchesse douairière de Lorraine, et pour lesquels on s'en remettrait au jugement de la reine mère, Marie de Médicis. Le traité était placé sous les aus* pices du Pape, comme père commun des princes chrétiens, ainsi qu'on l'avait fait dans les précédents projets. Mazarin communiqua à son ministre le pouvoir qui venait de lui être confié, en lui indiquant sa portée et ses limites et les divers articles auxquels il s'appliquait. Cette pièce a pour litre : Arbiirii datimi dal