CHAPITRE SEPTIÈME
Mazarin connaissait trop bien le duc de Savoie, Spinola et Collalto, pour ne pas sentir la difficulté presque insurmontable de leur faire agréer un pareil traité; et quoiqu'on présence de Richelieu1 il n'ait peut-être pas osé faire paraître ses vrais sentiments, ou quoique peut-être aussi Tardent désir de la paix qu'il portait dans son cœur, Tait un moment ébloui, il est certain qu'à la réflexion il n'envisagea la mission qui lui était donnée qu'avec un mélange de joie et de crainte, où la crainte dominait. C'était beaucoup sans doute d'apporter la restitution de toute la Savoie, celle de Susé et surtout celle de Pignerol, et il comptait bien aussi sur l'usage qu'il saurait faire du pouvoir qui lui était laissé; mais quand il songeait à plusieurs des articles qu'il devait
Sign. Cardinale di Richelieu sopra li articoli di pace. On y voit que le pouvoir discrétionnaire laissé à Mazarin n'était pas d'une très-grande étendue.
1 Richelieu, t. VI, p. 101 : • (Mazarin partit) avec grande apparence que la paix se feroit promptement, se la promettant certainement, et d'être de retour dans le 15 juin, avec toutes choses ajustées et accordées de part et d'autre ; mais il se trompoit à son compte, car le traité étoit plus difficile à faire qu'il ne lui sembloit, parce qu'il n'y avait point de confiance de part ni d'autre. » Mais voici qui prouve qu'à peine hors de la présence de Richelieu et sur la route de Turin, toutes les illusions de Mazarin s'étaient évanouies. Dépêche du 8 juin : • Me ne venivô con raollo gusto e maggior speranza, parendomi d'haver guadagnato un gran punto, mentre potevo promettere la restilutione d'ogni cosa e agevolare la forma di molli altri, ma con altretanto disgusto e sicurezza di non far niente caminô adesso. Feci la strada délia Valdosta, » etc.
proposer et sur lesquels il n'avait pas le droit de rien céder, il tombait dans le découragement et désespérait du succès. Il promit du moins au cardinal de revenir le plus tôt possible, vers le 1 5 juin, lui rendre compte des négociations qu'il allait entreprendre, et, c'est agité des pensées les plus contraires et de tristes pressentiments qu'il traversa la Savoie, s'engagea dans la vallée d'Aoste et regagna Turin. 11 était parti le 29 mai d'Annecy, où il avait pris congé du roi, et il était à Turin, le 2 juin1.
La rapide invasion de la Savoie, bientôt suivie de l'attaque du comté de Nice par le duc de Guise, gouverneur de Provence, avait porté à son comble l'irritation du duc de Savoie. Charles-Emmanuel avait resserré ses liens avec l'Autriche ; et tandis que l'abbé Scaglia à Madrid pressait le comte-duc de rappeler Spinola ou de lui envoyer l'ordre suprême de fournir immédiatement au Piémont les secours nécessaires en hommes et en argent, luimême, non content de solliciter souvent l'Empereur par son ambassadeur le marquis de Versoix, s'était particulièrement adressé à un haut personnage qu'il appelle le duc de Mecklebourg,
1 Dépêche du 8 juin : « Partii dall' abbadia di Talvera (l'abbaye de Talloire, prés d'Annecy) a 29 del caduto in diligenza. » On a de Mazartn une dépèche de Turin datée du 2 juin. Les Mémoires de Richelieu et de Bassompierre confirment ces dates.