CHAPITRE SEPTIÈME
qu'il traite d'Altesse et de Seigneur Sérénissime, et auquel il attribue le pouvoir de commander jusqu'en Italie au comte de Collai to. Quel peut être ce personnage? Ce n'est assurément ni l'un ni l'autre des deux frères Adolphe-Frédéric et Jean Albert, ducs légitimes de Mecklebourg ; car vers ce temps-là ils étaient tous deux au ban de l'Empire , et ils avaient été dépouillés de leurs États et de leur couronne ducale, qu'un décret impérial de 1628 * avait transférée sur la tête de Walstein, déjà duc de Friedland, et bientôt généralissime et lieutenant de l'Empereur. Nul autre que ce dernier ne pouvait alors porter dans l'Empire le nom de duc de Mecklebourg, et l'habileCharles-Emmanuelauraprissoindeluidonner ce titre, précisément parce qu'il était mal vu et même contesté par les ennemis de Walstein, afin de caresser l'orgueil bien connu de l'ambitieux capitaine. C'est donc, selon nous', à Walstein luimême que s'adressent les diverses lettres écrites par le duc de Savoie au duc de Mecklebourg en
1 Schiller, Guerre de Trente ans.
8 Telle est au moins notre conjecture, que tout confirme dans les trois lettres du duc de Savoie qui sont sous nosjyeux ; lettres du 17 mai, du 50 mai et du 24 juin, Archives des affaires étrangères, Turin, 1630, t. II, fol. 55, 103 et 258. Il est vrai que Mazarin, dans une dépèche du 2 juin que nous allons citer, semble parler de ce duc de Mecklebourg et du duc de Friedland comme de deux personnages différents; mais ce n'est là qu'une apparence à laquelle il ne faut pas s'arrêter.
mai et en juin 1650, et dans lesquelles Charles- Emmanuel exhorte son illustre correspondant à profiter de l'absence de Louis XIII et du cardinal et de l'éloignement de la meilleure partie des troupes françaises, pour se jeter sur la Champagne et la Picardie, par les Pays-Bas espagnols, ou sur la Lorraine où le duc Charles IV l'attendait pour se déclarer contre la France, ou sur toute autre province, à son gré, la diversion la plus prompte étant la meilleure. La cour de Vienne ne manquait pas d'entretenir ces sentiments du duc de Savoie, A la fin de mai, quelques jours avant que Mazarin fût de retour à Turin, le colonel Piccolomini y était venu assurer le duc qu'il pouvait compter sur l'assistance la plus dévouée, que le généralissime impérial désirait passionnément le servir, que le 6 juin six mille hommes d'infanterie arriveraient à Ivrée pour s'y mettre à sa disposition, et qu'une très-forte armée allait entrer en France1. Walstein, comme on lésait, avait foi aux astrologues, et ceux ci lui avaient prédit qu'il
1 Dépêche de Mazarin du 2 juin, de Turin : c Ottavio Piccolomini, dopo essersi trattenuto ire giorni in Torino, parti ail' ultimo del caduto mese... La sua venuta è stata per assicurare il Duca di certa e buona assistenza, e che Friedland assolutamente anteporrà il servir Sua Altezza a qualsivoglia allra cosa, tanto più quantoTImperatore ha questo senso. Gli ha dato nuova che 6 mila fanti per li 6 del présente arrivaranno in Ivrea, de' quali potrà • S. A. liberamente disporre; che Michelburgh in brève entrera in Francia con 14 m. cavalli e 25 m. fanti. *