‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 156 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

lui restait à vaincre un grand roi, lui laissant entendre que ce roi-là élait le roi de France. Mais Mazarin n'hésite pas à dire au cardinal Barberini que pour lui il croit plus à la puissance de l'armée française qu'à celle des planètes f. A Turin, on faisait sonner bien haut et on opposait aux succès des Français en Savoie ceux que l'Espagne et l'Empire remportaient dans le Montferrat et le Mantouan. Spinola, en effet, s'était emparé de Pontdesture et deRossignano, deux petites places près de Casai. Collai to avait mis en déroute, Goïto, les troupes vénitiennes du duc deMantoue et déjà le bruit se répandait que pour récompenser son général favori l'Empereur allait lui ériger une principauté à Coreggio*.

Toutes ces nouvelles animaient encore le téméraire et présomptueux Charles-Emmanuel. Déployant tour à tour ses deux qualités essentielles, et pour ainsi dire les deux puissances de sa maison et de sa nation, le courage et la ruse, on le voyait s'occuper avec une activité merveilleuse de ses préparatifs de guerre, et jusqu'au dernier moment il ne cessa pas d'essayer de tromper la

1 Dépêche du 2 juin : « Non so se il Christianissimo se ne contentera, ma so bene che stimo più la forza delf armi di Francia che quella de1 pianeti. a

9 Ibid. • L'Imperatore porta al Conte singolar affetto, et in segno intendo che havrà il principato di Correggio, et havutolo venderà per impiegar il danaro in stati in Àlemagna. »

France sur ses sentiments et sur ses desseins. Gomme il savait la vive tendresse que Louis XIII portait à sa sœur, la princesse de Piémont, il se servait d'elle, ainsi que nous l'avons déjà dit \ pour donner le change au roi et retarder le plus possible sa marche au moyen des promesses les plus mensongères. Pendant tout le mois de mai il continua cette manœuvre, sans reculer, ni lui ni son fils, devant aucun procédé, si déloyal et si honteux qu'il fût, pour arriver à leurs fins. Mais si Chrestienne n'était pas italienne , elle était femme, et opposait aux fourberies et aux violences de son beau -père et de son mari les artifices de la faiblesse : elle sigrfait toutes les lettres qu'on lui dictait, et sous main elle avertissait Louis XIII de n'y point ajouter foi ; elle le priait même avec instance, afin de la relever dans l'indigne oppression sous laquelle elle gémissait, de bien déclarer que c'était par elle seule et à sa seule considération qu'il accorderait au Piémont des conditions avantageuses. A la fin de mai, cette lutte secrète en était venue aux dernières extrémités, et la princesse de Piémont ne pouvait plus supporter la triste situation à laquelle elle était réduite. Elle écrivait au roi et au cardinal par toutes les voies

1 Voyez le précédent chapitre, p. 272 et 273.

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