CHAPITRE SEPTIÈME
qu'elle pouvait saisir, par Servi en qui était à Pignerol, et même par d' A vaux, ambassadeur à Venise1. QuandMazarin avait quitté Turin pour se
1 Le fond Turin, 1630, aux Archives des affaires étrangères, est rempli de lettres officielles et de lettres secrètes de Ghrestienne au roi et au cardinal, avec leurs réponses. Bornons-nous aux lettres suivantes, entièrement inédites. Turin, 1630, t. II, fol. 84, Lettre de Servien à Richelieu, le 22 mai, de Pignerol : « Monseigneur, Monsieur de Savoie ayant chassé ce qui restoit de François au service de Madame la princesse de Piémont, et les ayant renvoyés par cette ville, j'ai fort particulièrement entretenu un des secrétaires de Madame, nommé Bazin, qui s'est trouvé du nombre, que je crois avoir toujours eu la confidence de sa maltresse ; et j'ai appris de lui ce qui s'est fait dont j'ai cru vous devoir donner avis avant qu'il s'avance auprès de vous ; il porte des lettres au Roy par lesquelles Madame se plaint du traitement que l'on lui fait... Madame a été forcée d'écrire en d'autres termes; pour preuve de quoi elle a chargé ledit secrétaire d'autres lettres pour Sa Majesté, par lesquelles elle écrit tout le contraire, et déclare la violence qu'on a exercée sur elle pour lui faire écrire de la sorte, que M. le prince de Piémont a lui-même dressé la première lettre, et en avoit préparé d'autres beaucoup plus rudes que Madame n'a pas voulu écrire, d etc.. — Ibid. Fol. 129. Madame à d'Avaux, à Venise, ltr juin : « Monsieur d'Avaux, j'estime tant voire amitié que j'ai voulu vous faire ressouvenir de moi pour vous convier à me la continuer. Je vous ferai part aussi de mes affaires pour vous témoigner que j'ai toute confiance en vous, et crois que vous n'ignorez pas l'état auquel je me trouve qui est bien misérable, et tant plus difficile à supporter que ceux de ma naissance n'ont pas accoutumé de recevoir des déplaisirs si sanglants, n'étant faits que pour commander et non pas obéir avec tant de rigueur, comme il m'a fallu faire jusqu'à cette heure, où Ton m'a ôté tous mes François et ceux qui étoient les mieux aimés de moi, et sans aucune exception ; jugez si cela m'a été sensible ; et mille autres choses à quoi je ne vois nul remède que celui que j'espère du Roi Monsieur mon frère... Faites vos bons offices auprès de Sa Majesté pour que j'obtienne l'honneur de sa bienveillance qu'il
rendre à Grenoble, la princesse levait chargé d'une lettre pour le roi de France, non point à Tinsu, mais avec l'assentiment et à l'entière satisfaction de Charles-Emmanuel et de Victor-
m'a promise lui-même à Suse, et qui ne me partira jamais du cœur... Je tous prie de l'assurer de ma fidélité à son service, que je proteste que ma volonté ne sera jamais autre que la sienne, •et que quoi que ce soit que je souffre pour tenir le parti des François ne me fera jamais changer de résolution, puisque la souffrance me sera glorieuse pourvu que Sa Majesté la veuille avoir agréable, et qu'elle sache que c'est pour lui estre trop affectionnée que je l'endure... J'ai cherché la voie de l'ambassadeur de Venise pour avoir l'honneur de lui écrire, mais si vous trouvez cette voie n'être bien sûre, obligés-moi de garder plustôt la lettre que de l'envoyer. Celui qui vous remettra celle-ci vous dira toutes nouvelles, et mieux que je ne sçaurois vous dire, vous priant de me continuer votre amitié que j'estime beaucoup et d'être assuré de mon affection, • etc. — A cette lettre était joint le post-scriptum suivant : « Je vous prie faire tenir cette lettre aussi à Monsieur le cardinal de Richelieu, et l'assurer de l'affection que je lui porte, et combien j'estime la faveur qu'il me fait de m'aimer... Je vous prie de m'excuser si ma lettre est si brouillée. Le mal que j'ai d'une fiebvre qui me tient depuis trois semaines me sert de légitime excuse... Prenez bien garde par qui vous envoyérez mes lettres, car pas une n'échappe d'ici, et ce seroit ma ruine, car jusqu'à cette heure ils n'ont jamais voulu que j'aye escrit au Roi qu'une fois dont ils m'ont fait les copies ; mais je n'ai pas laissé de le faire à leur insçu et en cachette. Prenez-y bien garde, je vous en prie. » — Suit la lettre à Richelieu qui est autographe, tandis que les précédentes sont des copies un peu corrigées; et il faut avoir vu bien des lettres des femmes les plus spirituelles du dix-septième siècle pour ne pas s'étonner de cette orthographe et de tant d'incorrections. On sent que la main tremble de peur à la pauvre femme qui sera un jour Madame Royale. Nous ne nous faisons pas un devoir de reproduire ici toutes les fautes de sa rlume inexpérimentée : « Monsieur mon Cousin, je vous ai écrit