‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 159 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

qu'il fit à Spinola, en ayant l'air de parler seulement dans l'intérêt de l'Espagne « : La France serait sans doute mécontente de la perte de Casai ; mais le roi très-chrétien en pourrait prendre son parti, si on lui laissait Pignerol et les fallées circonvoisines, dont il donnerait un dédommagement en argent ou d'autre manière au duc de Savoie ; le roi d'Espagne pourrait , de son côté, faire la même chose dans le Montferrat, et garder Casai, en donnant aussi un équivalent convenable au duc de Mantoue *. »

Mazarin s'efforça de faire comprendre à Spinola qu'interdire au duc de Mantoue de prendre des Français à son service, c'était vouloir une guerre perpétuelle en Italie; car, comme la garnison d'Italiens ou même de Suisses que le duc de Mantoue mettrait dans Casai, ne serait pas en état de s'y défendre, lé duc se verîrait bien obligé de demander du secours au roi de France, qui serait toujours tenté de lui en envoyer : état de choses qui entretiendrait la guerre ou une menace de guerre en Italie, et nuirait fort à toutes les entreprises que peut méditer l'Espagne en Flandre ou ailleurs. Si donc il est de l'intérêt de l'Espagne d'être en paix avec la France en Italie, il faut qu'elle se résigne à la seule chose qui puisse coiv

1 Dépêche du 8 juin.

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tenter la France, et laisser le duc de Mantoue, comme tout souverain, prendre ses défenseurs partout où il lui plaira. Mais Mazarin ne put venir à bout des scrupules de Spinola.

Le duc de Savoie avait eu beau dire à Turin qu'il attendait le jugement et la résolution des plénipotentiaires espagnol et autrichien, il n'était pas homme à s'abandonner lui-même et à laisser les autres décider sans lui de sa destinée : il envoya à Milan son principal ministre, le commandeur Passer, avec ordre d'animer Spinola contre les propositions de la France. Dans une conférence entre Spinola et le duc de Lerme, Passer et Mazarin, on trouva des difficultés à tout; on ne dit pas un mot qui ne fût une censure du projet de traité, à ce point que Mazarin fut obligé de faire la remarque que ce n'était pas là un moyen de faciliter la paix ; que des négociations politiques n'étaient point des thèses de philosophie qui se traitassent avec d'aussi subtils arguments ; que le roi de France avait condescendu à la restitution de Pignerol pour montrer qu'il désirait la paix; qu'on n'avait pas l'air de lui en savoir gré, et qu'en vérité il ne reconnaissait plus les dispositions dont il avait été témoin à Pignerol, quand tout le monde, Savoie, Espagne, Autriche, répétaient sur tous les tons que la paix dépendait uniquement de la restitution de cette

place1. Passer fit un contre-projet naturellement à l'avantage du duc de Savoie. Les Français remettraient à Charles-Emmanuel tout ce qu'ils occupaient, la Savoie, Suse, Pignerol et tous autres lieux sans aucun dédommagement, tandis que le duc acquerrait dans le Montferrat, non-seulement Trino, mais d'autres terres voisines en assez grande quantité pour lui assurer un revenu net de dix-huit mille écus; en sorte que le duc de Mantoue perdait une partie du Montferrat, sans même conserver l'autre bien sûrement, puisqu'il ne pourrait avoir dans Casai qu'un simulacre de garnison, et que la France aurait fait pendant deux années tant de sacrifices et remporté tant d'avantages pour n'obtenir aucun résultat satisfaisant ni pour son allié ni pour elle-même, ni dans le présent ni dans l'avenir. Le général espagnol sentait bien aussi que le projet de Passer n'était guère acceptable ; il ne le donna même à Mazarin que comme une invention du ministre piémon-

1 Dépêche du 8 juin : « Arrivé doppo il Paser et esa.minando le propositioni portate dà me alla presenza del Marchese e del Duca di Lerma, si trovarono difficoltà in tutte le cose, ne vi fù parola che non si sindacasse tanto che fui necessitato a dire non esser quello il modo di facilitar la pace e che questi negotii non erano questioni di filosofia da disputarci sopra con argomenti sofistici, che il Christianissimo era condisceso alla restitutione per togliere il sinistro concetto che si andava formando délia sua inclinatione alla pace, la quale dà tutti loro Signori in Pinarolo et altrove ha Tevo inteso dire che dipendeva dalla delta restitutione. »

tais l ; mais il déclara qu'au milieu de tant de difficultés, avant de prendre aucun parti il voulait savoir l'avis de son collègue le plénipotentiaire autrichien. Mazarin combattit en vain de toutes ses forces cette résolution inattendue qui allait amener des lenteurs fatales : Spinola fut inébranlable.

Six jours et plus* se passèrent en conférences et en controverses de cette sorte, aussi pénibles qu'infructueuses; mais, en revanche, quel profit l'ancien officier d'infanterie ne tira-t-il pas de ce séjour d'une semaine au camp espagnol pour l'intelligence du véritableétat des affaires, et surtout pour son instruction militaire! Il vit à l'œuvre l'heureux rival de Guillaume de Nassau, le capitaine le plus célèbre du commencement du dixseptième siècle dans l'art des sièges, de la fortification et du campement, entouré d'ingénieurs qui passaient pour les plus habiles de l'Europe, et à

1 Dépèche du 8 juin : « 11 Paser formô una altra scrittura la quale non puô esser più fuor di proposito, non contenendo altro che mettere in porto le cosedi Savoia. Veramente il Marchese nou me l'ha data se non corne cosa del Paser... » Suivent annexés à celte dépêche : « Articoli fatti dal Commendatore Paser e non disaprovati dal Marchese Spinola. »

1 Ibid. « Io partirô questa notte doppo havermi trattenuto qui il Marchese sei giorni non so perche... > Dépêche du 9 juin, toujours du camp sous Casai : • Pensavo partire la notte passata... ma nonè stato possibile... Onde mi è convenuto ritardar la partenza fin à questa mattina. »

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