CHAPITRE SEPTIÈME
la tête de troupes aguerries; et, en face de lui, le général qui venait de s'illustrer parla défense de l'île de Ré dans le fameux siège de la Rochelle. L'Espagne et la France étaient là, en quelque sorte, aux prises, laissant paraître leurs qualités et leurs défauts : celle-ci, une vaillance chevaleresque portée jusqu'à la témérité, celle-là, une solidité et une prudence dégénérant quelquefois en lenteur. Fort de sa vieille expérience, Spinola à Carmagnole avait promis de prendre Casai en moins de quarante jours ; mais il avait compté sans la vigueur et la constance de Toiras. Le nouveau gouverneur de Casai se montra digne de succéder à Beuvron et à Guron. 11 avait avec lui de braves gentilshommes accourus de divers côtés pour prendre leur part de ses dangers et de sa gloire. Au premier rang était Hector de Sainte- Maure, baron de Montausier, le frère aîné du célèbre marquis : cherchant partout des occasions de se distinguer, Montausier s'était introduit dans Casai, déguisé en jésuite, quoiqu'il fût protestant1. A côté de lui, était Baradat, naguère le favori de Louis XIII, tête légère, cœur intrépide; le com- .mandeur de Souvré, fils du maréchal de ce nom et frère de Mwe de Sablé; bien d'autres encore, tous rivaux de jeunesse et de bravoure, et qui
* Sur ce frère de Montausier, voyez la Société française au dixseptième siècle, t. II, p. 55.
ne le cédaient qu'à leur héroïque général. Toiras ne s'était pas borné à faire de fréquentes sorties, il s'était emparé d'un bon nombre de petites villes voisines et il y avait mis garnison. Quelquefois il allait chercher au loin l'armée espagnole et lui livrait de sanglants combats. Un jour, s'étant avancé un peu trop loin, il avait manqué d'être coupé par un gros corps ennemi, et quand il avait voulu faire sa retraite il s'était trouvé arrêté par une inondation soudaine du Pô; pour se tirer d'affaire, Use jeta sur la petite ville de Morano, s'y établit, laissa décroître le fleuve, et quelques jours après revint à Casai sans que les Espagnols eussent osé l'inquiéter1. Mais tout avait changé quand Spinola était venu de Carmagnole prendre lui-même la conduite de la guerre et du siège. Même avant son arrivée , son fils don Philippe était parvenu à se rendre maître des diverses petites places qui couvraient les approches de Casai. Il avait repris, entre autres, Pondesture et Rossignano; c'était là le succès qui, à Turin, enflait tant le cœur des ennemis de la France. Pondesture, il est vrai, s'était fort mal défendue, mais il en avait été tout autrement de Rossignano.
1 Histoire du maréchal de Toiras, par Baudier, historiographe du roi, in-fol., Paris, 1644; excellent recueil rempli de lettres authentiques et de pièces justificatives prises sur les originaux; voyez livre II