CHAPITRE PREMIER
habile militaire que fin diplomate. Mazarin s'instruisit ainsi des différents intérêts engagés dans cette guerre. Il n'est donc pas étonnant que, s'entretenant un jour avec son général Torquato Conti, il lui parla si pertinemment de la situation des affaires, que celui-ci lui demanda de mettre par écrit ce qu'il venait de lui dire, et envoya ce mémoire à Rome où l'on en fut très-content1.
Cependant le traité de Monçon, du 5 mars 1626% ayant non pas terminé mais assoupi plus ou moins heureusement l'affaire de la Valteline, le successeur de Grégoire XV, Maffeo Barberini, devenu pape le 6 août 1623, sous le nom d'Urbain VIII, saisit avec empressement cette occasion de rappeler et de licencier l'armée pontificale qui, sans rien faire de grand, coûtait des sommes immenses, et le commissaire apostolique Jean- François Sacchetti s'en revint à Rome avec le capitaine Mazarin. Quelque temps après, le cardinal Sacchetti ayant été nommé cardinal-légat à Ferrare, on lui donna pour commander les troupes de la province son frère Jean-François, qui ne manqua pas d'y mener avec lui le jeune officier qui. lui avait été si utile en Lombardie. La maison des deux frères devint en quelque sorte celle de Mazarin, et c'est lui qui, sous
1 Benedetti et Priorato.
* Voyez ce traité célèbre, Dumont, ibid., p. 487.
le nom de Sacchetti, exerça véritablement l'autorité militaire dans le duché de Ferrare l.
Mais cet obscur théâtre ne pouvait suffire au ta* lent et à l'ambition de Mazarin. Il venait souvent à Rome, et, selon sa coutume, il cherchait à se produire auprès des puissants. Les puissants du jour étaient les Barberini, surtout les neveux du Saint-Père : Taddée, le plus jeune, et quelque peu militaire, qui devait un jour épouser Anna Colonna, fille du connétable don Philippe, et devenir préfet de Rome et général de l'Église; le futur cardinal Antoine, qui jouera un assez grand rôle dans la vie de Mazarin, et au-dessus d'eux leur frère aîné François, déjà cardinal, secrétaire d'État et à la tête du gouvernement. Le jeune Antoine était encore simple prélat, mais cher au Pape et destiné à une haute fortune. Son crédit naissant et ses manières affables attirèrent Mazarin , et dès lors il tenta de s'insinuer dans sa faveur et d'entrer à son service ; mais de nombreux cour-? tisans l'avaient devancé, et l'écartèrent comme un rival redoutable*.
1 Benedetti, p. 1 6 : « Giov. Francesco appoggiô la maggior parte di quella incumbenza alla esperimentata fede e habilita del Mazarini. •
1 Benedetti, p. 17 : « Fece ogni opéra per essere ammesso al servitio del cardinal Antonio nipote del Papa , ma infruttuosamente, venendone tenuto lontano da quei ch' emulavano etapprendevano la sua virtù.