CHAPITRE PREMIER
Est-il vrai que parmi les personnages considérables dont Mazarin rechercha et gagna les bonnes grâces, il faille mettre l'illustre cardinal Guido Bentivoglio1, qui, revenu de ses nonciatures de Flandre et de France depuis 1621, était à Rome comprotecteur de France, c'est-à-dire chargé de veiller sur les intérêts français et de seconder au besoin notre ambassadeur dans toutes ses démarches auprès du Saint-Siège, sous la direction suprême, plus nominale que réelle, du cardinal-prince Maurice de Savoie qui avait le titre de protecteur. Bentivoglio était assurément le meilleur ami qu'un jeune homme pût rencontrer, le plus capable de discerner le talent et de le servir. Un document peu sûr, mais dont il est difficile de ne tenir aucun compte* , nous
1 Né à Ferrare en 1579, successivement nonce en Flandre et en France, cardinal en 1624, évêquede Palestrine en 1641, mort en septembre 1644, quelques mois après Urbain VIII. Ses œuvres ont été recueillies en un volume in-folio, Paris, 1645.
9 Ce document nous est fourni par Brienne le fils dans ses Mémoires, 1. 1", p. 283. C'est une relation d'un ambassadeur de Venise à Rome, datée de Tannée 1639, que Brienne prétend avoir vue et qu'il cite textuellement. Brienne n'est pas sans doute une autorité bien solide; il peut avoir plus ou moins altéré cette relation, mais il ne Ta pas inventée. Reste à supposer que c'est une pièce apocryphe et faite après coup qu'il aura prise pour authentique : cela est possible et même probable; -mais enfin dès 1621 Bentivoglio était de retour à Rome de sa nonciature de France, et il a très-bien pu, de 1621 à 1628, connaître et favoriser Mazarin. Disons toutefois que parmi lant de papiers italiens de ce temps, qui ont passé sous nos yeux, nous n'avons pas trouvé la moindre
montre Mazarin vers cette époque de sa vie au service ou du moins dans la faveur du spirituel et puissant cardinal, qui l'aurait présenté luimême au cardinal-ministre, François Barberini, en lui disant : « Je vous le donne, parce que je ne suis pas digne de le garder. En vous faisant ce présent, je crois m'acquitter envers une illustre famille d'une partie des obligations que je lui ai. Le cardinal Barberini, surpris de ce compliment auquel il ne s'attendait pas, n'ayant pas encore ouï parler du jeune Mazarin, répondit : Je l'accepte avec joie venant de votre main1; mais, dites-moi, à quoi le jugez-vous propre? — À tout sans exception , dit Bentivoglio. — Si cela est, reprit le cardinal Barberini, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer en Lombardie avec le cardinal Ginetti : nous avons besoin d'un homme actif auprès de lui. Parlez-luien de ma part. — Bentivoglio se chargea volontiers de celte commission, et Ginetti reçut le jeune Mazarin en qualité de secrétaire de légation. » Ce serait donc sous les auspices de l'un des plus habiles diplomates qu'ait eus le Saint-Siège que Mazarin serait entré dans la diplomatie. Mais
trace de relations un peu intimes entre les deux grands diplomates, sinon que Mazarin acheta plus tard et donna à sa famille le palais Bentivoglio.
1 On sait que Bentivoglio était un ami particulier d'Urbain VIII.