CHAPITRE SEPTIÈME
Montausier y commandait. Il n'avait avec lui que quatre cents hommes; il en tua deux cents aux Espagnols, tint ferme pendant quatorze jours, et ne consentit à capituler qu'après que la mine employée par don Philippe eut fait à la place une grande brèche ; alors même, il n'accepta que des conditions honorables, dont la première était de se retirer dans Casai, où il rentra comme en triomphe. Le 23 mai, Spinola vint en personne au camp et serra de près Casai. Toiras disputa pied à pied chaque pouce de terrain, et le siège devint très-meurtrier. Mazarin eut donc sous les yeux, pendant plusieurs jours, le spectacle d'une lutte admirablement soutenue de part et d'autre. Il la juge en vrai connaisseur. Il ressent et exprime la plus vive sympathie pour la bravoure française, et il se complaît à en citer des traits étonnants. Il se félicite d'avoir eu la bonne fortune, ce sont ses propres expressions \ d'assister à deux sorties des Français. S'il ne ferme pas les yeux aux fautes de Toiras, il n'a pas assez d'éloges pour tant de courage, et il montre déjà les sentiments d'estime et d'admiration qu'il conservera à l'intrépide officier, quand, plus tard, les jours de la disgrâce succéderont pour lui à ceux de la gloire. Il n'hésite pas à le blâmer de n'avoir pas rappelé à pro-
1 Dépêche du 8 juin, du camp sous Casai : « Io ho havuto la buona fortuna di veder tutto il seguito. •
pos les garnisons des places environnantes, qui ne pouvaient pas résister à des attaques sérieuses» et d'avoir ainsi très-inutilement perdu bien du monde, quand il en avait si peu dans Casai même, à peine un peu plus de deux mille hommes, dont quinze ou seize cents Français et cinq cents Italiens, tandis que Spinola n'avait pas moins de douze mille fantassins et quinze cents chevaux f. Le général espagnol avait attaqué Casai par quatre côtés et disposé ses troupes en quatre camps différents : les Allemands, les Espagnols, les Napolitains, les Lombards, et il avait distribué entre eux ses plus habiles ingénieurs \ Hazarin signale ici ce que nous appellerions aujourd'hui les commencements de l'artillerie légère, dont ordinairement on fait honneur à Gustave-Adolphe. « L'ingénieur Targoni, dit-il, a fait faire un grand nombre de petits canons qui tournent sur un
1 Dépêche du 8 juin : « Ho saputo questa mattina di certo la gente effettiva che è alla difesa di Casale. Assistono adunque 200 Francesi aile porte, 50 al castello, i ,000 che entrano di guardiaalle mura délia città; 200 in cittadella, 300 cavalli, che travagliano dà fantaccino ancora, e dà 500 Monferrini incirca che sono dentro la fortezza. » Dépêche du 7 juin : « Non ha Sua Excellent quipiù di 12,000 fantie 1,500 cavalli. »
* Dépêche du 7 juin : « Ha destinato S. E. li primi huominiche habbia in materia di fortificatione nelle quattro parti per le quali queste nationi si accostano alla cittadella e città : cioe Don Giovanni di Medici a Spagnoli, il Targoni agli Alemani che devono attaccare il medesimo baloardo, Geri délia Rena a Napolitani, et un tal Marc Antonio bravo ingegnere a Lombardi. »