CHAPITRE SEPTIÈME
surtout avec les Français. Voilà pourquoi sa prudence lui faisait demander de tous côtés des renforts; il en attendait de Naples, d'Allemagne, de Collalto même, qui avait Tordre de l'Empereur de l'assister vigoureusement; et il venait de recevoir la nouvelle que onze cents Espagnols étaient débarqués à Gênes. Malgré tout cela, Mazarin estime que Casai peut tenir encore cinquante jours1.
En lisant les dépêches écrites au cardinal Bar- N berini, du camp sous Casai, on voit avec quelle ardente et intelligente curiosité Mazarin suivait les opérations des assiégés et des assiégeants. Il semble qu'il faisait alors ou continuait sous ces maîtres illustres l'apprentissage de ce grand art qu'il aima toute sa vie presque aussi passionnément que la politique. C'est par là qu'il avait débuté ; il y revenait sans cesse, et son âme y demeura toujours attachée, tant à cause de la beauté propre de cet art où se déploient les plus hautes facultés de l'homme, que pour sa décisive influence sur les affaires de ce monde. Voilà ce qu'on n'a pas assez remarqué. On a trop oublié dans Mazarin l'ancien officier, les habitudes qu'il avait contractées dans son premier métier, les connaissances qu'il y avait acquises, l'excellent
1 Dépêches du 8 juin : « Per ragione di guerra la citladella di Casale puô tenersi ancora cinquante giorni incirca. »
jugement qu'il s'était formé, et même le coup d'œil ferme et sûr dont tant de fois il fit preuve, en 1643, par exemple, lorsqu'après la victoire de Rocroy, seul dans le Conseil, et contre l'avis de Turenne, il fit prévaloir la proposition du jeune duc d'Enghien de marcher de Rocroy sur Thionville, et d'aller donner la main sur les bords du Rhin au maréchal de Guébriant ; ou plus tard, quand à Rethel il soutint le maréchal de Praslin qui voulait livrer le combat à Turenne, et amena lui-même ses régiments sur le champ de bataille ; enfin aux Dunes, où il appuya si vivement le plan de Turenne qu'il put s'imaginer l'avoir conçu et n'aurait pas mieux demandé que de partager l'honneur du succès.
Le 9 juin, Mazarin s'éloigna du camp espagnol et alla trouver Collalto à Marignan l. Le général autrichien était malade, et tout en recevant fort bien le jeune chargé d'atfaires et en lui témoignant une entière confiance, il s'excusa sur son état pour traîner en longueur une négociation qui n'empêchait pas ses deux lieutenants, Galas et Aldringer, de poursuivre et d'achever la conquête du Mantouan et d'en assiéger la capitale. C'est pendant ces lenteurs, naturelles ou calculées, en causant avec Collalto et ses officiers, et en
1 Aujourd'hui Melegnano, près de Lodi.