CHAPITRE SEPTIÈME
allant quelquefois visiter le camp impérial sous Mantoue, que Mazarin put s'assurer par luimême que les affaires de Charles de Gonzague allaient très-mal. Le maréchal d'Estrées avait été envoyé à Mantoue pour aider le duc Charles de ses conseils et de son épée. Le maréchal, uni à d'Àvaux, ambassadeur à Venise, n'avait épargné aucune démarche pour tirer de la République de l'argent et des soldats. Les troupes vénitiennes étaient assez nombreuses ; mais elles avaient un défaut : elles ne se battaient point ; il ne fallait pas leur demander d'attendre en plaine les vieux régiments de l'Empire, et elles tenaient à peine derrière des murailles. H y avait bien un régiment corse, les Wallons et les Liégeois du colonel Milander1, mercenaires aguerris qui gagnaient assez bien leur argent, en se ménageant le plus possible; mais, au fond, il n'y avait d'honneur et de courage que dans le peu de Français qui étaient venus se mettre au service d'une cause protégée par la France. À leur tête étaient le comte de Candaie, le fils aîné du duc d'Épernon ; son frère naturel, le chevalier de la Valette ; le comte de Guiche, depuis le maréchal de Grammont; Arnauld, le fameux colonel des carabins, comme on
1 Bon officier, le type de l'officier de fortune, qui, après avoir servi contre l'Autriche en Italie, alla servir pour elle en Allemagne.
disait alors, et quelques autres f. On admirait beaucoup ces braves gentilshommes, mais on ne les imitait guère. Dès que les Impériaux paraissaient, on assemblait un conseil dont la conclusion était toujours : Il faut nous retirer. Le comte de Candale, nommé général en chef, avait très-bien ?u de quelle importance était la position de Goïto pour secourir ou pour attaquer Mantoue : il con-
1 Voyez les Mémoires du maréchal cTEstrées, sous ce titre : Mémoires tf Estât contenant les choses les plus remarquables arrivées sous la régence de la reine Marie de Médicis, et au règne de Louis XIII. Paris, 1666. Voyez aussi dans le Mercure français, 1630, p. 596-619, la relation due à la plume d'un gentilhomme français qui servait dans cette guerre en qualité de volontaire. Le comte ou duc de Candale, qu'il ne faut pas confondre avec son neveu, le beau duc de Candale, le père de mademoiselle d'Épernon, n'avait de remarquable que son nom et son audace. Attaché d'assez bonne heure au char de la belle et peu scrupuleuse duchesse de Rohan, fille de Sully et femme du duc Henri, il s'était fait protestant pour elle, l'avait suivie dans ses aventures, et avait été servir à Venise où alors elle demeurait avec son mari. Nommé général en chef des troupes vénitiennes, Mercure françois, ibid., p. 598 , il suppléait à leur lâcheté par sa bravoure, et manqua souvent d'être tué, ainsi que, son frère le chevalier de la Valette. — Quant au comte de Guicbe, le futur maréchal de Grammont, nous avons ses Mémoires, collection Petitot, t. LVI. Forcé de quitter la France pour son duel avec d'Hocquincourt, le comte avait été d'abord servir en Allemagne, sous Tilly et sous Walstein; puis, étant venu s'offrir au duc de Mantoue, il défendit avec courage Nice de la Paille. On le mit ensuite à la tête de la compagnie des gendarmes du duc, et pour avoir un peu trop compté sur ses gens, il fut fait prisonnier et ne revint en France qu'après le traité de Gherasco. — Sur Arnauld, voyez la Société française au dix-septième siècle, 1. 1.