‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 166 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

de l'autre, des satisfactions convenables aux divers prétende nts, on atteindrait bien plus aisément le but qu'on se propose. Il craint qu'il ne se prépare une des guerres les plus terribles qu'on ait vues depuis longtemps en Europe. La prudence n'est guère plus de mise. Nous sommes, dit-il, dans la main du destin. Et il terminait sa lettre par ces mots en chiffres : « Casai est pressée; Mantoue ne va pas bien; les Vénitiens sont en pleine confusion, grâce aux défaites qu'ils ont essuyées, et j'ai peu d'espérance de la paix. Je ne sais si ce courrier pourra passer; mon chiffre est mal sûr, aussi ne puis-je en dire davantage 4. » Ce courrier arriva pour-

1 Dépêche à Bagni du 14 juin, de Marignan : • Fatis agimur, e perô bisognerà cbe Iddio operi lui... Del resto Casale è stretto, e Mantova non sta bene : i Venetiani con queste rotte sono in confusione, et io ho poca speranza délia pace. Dubito del passaggio di questo corriere, et ho poca fede nella cifra, e perô non dico altro. » — On trouve parmi les papiers de Richelieu un long extrait de cette lettre de Mazarin, Archives des affaires étrangères, Tarin, 1630, t. II, fol. 213. Voyez aussi Richelieu, t. VI, p. 132 : « En même temps, le cardinal Bagny ayant donné avis de quelques lettres qu'il avoit reçues de Mazarin, le cardinal de Richelieu en avertit promptement la reine, et lui manda, le 24 juin, que ledit cardinal Bagny lui avoit fait voir la dépêche de Mazarin, qui portoit, en termes exprès, qu'il trouvoit au duc de Savoie, à Colalte et au marquis de Spinola, beaucoup de difficultés pour la paix, selon la négociation qu'il leur avoit portée ; que Casai étoit pressée, Mantoue n'étoit pas bien, les Vénitiens étoient en confusion par les déroutes qu'ils avoient eues ; qu'il avoit peu d'espérance en la paix, doutoit du passage de son courrier, avoit peu de foi en son chiffre, et partant n'en disoit pas da-

tant; Bagni s'empressa de communiquer à Richelieu la lettre de Mazarin. Elle ne laissait plus de doute sur l'imminence du danger, et Richelieu s'en fit une arme auprès du roi et auprès de la reine mère pour les décider à un dernier et puissant effort en faveur du duc de Mantoue.

Enfin, au bout de sept longs jours d'attente1, le général autrichien s'expliqua : il déclara à Mazarin que, le duc de Savoie et Spinola étant intéressés aussi bien que lui dans les propositions de paix faites au nom de la France, il croirait leur manquer de rien faire sans s'en être entendu avec eux ; qu'ainsi une réunion des deux plénipotentiaires espagnol et autrichien et du duc de Savoie dans un lieu convenable était absolument nécessaire : jusque-là il n'avait point de vote à émettre; il ne pouvait qu'exprimer des réflexions, comme il le faisait en deux lettres adressées au duc de Savoie et au marquis Spinola et qu'il pria Mazarin de leur porter. Voici quelles étaient ces réflexions, dont Collai to fit part au chargé d'affaires pontifical. Parmi les propositions de la France, il en est une qu'il ne conseillera

vantage, sinon qu'il conjecturait qu'on lui donnerait de nouveaux moyens à proposer, et prioit ledit cardinal de Bagny de nous disposer à ne le trouver pas étrange. • On peut juger par cet exemple de la parfaite exactitude des Mémoires de Richelieu.

1 Dépêche au cardinal Barberini, de Marignaa, 15 juin : c Dopo esterai trattenuto qui setie giorai... *

Page 1