CHAPITRE SEPTIÈME
jamais à son maître d'accepter, la ligue des princes italiens pour garantir les droits de Charles de Gonzague : une pareille condition est trop injurieuse à l'Empereur; c'est comme si on demandait au roi de France pour garantie de sa parole celle des princesses vassaux et des parlements de son royaume. Les choses sont aujourd'hui tellement changées qu'il ne sait pas si l'Empereur persiste dans les mêmes sentiments, le duc de Nevers s'enfonçant de plus en plus dans une rébellion ouverte. L'Autriche a fait d'énormes dépenses pour envoyer et entretenir de grandes armées en Italie : ce n'est pas pour y laisser les Français décider à leur gré de la paix et de la guerre. Elle est très-engagée avec le duc de Guastalla, serviteur dévoué de l'Empire. Elle ne peut pas non plus abandonner les intérêts de la duchesse douairière de Lorraine, son fils le duc Charles IV se montrant si fort attaché à l'autorité impériale. Il est impossible que le duc de Savoie soit obligé de livrer passage aux Français par ses États, toutes les fois qu'il leur plaira de se jeter sur l'Italie. Jamais Collalto n'avait tenu un langage aussi net à Mazarin, et il ne fut pas difficile à celui-ci de conjecturer que le général autrichien ne recevait plus de Vienne, comme autrefois, d'invitations à faire la paix, ou que peut-être l'ambitieux général cherchait dans la guerre un
marchepied à une grande fortune '. Ému par la gravilé des circonstances et par le sentiment de sa propre responsabilité envers le Saint-Siège à la fois et envers la France, Mazarin représenta avec force à Gollalto que la guerre qu'il semblait chercher n'offrait pas des chances aussi favorables qu'il se l'imaginait ; qu'avec les solides positions que les Français occupaient dans toute la Savoie, à Suse et à Pignerol, il ne serait pas du tout facile de les chasser de l'Italie, tandis qu'ils proposaient eux-mêmes d'en sortir sans y garder un pouce de terrain, si on leur garantissait leur honneur, c'est-à-dire la sûreté de leur allié le duc de Mantoue. Rien ne lui paraissait plus contraire au véritable intérêt de l'Autriche, et il avertit Collalto qu'il allait en écrire au nonce apostolique à Vienne, le cardinal Pallotta, afin que celui-ci en parlât sérieusement à l'Empereur. Redemander un congrès dans l'état présent des choses, c'était forcer les Français d'entrer sur-lechamp en Italie, puisqu'ils ne pouvaient courir le risque de laisser prendre Casai et Mantoue;
1 Mazarin exprime cette dernière conjecture avec un air de réserve sous lequel il n'est pas difficile de reconnaître une sérieuse conviction. Dépêche du 15 juin : « Sperandoegli oltre il poterfar grossi acquisti di danari aprirsi anco la strada a guadagnar de" stati. Mi contento che questo sia giudizio temerario, ma non lascierà d' esser vero che V occasione che ho di formarlo habbia grau fondamento. »