‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 168 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

qu'il leur fallait donc ou faire la paix immédiatement ou marcher au secours de ces deux places, et, pour les dégager, livrer une bataille qui perdue, d'un côté ou de l'autre, serait le signal d'une guerre dont on ne verrait pas sitôt la fin. Mazarin crut même agir selon l'esprit de ses instructions, dans l'extrémité où il se trouvait, de faire confidence à Collalto du pouvoir qu'il avait de modifier plusieurs articles du traité, et en même temps il lui montra les dispositions les moins équivoques aux transactions les plus conciliatrices. Tous ses efforts furent inutiles ; le général autrichien lui répéta constamment que de tous les partis le plus dangereux pour lui était de compromettre l'Empereur en l'engageant sans savoir ce que voulaient la Savoie et l'Espagne.

Mais si toute l'habileté de Mazarin ne put vaincre la résistance intéressée de Collalto, il en tira du moins de très-précieux renseignements. Il en apprit que sur une lettre de Vienne il venait d'envoyer au duc de Savoie quatre ou cinq mille hommes : c'étaient les secours que Charles-Emmanuel, comme nous l'avons vu, avait demandés à Walstein, et que le généralissime impérial avait ordonné à Collalto de faire passer sur-lechamp en Piémont ', en sorte qu'il ne restait au

1 Dépêche du 15 juin, deMarignan : 4,300 sono quelli Tedeschi che il Conte gli ha inviati addesso. »

camp, sous Mantoue, pas plus de dix à douze mille hommes de pied, et deux mille cinq cents chevaux *. Mazarin découvrit aussi le secret du voyage de l'abbé Scaglia en Espagne : l'abbé était allé y demander Féloignement de Spinola, non pas seulement delà part du duc de Savoie, mais au nom de Collalto lui-même ; il devait aussi proposer de donner à celui-ci une grosse somme d'argent, ce qui serait fort du goût du général autrichien, à la condition qu'il entretînt en Italie une armée de soixante mille hommes, pour chacun desquels il ne demandait que deux écus par mois, s'engageant à faire marcher cette puissante armée partout où l'on voudrait, dans le Mantouan, dans le Montferrat et jusqu'en Piémont 2. Collalto ne dissimulait pas sa profonde antipathie pour Spinola, qui la lui rendait bien. Leur mésintelligence était publique et ne promettait pas de grands succès à une entreprise conduite par des

1 Dépêche du 15 juin : « Non havendo S. E. assolutamente più di 10 in 13 mil fanti e 2,500 cavalli incirca. »

2 Ibid. « È bene che non si penetri da nessuno, ma so di certo che T abbate Scaglia procurera in Spagna che il Marchese sia rimosso, facendone istanza non solo per parte di S. À., ma anco per quella del Conte... Procurera 1' abbate che si assegni una somma di danari ogni mese al Conte, perche con essi sia obligato a tenere un certo numéro di soldatesca, e le offerte che fa S. E. sono di tenere 60 mil persone con che S. M. sia tenuta dargli solamente due scudi al mese per ciascuno, promettendo egli di far vedere puntualmente questo numéro e di assistere con corpi di questa gente doye biscgnerà. »

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