‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 170 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

De retour auprès de Spinola, Mazarin se plaignit fort librement * au capitaine-général espagnol de tant de courses inutiles, lorsque ensemble, en quelques heures, ils auraient pu tout terminer. Il lui fit part du pouvoir qu'il avait de modifier certains articles du traité. Un seul article lui avait semblé inadmissible, et on pouvait lever cette unique difficulté à l'aide de concessions réciproques. Pour le mieux convaincre de la nécessité d'une prompte paix, Mazarin lui fit remarquer le peu de progrès que faisait le siège, malgré tout ce que Ton disait dans le camp espagnol où on voyait les choses comme on désirait les voir. On n'avait encore pris aucune des demi-lunes qui défendaient la place; on n'était pas arrivé au fossé. Dans des lettres interceptées par les Espagnols, le gouverneur de Casai disait bien au cardinal et au roi qu'il était serré de très-près, que l'ennemi n'était plus qu'à trente pas du fossé, et

parent dont cette affaire avoit besoin, étoit que tout le monde crût que le roi envoyoit celte armée comme avant-garde, et qu'il s'avançoit lui-même pour passer en Italie avec de nouvelles forces, et qu'il n'y eût personne que la reine sa mère et son conseil qui sût qu'il tfiroit point; qu'on savoit, non-seulement par jugement, mais par avis certain donné en grand secret par Mazarin, que sans cela Casai étoit assurément perdue. Que si le roi alloit à Lyon, Spinola verroit bien qu'il n'avoit point à craindre sa venue; que tout le monde jugeroit qu'il reculoit au lieu de s'avancer, » etc.

* Dépêche du 18 juin : « lo ho parlato con soverchia libertà al Marchese... »

qu'il ne pouvait tenir plus d'un mois : a mais tout cela, écrit Mazarin, ne m'en impose pas; car c'est le jeu de Toiras de représenter sa situation comme très-mauvaise pour exciter à venir le plus tôt possible à son secours *. » Spinola n'avait pas plus de douze mille hommes de pied et sept cents chevaux, ayant envoyé tout le reste de sa cavalerie au duc de Savoie ; il lui promettait encore d'autres troupes espagnoles et allemandes; il n'était donc pas à craindre qu'avec ce qui lui resterait de monde Spinola pût emporter Casai d'assaut. Toiras, qui savait que Mazarin devait bientôt retourner en Savoie auprès du roi et de Richelieu, tâcha d'avoir une entrevue avec lui. Mais le prudent diplomate s'y refusa pour ne pas donner d'ombrage, et le 18 juin il se rendit en Piémont.

Il trouva le duc de Savoie à sa résidence de Moncalieri près Turin. Leduc lui répéta ce qu'il lui avait déjà dit : il se confiait tellement dans la justice et les bonnes dispositions de l'Empereur et du roi d'Espagne à son égard qu'il accepterait leur décision quelle qu'elle fût; et il n§ sortit jamais de cette réponse, malgré tous les efforts que fit Mazarin pour l'attirer à de nouvelles né-

1 Dépêche du 18 juin : « Le sudette cose non mi rimuovono dalla raia opinione, poiche comple a Toiras metter le cose in pessimo stato per stimolare tanto più il Re a socorrerlo quanto prima. »

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