CHAPITRE HUITIÈME
3 jutLurr — 4 août 1630.
Après la conquête de la Savoie, l'ardeur militaire de Louis XIII s'affaiblit. Caractère de ce monarque. Intrigues qui se forment à Lyon contre Richelieu. — Mazarin à Saint-Jean-de-Maurienne, le 3 juillet. Richelieu lui montre d'abord de grandes défiances. Mazarin prouve au cardinal qu'il est impossible de faire agréer le projet de traité dont il l'avait chargé, et qu'il est nécessaire d'y faire des changements considérables. Il finit par le persuader, et, le 6 juillet, il retourne en Italie avec des propositions nouvelles. — 11 trouve le duc de Savoie disposé à les accepter, mais Spinola déclare qu'il ne peut traiter sans avoir l'avis du plénipotentiaire autrichien , et il renvoie Mazarin à Gollallo , qui ivait quitté Marignan et résidait à Gomo. Douleur et embarras -Je Mazarin. Il a une vive explication avec le général espagnol. II écrit en Savoie au cardinal Bagni pour l'avertir de ce retard inattendu : il assure qu'il n'y a rien à craindre du côté de Casai, mais il annonce que Mantoue est dans le plus imminent danger. Le 42 juillet, il se rend auprès de Collalto. — Richelieu, en Savoie, rassemble une nouvelle armée destinée à renforcer celle d'Italie. Sages instructions du cardinal. Montmorenci et d'Effiat passent le mont Cenis pour aller rejoindre le maréchal de la Force. Le duc de Savoie entreprend de s'opposer à cette jonction. Montmorenci fait prévaloir l'avis de prendre un chemin de traverse, qui de Saint-Ambroise conduisait, par d'étroits défilés et eu passant devant la forteresse de Veillane où se tenait l'armée ennemie, jusqu'au camp du maréchal de la Force, à Chiavenne. — Bataille de Yeillane, le 10 juillet. Extrême danger de l'armée française; valeur de Montmorenci ; charge vigoureuse faite à propos par d'Eftiat, qui décide la victoire. Effet moral de cette victoire. Jonction des troupes victorieuses avec celles du maréchal de la Force. Occupation de Saluées par les Français, le 20 juillet. — Le 18, Mantoue avait été prise par les deux lieutenants
de Collalto, Aldringer et Galas. — Mazarin apprend ces divers événements à Gomo. Gollallo plus que jamais contraire à la paix: il persiste à vouloir une conférence avec Spinola et le duc de Savoie pour examiner ensemble les propositions de la France. Mazarin de retour auprès de Spinola. Celui-ci veut avant tout être maître de Casai; il propose l'arrangement suivant : d'abord une suspension d'armes de vingt jours, pendant laquelle on traiterait de la paix ; si on n'y réussissait pas, la guerre recommencerait, et si, au bout de vingt autres jours, les Français n'avaient pu délivrer Casai, Toiras serait tenu de la remettre au général espagnol.— Mazarin va porter cette proposition .au duc de Savoie: il le trouve à l'agonie. Mort de Charles-Emmanuel, à Saviglian, le 26 juillet. Dans quel péril ce prince laissait son pays et sa maison. Mazarin engage son successeur Yictor-Amédée à se réconcilier peu à peu avec la France et à ne pas faire obstacle à l'arrangement proposé par Spinola. — Il se rend auprès de Richelieu. Situation de plus en plus difficile du cardinal, au dehors et au dedans. En Italie, mésin telligence de Montmorenci et de d'Effiat ; ravages toujours croissants de la peste ; déplorable état de l'armée française. En France, redoublement des intrigues des factieux. Louis XIII tombe malade et retourne à Lyon auprès de sa femme et de sa mère. Richelieu resté seul dans les Alpes, au milieu de l'épidémie. — Arrivée de Mazarin à Saint -Jean-de-Maurienne, le 2 août; les anciennes défiances du cardinal renouvelées et augmentées. — Début orageux de l'entrevue. — Ce début fait place à une sérieuse discussion où Mazarin démontre au cardinal qu'il n'a rien de mieux à faire que d'accepter la proposition de Spinola. Richelieu s'y résigne à regret, en exigeant de Mazarin trois pièces écrites et signées de sa main, qui puissent le justifier auprès du roi. — Mazarin quitte Samt-Jean-de-Maurienne le 4 août, et retourne en Italie, après avoir obtenu de Richelieu, depuis leur première entrevue du 29 janvier à Lyon jusqu'à celle-ci, des concessions de plus en plus considérables, couronnées par ce dernier triomphe. Il venait d'accomplir sa vingt-huitième année.
Ainsi que nous Pavons dit, Louis XIII,, avec les maréchaux de Créqui, deBassompierreetdeChàtillon, avait successivement conquis la Savoie tout entière, à l'exception de la citadelle de Montmélian, trop forte pour être emportée d'un coup de main, et qu'on s'était borné à bloquer