CHAPITRE HUITIÈME
et à contenir, tandis qu'on poursuivait sans relâche, de poste en poste, de montagne en montagne, le prince Thomas, gouverneur de Savoie, et qu'on le forçait, de peur d'être coupé et détruit, d'aller chercher un refuge dans la vallée d'A os te. Mais après ce noble élan, comme épuisé par l'effort qu'il venait défaire, le roi avait peu à peu perdu son ardeur. Tel était, en effet, cet étrange fils de Henri IV. Il avait les instincts d'un roi, il aimait l'État, et il méritait le beau nom de Louis le Juste. Il avait de l'esprit et de l'instruction ; dans le conseil, il ouvrait les meilleurs avis, et jamais on ne lui montrait où était le bien public sans qu'il ne s'y portât volontiers. Il possédait aussi la bravoure innée de sa race, et il n'était pas sans goût et sans talent pour la guerre; mais la faibfesse de sa cornplexion et l'humeur inégale qui en était la suite ne lui permettaient pas les longues fatigues. De là tant de vives saillies militaires bientôt suivies de déplorables langueurs. Il avait fallu, en 1620, tout l'ascendant de Luynes pour le retenir plusieurs mois dans l'utile et glorieuse expédition de Normandie, d'Anjou, de Guienne et de Béarn, qui releva la royauté et incorpora une grande province à la France. L'année suivante, dans la guerre si juste et si politique contre les protestants révoltés, où la présence du roi était si né*
cessa ire, Luynes ne put obtenir de son royal ami qu'il restât jusqu'au bout à l'armée; et ce ne fut pas là une des moindres causes des malheurs de la campagne. Luynes du moins y laissa sa vie ; le roi s'en retourna auprès de sa femme et de sa mère. Il en fut de même plus d'une fois au long siège de la Rochelle, et jusque dans la courte expédition du Languedoc en 1629 : là encore Louis XIII avait mieux aimé aller retrouver les deux reines à Fontainebleau que de poursuivre ses succès et d'entrer lui-même dans Montauban. Avec d'assez grandes qualités en tout genre, il avait le défaut qui les rend toutes inutiles : il était incapable de constance dans sa conduite comme dans ses affections. Quelle n'a pas été sa tendresse pour Luynes ! et il a fini par l'abandonner au milieu de mortels dangers. Il a tour à tour adoré et sacrifié mademoiselle de la Favette et madame de Hautefort. On lui a donné et on lui a ôté successivement Baradat, Saint-Simon, Cinq-Mars. Richelieu a gardé sa confiance pendant près de vingt années, de 1624 jusqu'à la fin de 1642, mais au prix de quels soins, à travers quels périls, et combien de fois le mobile monarque ne manqua-t-il pas de lui échapper ! De toutes les entreprises qui furent faites pour enlever au cardinal le cœur du roi et la direction des affaires, la mieux con-