CHAPITRE HUITIÈME
certée est assurément celle qui commence avec l'année 1650, et se termine, à la fin même de cette année, par la Journée des Dupes.
Il n'est pas aisé de se bien rendre compte des causes qui séparèrent Richelieu et Marie de Médicis \ si intimement unis pendant plus de dix ans dans la disgrâce et dans la prospérité. Arrivé au faîte du pouvoir, plein de ses desseins et avant la conscience de sa force, le cardinal eut-il le tort de quelques négligences envers celle à laquelle il devait tout? Loin de là, il ne cessa, jusqu'au dernier moment, de prodiguer à l'orgueilleuse princesse les déférences les plus respectueuses et même les plus humbles marques de soumission. Pour éviter les conjectures*, et rester dans les faits certains, disons seulement que la fille des Médicis n'aimait point la maison de Gonzague, qu'en 1617 Charles de Gonzague, duc de Nevers, l'avait blessée en se joignant à la révolte des Grands contre son favori, le maréchal d'Ancre, et que plus tard elle
1 Madame de Motteville, édit. de 1750, t. Ier, p. 50 : « Je ne sais quels sujets elle eut de se plaindre de lui, et peu de personnes les ont sus. »
3 II en est une qui a trouvé bien des échos, la jalousie qu'aurait conçue Marie de Médicis de la vive tendresse que le cardinal commençait alors à montrer pour sa nièce, la belle et aimable madame de Combalet, depuis duchesse d'Aiguillon. Mais cette hypothèse repose sur une autre^la nature de la liaison de Richelieu et de Marie de Médicis.
394 U JEUNESSE DE MAZAJUN.
avait été fort irritée de voir une des filles du duc, la belle Marie de Gonzague, s'emparer du cœur de son fils Gaston, duc d'Orléans, et prétendre à un mariage qui l'aurait mise dans la famille royale et approchée du trône. Pour empêcher ce mariage et séparer les deux amants, la reine mère était allée jusqu'à enfermer quelque temps à Vincennes Marie de Gonzague avec sa tante, madame de Longuevillç. C'est ici que se laisse entrevoir la première apparence d'une mésintelligence entre la reine et le cardinal; elle l'accusa ou plutôt le laissa accuser de ne s'être pas assez fortement opposé à cette union, qui pourtant valait bien et aurait prévenu celle de ce même Gaston avec la sœur d'un ennemi déclaré de la France, Charles IV, duc de Lorraine. Il avait fallu une raison d'État aussi impérieuse que la nécessité de ne pas livrer l'Italie à l'Autriche, pour faire entrer Marie de Médicis dans les droits de Charles de Gonzague à la succession de Mantoue ; mais quand, à cette occasion, la guerre s'était élevée entre la France et l'Espagne, elle y avait été très-peu favorable. Il s'était formé autour d'elle, sous les auspices du cardinal de Bérulle, une petite coterie dévote qui aurait voulu qu'après la prise de la Rochelle la France consacrât toutes ses forces à l'extermination de l'hérésie protestante, et qui se