CHAPITRE HUITIÈME
scandalisait presque à l'idée de tirer l'épée contre Sa Majesté Catholique. Ce parti de la paix survécut à Bérulie, et segrossit peu à peu d'autres personnages que le zèle de la religion et la crainte des maux de la guerre touchaient fort médiocrement, mais qui ne pardonnaient pas à Richelieu de gouverner sans eux et de mettre l'intérêt de l'État à la place de celui des Grands. Le garde des sceaux, Michel de Marillac, avait succédé à Bérulie dans ses idées pacifiques et dans son influence auprès de la reine mère. C'était uahomme de bien, d'une piété sincère et de quelque mérite, sans aucun génie politique ; il partageait la répugnance de Marie de Médicis pour la guerre d'Italie, et il la nourrissait en elle secrètement, sans oser se déclarer contre le premier minisire, et en se bornant à semer dans l'ombre des obstacles à ses desseins.
À l'ardeur martiale que Louis XIII "avait d'abord déployée en Savoie, avait fait place l'ennui maladif qui poursuivait partout le triste monarque, sous la tente et dans les Alpes comme à Saint-Germain et au Louvre. La peste qui sévissait en Piémont commençait à passer en Savoie. Les deux reines que nous avonS laisséesà Lyon avec le garde des sceaux, conçurent et exprimèrent des craintes fort naturelles sur la santé du roi. Celui-ci était allé les rassurer à
Lyon, et ce court voyage avait suffi pour répandre en Italie le bruit, recueilli et transmis par Mazarin, que le roi ne songeait plus à marcher au secours de Casai. Richelieu, se servant habilement de l'utile avertissement donné par le jeune diplomate, avait représenté à Marie de Médicis qu'il était nécessaire, ou d'abandonner l'entreprise commencée, ou, si on voulait la soutenir, de faire voir à l'armée son roi et de rétablir l'opinion qu'il était bien décidé à franchir de nouveau les Alpes et à se porter à la défense du duc de Mantoue. Il avait obtenij à grand'peine que le roi reparût quelque temps au milieu des troupes et vînt s'établir à Saint-Jean-de-Maurienne, où lui-même résidait. C'est là que, le 3 juillet, Mazarin arriva, et, conduit par Bagni, se présenta à Richelieu.
Leur première conversation fut d'abord assez vive. Richelieu était souffrant, et l'absence prolongée de Mazarin avait élevé autour de lui bien des ombrages qui avaient aisément pénétré dans cette âme soupçonneuse. Lui aussi il commençait à croire que l'habile Italien jouait un double rôle1. Mazarin s'en tira par une en-
4 Archives des affaires étrangères, Turin, t. II, fol. 560, lettre du maréchal de Schomberg à Bouthillier, qui montre bien les soupçons répandus dans l'intérieur du cardinal avant et même un peu après l'arrivée de Mazarin : « De S-Jean-de- Maurienne, 3 juillet 1630. Monsieur, l'incommodité de M. le