‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 179 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

tière franchise ; il avoua sans détour à Son Éminence, car depuis le décret papal du 10 juin1 c'est ainsi qu'on appelait les cardinaux, qu'après un voyage de trente-cinq jours il ne lui apportait aucune réponse précise *'; et il prouva qu'il n'avait pas été en son pouvoir d'obtenir davantage, les deux plénipotentiaires s étant obstinés, malgré tous ses efforts, à vouloir conférer ensemble avant de prendre aucun parti. Il ajouta

cardinal l'empésehanl de vous escrire, il m'a chargé de vous mander que les discours qu'il a eus jusques à celle heure avec le Masariny font cognoistre qu'il est plutôt venu ici pour espionner que pour traiter, disant n'avoir point de pouvoir pour cela. Néanmoins, nous devons nous assembler demain matin en présence de M*r de Bagny, où peut-être il se déclarera davantage sur les intentions de ceux qui l'ont envoyé. Le roi, selon l'avis de M. le cardinal, ne doit venir demain qu'à La Chambre et après demain en ce lieu où il sera fort bien logé dans l'Évêché... Aussitôt après la conférence avec le Masariny, M. le cardinal donnera avis au roi de ce qui s'y sera passé. Dieu veuille que ce soit quelque chose de bon ! M. le cardinal fait estât de partir demain après dîner, quoiqu'il se soit mal trouvé ce soir de ses hémorroïdes, pour lesquelles il vient de se faire saigner... » Richelieu écrivant à la reine mère parle de Mazarin comme Schomberg : c Je croy, dit-il, qu'il est plustost venu icy pour voir Testât des affaires que pour autre chose. » Et dans un autre billet à la même : « Il est si espagnol et si savoyard que ce qu'il dit de deçà ne doit pas passer pour évangile, t Lettres de Richelieu du 6 et du 8 juillet, archives des affaires étrangères, France, volume vert, t. VI, 1619-1641.

1 On peut voir ce décret au Mercure françois, 1630, p. 592.

* Dépèche de Mazarin au cardinal Barberini, du 10 juillet : « Non portando io dopo 35 giorni risposta assoluta aile proposition) che S. Eminenza mi diede in Savoia »

qu'aussi bien, eussent-ils été réunis, ils n'auraient point accepté les propositions qu'il était chargé de leur transmettre, qu'on pouvait les considérer comme rejelées, et qu'il en fallait présenter de nouvelles. Richelieu s'écria1 que c'était là traiter étrangement la France, qu'évidemment on voulait l'endormir et traîner .tout en longueur pour avoir le temps de s'emparer de Casai et de Mantoue.

Le lendemain > 4 juillet, le cardinal appela en conseil8 le maréchal de Schomberg, qui était en quelque sorte un autre lui-même, Châteauneuf, qui chaque jour entrait davantage dans son intimité, et un autre personnage, qui paraît ici pour la première fois sur la scène et va y jouer un rôle important, Antoine Coeffier, marquis d'Effiat, grand maître de l'artillerie et surintendant des finances, comme auparavant Sully et plus tard La Meilleraie ; un de ces hommes tels qu'il les fallait à Richelieu, esprit solide, cœur énergique et dévoué; d'ailleurs rompu aux affaires, ayant passé par les plus grandes charges, naguère ambassadeur en Angleterre pour le mariage de Madame

1 Dépêche de Mazarin au cardinal Barberini, du 10 juillet : u S'alterô assai dicendo che..... Procurai raddôlcirlo, diraoslrandogli che..... »

8 Ibid. « Chiamô TEminenza Sua il marescial di Sciombergh, Monsù di Sciattonou et il marchese di Fiat, et essendovi il signor cardinale di Bagni, col quale io andai. »

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