CHAPITRE HUITIÈME
faites pour éclairer et ramener, s'il était possible, Marie de Médicis, qui voyait avec déplaisir la guerre d'Italie et en rejetait la faute sur le cardinal1. Puis, dans une conférence particulière qu'il eut avec Richelieu, Mazarin lui exposa les conditions nécessaires de la paix. Avec la liberté que commandaient les circonstances, il lui déclara qu'il ne fallait songer à aucun accommodement solide, si on n'était décidé à satisfaire les plénipotentiaires espagnol et autrichien et le duc de Savoie sur les trois points suivants : 1° Renoncer à la solennelle garantie du collège des électeurs, de la ligue catholique et des princes italiens, parce qu'une telle garantie exigerait d'interminables négociations
papiers de Richelieu, aux Archives des affaires étrangères, Turin, t. II, f. 590, la pièce originale écrite tout entière et signée de la main même de Mazarin, avec les limitations dont il avait droit de faire usage. Outre ces deux pièces italiennes, il y a, f. 366, une traduction française de la première, corrigée par Richelieu.
1 Dépêche de Mazarin au cardinal Barbe rini, du 1 0 juillet : « Fece il cardinale queste diligenze particolarmente per dar sodisfatione alla Regina chestava con qualche dispiacere délia guerra, attribuendo. forse la colpa di essa al cardinale. » — Richelieu, t. VI, p. 142 et suiv. « Aussitôt que ledit Mazarin eut donné cette
réponse, ellç fut envoyée à la reine et parce qu'on la supplioit
de donner son avis si le roi devoit s'en retourner ou demeurer là où il étoit, elle fit mander qu'elle voyoit bien que ce seroit tout perdre en ce temps-là s'il s'en retournoit, et fit écrire au
cardinal parRancé que, etc » Nous avons cette lettre de Rancé
écrite au nom de Marie de Médicis, et datée de Lyon, du 4 juillet, Archives des affaires étrangères, Turin, t, II, fol. 368.
et offensait profondément l'Empereur ; 2° Renoncer à entretenir une garnison française à Casai, la résistance de Spinola étant à cet égard insurmontable; 3° Renoncer enfin à l'intolérable condition imposée au duc de Savoie de démolir les anciennes fortifications de Suse et de Pignerol, qu'il avait lui-même élevées; c'était là le seul moyen de le regagner, ce qui était indispensable, car le duc était en état d'entraver et de faire échouer toutes les négociations où il ne trouverait pas son compte. Ces trois points nettement et fortement établis devinrent le sujet d'une longue controverse, où Mazarin finit par l'emporter sur l'impérieux cardinal. Il fallut bien que Richelieu se rendît à la nécessité: il retira les articles du projet de traité qui prescrivaient la démolition des fortifications de Suse et de Pignerol et autorisaient une garnison française à Casai ; il consentit à ne plus réclamer la garantie du collège des électeurs de l'Empire ; et au lieu de la ligue en faveur du duc de Mantoue, il se contenta d'u«ne lettre que l'Empereur écrirait aux princes italiens, ses efeudataires, pour leur recommander de prêter assistance à Charles de Gozzague, si jamais il était attaqué. Restait une grave difficulté. Il avait toujours été entendu que la France se retirerait de Pignerol en même temps que l'Autriche de la