‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 184 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

ser à Collalto des personnes qualifiées pour lui porter l'avis des deux autres parties intéressées, Spinola approuva cette idée, et dit que le duc de Savoie ferait très-bien d'envoyer à Como un de ses ministres; mais il s'excusa d'en faire autant, en donnant pour raison la mésintelligence qui régnait entre lui et Collalto. À cet étrange refus, Mazarin ne put plus se contenir1, et quoique dans une position bien modeste et encore très-peu assurée, il osa faire entendre au vieux général un langage qui sera celui de l'histoire.

Il lui rappela que c'était lui-même qui, dès son arrivée en Italie, l'avait embarqué dans toutes ces négociations. C'était lui encore qui, tout dernièrement, le voyant fatigué et découragé de tant de courses sans résultat, l'avait pressé de retourner une seconde fois auprès du roi de France et du cardinal de Richelieu pour obtenir d'eux qu'ils retirassent des conditions auxquelles ils étaient fort attachés, et en proposassent de nouvelles qui lui permissent de signer la paix. Quelles conditions Spinola avait-il exigées? Une seule : la sortie des Français de l'Italie, et par conséquent point de garnison française à Casai. Cette condition est obtenue, avec d'autres encore,

1 Dépêche du 12 juillet : • Io mi sono alterato un poco, ne ho potulo lasciar di dirli... »

tout aussi inespérées. Lui-même convient que le roi d'Espagne n'en peut pas demander de meilleures; et, au lieu de les accepter avec empressement, il hésite, il recule, il renvoie à Collalto, dont il connaît les secrets desseins et les vues personnelles, opposées à tout accomodement. Spinola répondit qu'il désirait toujours la paix, mais qu'il voulait la faire à propos et sans donner à ses ennemis occasion de lui nuire. Mazarin répliqua que ce n'était pas au représentant de l'Espagne que la paix pouvait nuire, mais à Collalto seul, qui serait forcé d'y consentir malgré lui, dans l'intérêt de l'Empire, ou de prendre la responsabilité d'un refus auprès de l'Empereur; et qu'il était bien extraordinaire que Spinola n'acceptât pas un traité si avantageux à l'Espagne et si glorieux à lui-même, afin de ne pas causer de désagréments à un homme qu'il reconnaissait ne pas être son ami. Pour lui, il n'osait plus reparaître devant le roi de France et devant le cardinal. Il y a quelques jours, il leur avait engagé sa parole que, deux ou trois articles changés, la paix était faite; ils lui ont accordé tout ce qu'il a demandé, et la paix est aussi éloignée que jamais. Il est bien naturel, dit Mazarin à Spinola, que le roi conçoive de moi la plus triste idée, et, pour me justifier, je n'ai rien à dire, sinon que je me suis trop fié à la parole de Votre

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